Le Puits de l'ascension
Le Seigneur Maître est tombé.
La guerre peut commencer.
En mettant fin au règne brutal et millénaire du tyran, ils ont réalisé l'impossible.
À présent, Vin, la gamine des rues devenue Fille-des-Brumes, et Elend Venture, le jeune noble idéaliste, doivent construire un nouveau gouvernement sur les cendres de l'Empire. Mais trois armées menées par des factions hostiles, dont celle des monstrueux koloss, font le siège de Luthadel. Alors que l'étau se resserre, une légende évoquant le mystérieux Puits de l'Ascension leur offre une lueur d'espoir.
Et si tuer le Seigneur Maître avait été la partie la plus facile ?
Éditions (4)
| - | Réimpression | Réimpression | Réédition | Première édition |
|---|---|---|---|---|
| Couverture | ||||
| Date de publication | 01-07-2017 | 11-04-2012 | 13-10-2010 | |
| ISBN | 978-2-253-02361-6 | 978-2-253-02361-6 | 978-2-253-02361-6 | 978-2-360-51012-2 |
| ISBN Numérique | 978-2-253-24350-2 | 978-2-702-15030-6 | ||
| Éditeur | Le Livre de poche | Le Livre de poche | Le Livre de poche | Calmann-Lévy |
| Collection / label | Fantasy (n°32374) | Orbit (n°32374) | Orbit (n°32374) | Orbit |
| Traduction | Mélanie Fazi | Mélanie Fazi | Mélanie Fazi | Mélanie Fazi |
| Nombre de pages | 1080 | 1080 | 1080 | 726 |
| Format (l x H) | 11 x 17.8 cm (poche) | 11 x 17.8 cm (poche) | 11 x 17.8 cm (poche) | 15.4 x 24 cm (grand format) |
| Assemblage | Broché | Broché | Broché | Broché |
| Illlustration couv. | Sam Green | Chris McGrath | Sam Weber | Chris McGrath |
| Dépôt légal | avril 2012 | avril 2012 | avril 2012 | |
| Impressions | avr. 2023, févr. 2025 | juil. 2017, avr. 2019, oct. 2021 |
Annotations
Ceci est une traduction non officielle des annotations de Brandon Sanderson publiées sur son site web (https://www.brandonsanderson.com/blogs/blog/tagged/annotations+mistborn-2).
Traduction : Altheyia, Gancho
Relecture : Claerinet, Gancho
Ces annotations contiennent des spoilers sur ce tome, mais pas au-delà. Si vous lisez directement sur cosmere.fr, le système intégré de spoiler vous masquera directement les passages en question si vous n'avez pas coché le roman comme lu. Si vous lisez l'ebook, nous avons encadré le texte de balises d'avertissement [!!! SPOILER !!!] et [!!! FIN SPOILER !!!].
Page de titre
01-09-2007
Ce titre était assez facile à choisir. En réalité, les titres de chacun des trois livres étaient faciles à choisir. A l'origine, j'avais envisagé de nommer "Le Héros des Siècles" : "Le Héros Ultime". Donc, à cause de cela, j'étais tenté de terminer chaque titre de livre par "Ultime".
Cependant, j'ai rapidement décidé que je préféré Héros des Siècles plutôt que Héros Ultime (vous verrez pourquoi dans le Livre Trois). Ainsi, dès les premiers chapitres du premier tome, j'avais prévu d'intituler le deuxième livre "Le Puits de l'Ascension".
Je pense que c'est un très bon titre. Je voulais sortir des livres avec des titres avec un côté plus fantasy classique. Le Puits de l'Ascension fonctionne très bien. En fait, alors que j'écris cette annotation, nous sommes en décembre 2006, et je suis en tournée promotionnelle avec David Farland. Il vient juste de me complimenter sur le titre ! Donc j'imagine que je ne suis peut-être pas le seul qui l'aime bien.
Le titre, bien sûr, est tiré du lieu que le Seigneur Maître a visité pour gagner sa divinité. J'espère que cela indique un peu au lecteur le sujet du livre. Tout de même, je m'inquiète pour des raisons que j'expliquerai plus tard.
La seule autre chose sympa à noter est que j'ai un mal de chien à épeler Ascension. J'ai toujours envie de l'épeler "Ascention" plutôt. A cause de mes problèmes d'orthographe ! Je me sens idiot à chaque fois que je l'écris mal. Quel genre d'écrivain ne peut même pas écrire le titre de son propre livre ? J'ai l'impression d'être la cible d'une blague.
Remerciements
01-09-2007
Il n'y a pas grand chose à dire ici. Beaucoup de personnes reviennent régulièrement en tant que lecteurs alpha. Ils devraient recevoir une récompense ou quelque chose comme ça.
J'ai décidé d'allonger un peu et de donner des remerciements d'un style différent cette fois. Plus j'en apprends sur l'industrie du livre, plus que je réalise le nombre de personnes qu'il faut pour créer le produit que vous tenez maintenant dans vos mains. Des gens comme Yoder, Dot Lin et les libraires font tous partie du nom "Brandon Sanderson", dans un sens. C'est un peu comme si Brandon Sanderson, en partie, un nom de plume pour les centaines de personnes qui créent un roman de façon collective.
Cartes et illustrations
02-09-2007
Le département artistique ne s'attendait pas à ce qu'il y ait des révisions aux cartes et ses membres se sont d'ailleurs un petit peu plaint quand cela s'est produit, pendant qu'ils allaient devoir de nouveau payer. Isaac, cependant, voulait simplement faire en sorte que les cartes du livre concordent avec le contexte du roman. Il a donc mis à jour les deux cartes, s'assurant qu'elles contiennent les lieux importants et qu'elles soient revues pour montrer de nouveaux endroits. Il y a aussi beaucoup de caméos et de blagues personnelles parsemés à travers ces cartes, si vous savez où chercher. Je crois qu'il y a une librairie sur la carte de la ville nommée d'après mon agent, ainsi qu'une boutique du canal nommé d'après mon éditeur. Il y a une montagne nommée d'après mon témoin de mariage et encore d'autres choses similaires.
J'ai déjà mentionné à quel point j'adore les cartes de ce livre. Isaac est fantastique. Il a également fait les symboles des chapitres, qui sont intéressants car ils sont basés sur les symboles du premier livre. Si vous comparez, vous pourrez voir que ce sont les mêmes symboles, mais modifiés. L'idée est que les symboles de ce livre sont des versions antérieures du même alphabet que le livre précédent, utilisés ici car ce livre sera partiellement à propos des recherches des personnages sur ce qu'il s'est passé il y a mille ans. Vous pouvez imaginer les épigraphes (les trucs en italiques au début des chapitres) écrites dans cet alphabet. Les personnages modernes dans ce livre écrivent donc avec la version de l'alphabet utilisée dans le premier livre.
Nous avions prévu quelques illustrations assez spectaculaires à utiliser dans le livre, avec ces glyphes symboliques à grande échelle utilisant l'alphabet ; mais nous avons finalement décidé de les abandonner. Non seulement Isaac était débordé, mais Tor nous reprochait la longueur du livre (j'en parlerai plus tard). Au final, je suis content que nous n'ayions gardé que ceux-ci - ils sont élégants et j'aime comment ils s'accordent avec les symboles précédents.
Dédicace
04-09-2007
Ce livre est dédié à ma grand-mère maternelle. Le dernier était dédié à ma grand-mère paternelle.
Je n'ai pas juste fait cela pour la cohésion. Je retrouve beaucoup de ces deux femmes en moi-même. Mary Beth (du premier livre) est un esprit libre et farfelu. C'est le côté le plus simple en moi, l'écriture de fantasy.
Phyllis, d'un autre côté, est une travailleuse dévouée. Elle est, pour moi, un symbole de simplicité, de dévotion impassible. (Enfin, pas totalement impassible. Mamie est très douée pour râler.)
Cependant, si quelque chose doit être fait, elle le fait. Toujours. Elle a environ 90 ans et elle continue à travailler sans relâche, comme elle l'a toujours fait. Elle est une réelle inspiration pour moi et je pense que je dois une grande partie de mon succès à ce qu'elle a instillé chez ma mère - qui me l'a ensuite transmis. Me faire publier a demandé beaucoup de dur travail - ceux d'entre vous qui ont lu beaucoup de mes annotations savent que j'ai écrit 13 livres avant d'en vendre un. L'esprit de "juste se lancer" que ma grand-mère m'a transmis m'a énormément aidé quand j'avais besoin de travailler, d'écrire des livres, et d'apprendre à m'en sortir dans ce domaine.
Chapitre 1
05-09-2007
Ce fut le chapitre le plus dur à écrire de tout le livre.
C'est souvent le cas pour moi. J'écris le premier chapitre, je continue le reste du livre, puis je suis forcé de réécrire le premier chapitre plusieurs fois avant qu'il soit correct. Pour ce livre, j'ai écrit le chapitre cinq fois. Si je me sens proactif, je poserai certains de ces chapitres dans la section des scènes coupées à peu près quand Fils-des-brumes 3 sortira.
En tout cas, je n'arrivais pas à trouver le bon ton pour le premier chapitre. Je voulais commencer avec une scène de combat draumatique impliquant Vin (vous l'aurez finalement au chapitre deux) mais à chaque fois que je le faisais, le livre paraissait trop lent. C'est parce que, pour avoir un combat, je dois expliquer l'Allomancie.
J'ai commencé à l'écrire correctement dès que j'ai un peu laissé l'idée du combat pour Vin qui déambule silencieusement à travers la ville. Cela me permet de mettre un peu d'Allomancie avant de la lancer dans un combat.
Cependant, je n'ai pas totalement réussi avant d'ajouter la scène d'Elend et Ham au début. Cette scène était dans le livre, mais bien plus tard. Le premier chapitre n'est en fait pas le seul que j'ai réécrit - l'entièreté de la première section de dix chapitres a eu des révisions significatives afin d'améliorer le rythme. A l'origine, je ne disais pas grand chose sur l'armée avant les chapitres suivants, après le combat de Vin.
Toutefois, j'ai réalisé que j'avais besoin de donner au livre une sensation de danger à grande échelle avant d'arriver au plus petit danger du combat de Vin. La conversation d'Elend et Ham met en place le livre correctement - elle introduit directement le conflit, montre ce dont nous allons devoir nous soucier dans ce livre, puis donne du contexte au combat de Vin.
La phrase "les rebuts d'un marchand de fournitures pour bateaux" est l'une de mes préférées dans le chapitre. Je suis content d'avoir réussi à la garder, puisqu'elle était dans une section du chapitre originel que j'ai décidé d'enlever.
Chapitre 2
06-09-2007
Les combats Allomantiques sont amusants.
Je l'admets. J'AIME écrire des choses amusantes. Je suis un comédien - et c'est ce que mes histoires essaient de produire, de l'amusement. Je pense que cela leur donne de la valeur.
Ceci dit, je pense que cela doit être le combat que j'aime le moins dans ce livre. Vous vous souvenez peut-être que j'ai dit la même chose de la première bataille du premier livre (le combat où Kelsier se mesure aux Brumicides du Bastion Venture.) Établir les mécaniques de l'Allomancie, les montrer étape par étape, prend plus de temps et manque de finesse. J'espère que ce combat était tout de même agréable à lire, mais il était beaucoup trop étape par étape pour être vraiment bien, selon moi.
Les combats que j'aime vraiment sont ceux où il y a de la beauté - une sensation de grâce et de poésie - au combat lui-même. Celui au Bastion Hasting plus tard dans ce livre en est un bien meilleur exemple.
C'est donc ce que je voulais dans le chapitre un (voir l'annotation précédente.) En le relisant, je peux - de nouveau - voir pourquoi c'était un mauvais premier instinct. C'est beaucoup mieux ici, au chapitre deux. Je pense toujours que c'est un poil long. Je l'ai significativement réduit (si vous pouvez le croire.) J'ai peur que, niveau rythme, on passe trop de temps dans un combat, si tôt dans le livre. Cependant, certaines des choses que j'aborde dans cette bataille sont indispensables pour le reste de l'histoire. J'introduis l'Observateur et je me débarrasse de l'atium de Vin - et donc je mélange le danger à large échelle du royaume au bord de la guerre avec le danger plus personnel de Vin étant épiée tout en étant exposée, sans atium.
Nous aurons un troisième niveau de danger - du genre à menacer le monde entier - plus tard.
Moshe voulait que je réduise encore plus ce chapitre, mais j'admets qu'il n'y avait pas vraiment de façon de le faire. J'espère que c'est sympa de voir les anciens personnages - comme OreSeur - revenir dans une forme différente, ayant changé un peu pendant le temps passé entre les deux livres.
Je remercie de plus mon groupe d'écriture pour la suggestion des bouts de bois. Ils ne s'en souviennent probablement pas - cela fait des années que l'un d'entre eux me l'avait suggéré. (Je crois que Nate H. était celui qui l'a mentionné) et je pense que c'était une formidable idée. C'est une façon parfaite de gérer un Fils-des-brumes - ils ont des sens améliorés, donc on joue avec cela et on leur fait payer. J'adore ça, étant donné que je parle tellement de l'équilibre et de l'utilisation de la force dans l'Allomancie. Actions et réactions. Je voulais que cette magie ait un sentiment très newtonien.
Chapitre 3
08-09-2007
Eh bien, nous y voici. Ce chapitre (avec une grande partie du deux) était à l'origine le premier chapitre du livre. Bizarrement, le reculer a permis au livre d'aller plus vite, du moins de mon point de vue. C'est étrange la façon dont on peut accélérer un roman en AJOUTANT de la matière.
Le rythme dans les livres, cependant, a en fait peu de lien avec la longueur du livre et est totalement lié à la captation du lecteur.
J'ai fait quelques modifications intéressantes à ce chapitre. Premièrement, la proposition d'Elend à l'Assemblée. C'était un point de révision majeur dans le livre.
L'un des plus gros problèmes du roman dans sa première version était que les lecteurs ne comprenaient pas bien son thème et son intrigue. Dans les premiers jets, l'inquiétude de Vin à propos de l'Insondable et des derniers mots du Seigneur Maître apparaît avant l'arrivée de l'armée de Straff. Les lecteurs étaient donc surpris de voir que le milieu du roman passait tant de temps sur la politique et la guerre. Ils voulaient en apprendre plus sur le Puits de l'Ascension. (Qui EST important, mais pas aussi présent - surtout au début - que le reste de l'intrigue.)
Donc, les modifications. Je voulais rendre l'armée bien plus PRÉSENTE dans le récit. A l'origine, la proposition d'Elend à l'Assemblée n'avait aucun lien. (Une aide aux agriculteurs post-catastrophe.) Je voulais le montrer s'inquiéter pour son peuple. Cependant, dans les révisions, j'ai réalisé que j'avais besoin de me recentrer. C'est pourquoi maintenant la proposition est en rapport à l'armée et est un fil rouge qu'on continue de suivre dans les prochains chapitres.
La deuxième moitié de ce chapitre, où Vin et Elend discutent, est la partie où le livre me semble commencer à devenir "bon". J'ai pratiquement fini de vous rappeler ce qui s'est passé dans le Premier Livre, et je peux me concentrer davantage à la "présentation" de personnages plutôt qu'à la remémoration d'événements passés.
J'aurais peut-être pu faire quelque chose de différent avec ces rappels. J'aurais pu vous en dire moins, et vous laisser vous en souvenir de vous-même. Ou alors, j'aurais pu travailler plus délicatement sur ces rappels. Cependant, la première méthode aurait dérouté quelques personnes, et la deuxième aurait pris beaucoup plus de pages. J'ai finalement choisi la façon la plus simple et éprouvée. Nous verrons si les gens l'aiment ou non, mais cela paraissait vraiment être le meilleur moyen pour ce roman. (Curieusement, il y a une discussion sur mon forum à ce propos en ce moment.)
J'ai vraiment la relation entre Elend et Vin. Elle n'est pas censée fonctionner, mais pour une raison obscure, ils s'entendent si bien dans ma tête. Je doute qu'ils puissent l'expliquer eux non plus - mais ces deux s'assemblent d'une façon très étrange, dans un style "les opposés s'attirent". Ils ont en fait bien plus d'alchimie, selon moi, que Sarene et Raoden - bien que ces deux soient mieux assortis. C'est peut-être parce que la frustration et la confusion ressenties par Elend me semblent bien plus réalistes. Il ne sait jamais vraiment ce que Vin ressent, même si ses émotions sont si évidentes et simples quand on lit de son point de vue.
Chapitre 4
09-09-2007
Sazed était le personnage préféré de beaucoup de personnes dans le premier livre. J'ai su assez tôt dans le processus d'écriture que Sazed deviendrait une grande force du roman. En réalité, il a été l'un des tout premiers personnages que j'ai esquissé et construit dans ma tête. Qui il est, et ce qu'il représente, est une partie intégrale de l'arc de l'intrigue de la saga complète.
Donc, sachant cela, vous n'êtes probablement pas surpris de le voir devenir un personnage au point de vue majeur. J'ai adoré écrire ses chapitres. La façon dont il voit le monde - à toujours essayer de se mettre à la place des autres, de les comprendre et de leur donner le bénéfice du doute - le rend très cher à mes yeux. Il est agréable d'écrire à son sujet, et ses tourments intérieurs (nous en parlerons mieux plus tard) est d'autant plus douloureux qu'il est fondamentalement quelqu'un de gentil.
Ma mécanique préférée dans les chapitres de Sazed, surtout les premiers, est le fait que les paysans ne se soucient pas vraiment de ce qu'il souhaite leur enseigner. Les Gardiens étaient un élément très important du premier livre - des personnes qui avaient tant travaillé pour se souvenir des choses du passé et de les conserver pour le jour où le Seigneur Maître mourrait. C'est en partie un clin d'œil à Fahrenheit 451.
Cependant, il y a aussi un peu d'arrogance dans cette organisation. Ils ont la vérité, ils la gardent pour tous les autres, et ils sont ceux qui la rendront glorieusement au peuple. Supposément.
Je voulais, dans ce livre, que ce retour glorieux soit décevant pour les Gardiens. Un groupe de savants n'aurait pas, je pense, considéré que personne ne se SOUCIERAIT des choses qu'ils ont recherchées et mémorisées. Leur combat est loin d'être terminé. Je pense que convaincre les gens d'apprendre est une tâche bien plus difficile que mémoriser les informations.
Chapitre 5
10-09-2007
Un de mes groupes d'écriture a eu une réaction intense contre Vin qui tue le chien dans cette scène. Je ne suis toujours pas certain de POURQUOI ils étaient énervés - mais ils n'ont vraiment pas aimé le fait qu'elle tue un chien "de sang froid" comme ils le disent.
Donc, le petit "Désolée pour ce que je m'apprête à faire" dans sa tête vient d'eux. Au moins maintenant ils savent qu'elle avait un peu envie de ne pas avoir à le faire.
Le chien le méritait, cependant.
Si vous avez prêté un peu attention au dernier livre, vous vous attendiez probablement à un nouveau métal ou deux. J'ai laissé pas mal d'indices sur le fait qu'il y en avait d'autres.
C'était un peu tiré par les cheveux d'avoir des métaux qui, malgré l'histoire millénaire de l'Allomancie, n'étaient pas connus. Cependant, je me suis reposé sur le fait que le Seigneur Maître avait un contrôle des informations sur la société. Il y a BEAUCOUP de choses qu'il savait et qui n'étaient pas connues d'un grand nombre de personnes.
Le Duralumin est un alliage réel de notre monde, fait à base d'Aluminium. En fait, beaucoup de choses qu'on appelle aluminium - surtout l'aluminium industriel - sont en fait du duralumin. L'aluminium, avant l'électrolyse, était difficile à se procurer. Il paraît que Napoléon avait un assortiment d'assiettes en aluminium qui avait plus de valeur que ceux en or ou en platine.
Elend qui se compare à Kelsier est en quelque sorte son thème pour ce livre. Je voulais que Kelsier laisse une ombre qui perdure sur les deux prochains livres.
Beaucoup de personnes ne croyaient pas au fait que j'avais tué Kelsier, comme il était une telle boule de charisme, et la force motrice du premier livre. (Beaucoup d'autres PEUVENT le croire, mais m'en veulent assez de l'avoir fait.) Cependant, il s'avère que j'aime ce livre spécifiquement par l'absence de Kelsier.
Il faisait de l'ombre à tout ce qui l'entourait quand il était vivant. Elend n'aurait jamais pu se développer en tant que personnage - et même Sazed et Vin auraient eu du mal - tant que Kelsier était là à tout dominer. Il était un personnage sur la fin de son arc - alors que les autres en sont encore au début. C'est tellement plus intéressant s'ils ont à faire des choses sans lui.
Ça fait partie de l'arrogance de Kelsier, j'imagine. Autant en tant que personnage du livre, et de façon externe au livre. Il dominait tellement qu'il devait partir.
J'ai juste un peu peur du sentiment léger à la fin de ce chapitre. A l'origine, cette scène était dans le livre AVANT que l'armée arrive pour attaquer. Dans la version originale, j'ai montré Elend et les autres vivants (et combattant des assassins) sans savoir que la menace d'une armée leur pesait dessus. Déplacer l'armée de telle sorte qu'elle débute le livre à l'horizon était un changement de rythme majeur. Je l'ai fait pour accélérer le livre et augmenter la tension.
Cependant, nous avons raté quelques scènes plus légères - comme l'entraînement qui s'ensuit - et je ne voulais pas les enlever parce qu'elles montraient tellement les personnalités. J'ai décidé de les laisser. L'équipe de Kelsier a l'habitude de gérer le stress tout en restant joviale. Le seul changement que j'ai vraiment dû faire était dans les points de vue d'Elend, que vous verrez dans le prochain chapitre. Tout de même, j'espère que le ton ne paraît pas à côté de la plaque - c'est une réelle inquiétude quand vous transplantez des scènes d'une version précédente, contrairement à quand vous les écrivez de nouveau, lorsque vous changez autant le début que je l'ai fait ici.
Chapitre 6
10-09-2007
Voici un peu de l'amitié joviale que j'ai mentionnée dans la dernière annotation. Une des choses que j'aime dans ces livres EST la façon dont les personnages arrivent à s'entendre et à se relaxer. C'est un peu plus dur à faire dans ce livre - avec le départ de Kelsier, et l'effondrement global - mais c'est toujours présent, quand je peux l'amener.
Spectre est un personnage que j'ai fait grandir à travers le premier livre pour réaliser plus que ce à quoi vous vous attendez. Il ne se développe pas seul pendant encore quelques temps, mais vous devriez voir des changements commencer à apparaître en lui - subtilement, bien sûr. Vous le verrez davantage plus tard dans la saga.
La scène de combat est, selon moi, beaucoup plus amusante que les précédentes. C'est ce que je veux - rapide, dramatique, et montrant les personnalités par la façon dont chaque personne approche le combat.
J'aurais probablement dû enlever cette scène, honnêtement. Le livre est un peu trop long. Il fait 250 000 mots, là où Elantris comme Fils–des-Brumes 1 font environ 200 000 mots. Cela m'inquiète un peu, surtout que le Puits de l'Ascension originel faisait seulement dans les 235 000 mots, mais nous en avons ajouté 15 000 à travers les différentes révisions pour que le rythme fonctionne.
Dans tous les cas, quand cette bête est arrivée, les employés de Tor (typographes et autres) ont immédiatement tiré la sonnette d'alarme. Cependant, certaines choses qu'ils ont dites nous ont surpris. Ils ont dit que le livre relié de Fils-des-brumes 2, selon leurs calculs, ferait plus de 700 pages ! Eh bien, je savais que le livre serait un peu plus long, mais Fils-des-brumes 1 en faisait moins de 500, donc ils disaient que ce serait environ 40% plus long - et impubliable.
Mon éditeur a pris ma défense, affirmant que 1) Ce n'était que 20% plus long et 2) Cela n'avait pas d'importance, car le livre avait une bonne longueur - il fonctionnait bien, était bien rythmé, et il ne voulait pas le raccourcir. Nous avons créé un grand bazar de disputent de diverses personnes, et puis finalement les responsables de la production ont appelé pour dire qu'ils avaient effectué une réévaluation, et que le livre ferait environ 560 pages. Tout à fait faisable.
Je ne sais pas où sont parties ces 140 pages supplémentaires. Si vous les trouvez, dites-le moi…
Chapitre 7
11-09-2007
Voilà où nous commençons à avoir nos premiers indices de l'intrigue principale qui surplombera ces deux livres : le Seigneur Maître est mort. Dans quel monde nous sommes-nous fourrés ?
Comme je l'ai mentionné dans la précédente annotation de Sazed, j'aime beaucoup ses scènes pour le conflit qui y est représenté. C'est un rebel, mais cela le fait se sentir mal. C'était toujours bien de pouvoir faire ressentir une vraie tourmente à un personnage pour avoir fait ce que est JUSTE.
Nous parlerons davantage du personnage de Sazed, et de comment il est vu par les autres Terrisiens, dans de futurs chapitres.
Marsh était difficile à écrire dans ce livre. Tout le monde l'adore, quelle qu'en soit la raison, et ils étaient très contents que je n'en aie pas fait le méchant à la fin du premier livre. Plus je le mets dans le deuxième livre, plus les lecteurs ont tendance à l'aimer ici aussi.
Cependant, j'ai assez de personnages dans ce livre pour que je ne puisse pas vraiment me concentrer sur Marsh autant que j'en aurais eu besoin, donc je me suis un peu éloigné de lui. Vous le verrez un peu dans les prochains chapitres, mais ensuite il s'efface en arrière-plan. Le raisonnement simple derrière est que le livre était assez long, même dans la phase de planification, pour que je sache que je ne pouvais pas aborder Marsh et ce qui lui arrive. Pas encore, du moins.
Prieuré est un mot de Moshe, au fait. Je l'avais appelé à l'origine le Covenant de Seran¹. Cependant, non seulement les jeux Halo ont décidé de faire une bonne utilisation du mot Covenant, mais en plus mon éditeur trouvait que c'était un peu inexact. Il a donc suggéré Prieuré² - que j'ai immédiatement aimé. C'est un vrai mot, même si je crois que je l'épelle différemment, qui se réfère à une réunion de hauts officiers religieux³. Ce terme va bien avec le Ministère de l'Acier, qui n'a pas de prêtres, mais des Obligateurs, ni de Prêtrise, mais un Ministère. Tout est pseudo-religieux, au lieu d'être directement "lié" à la religion.
¹ NdT : Covenant signifie Alliance en anglais
² NdT : Conventical en anglais
³ NdT : en français, Prieuré peut signifier communauté monastique, ou établissement dirigé par un prieur
Chapitre 8
12-09-2007
Donc, Moshe et moi étions TOUS LES DEUX inquiets du fait que deux mystérieuses silhouettes apparaissent au début de ce livre. Une partie du problème est la réécriture, qui a mélangé les choses au début du roman, augmentant la vitesse - mais mélangeant les choses ensemble également. A l'origine, l'esprit des brumes apparaissait avant l'Observateur. Maintenant, ils sont tous deux introduits dans le même chapitre, le deuxième.
Cela m'inquiète quant à des chevauchements et confusions, mais nous avons décidé qu'il n'y avait rien à y faire. Alors que l'histoire progresse, j'espère qu'ils seront assez différenciés dans la tête du lecteur pour qu'il puisse les distinguer. (Cela n'aide pas qu'il y ait des créatures dans ce monde connues sous le nom de spectres des brumes, qui sont différents de l'Observateur et de l'esprit des brumes. Soupir.)
Les flacons de métal. Certains se demandent peut-être pourquoi les Allomanciens les utilisent. Pourquoi ingérer seulement des petites portions de métal, qui pourrait venir à vous manquer ? Il y a deux raisons à ça.
Premièrement, vous ne voulez pas manger trop de métal parce que c'est tout simplement du poison. Kelsier en parle un peu dans le premier livre et il y a quelques références de la part des personnages à travers la saga. Je n'en fait pas des caisses - mourir d'empoisonnement au métal n'est pas le type de maladie chronique qu'on a tendance à gérer dans un roman qui couvre uniquement quelques mois, comme celui-ci.
La deuxième raison pour les flacons de métal est plus simple. Les Allomanciens avec le bon pouvoir peuvent Pousser ou Tirer sur des sources de métal - plus la source de métal est grande, plus l'Allomancien peut Pousser fort dessus. Donc, de petites flasques de métal en font de terribles points d'ancrage, et donc si vous vous faites avoir en portant vos flacons, vous ne donnez pas un grand avantage à vos ennemis.
Chapitre 9
13-09-2007
Un chapitre très court de Sazed. Il était là principalement parce que je devais rappeler aux lecteurs que Sazed faisait des choses. Entrer dans le Prieuré lui prendra assez de temps pour que, si je n'avais pas mis un petit chapitre comme celui-ci, vous auriez passé un long moment sans voir Sazed.
Les choses sur lesquelles il ressasse ici, sont un renforcement de son personnage et de ses conflits. Cela aide aussi à établir Marsh. Pas à cause de ce qu'il dit, mais simplement parce que vous les verrez tous deux de nouveau, et cela vous rappelle tout ce dont j'avais parlé la dernière fois qu'on était avec lui.
J'ai écrit la plupart de Fils-des-brumes 1 dans l'ordre chronologique, peu importe le point de vue. J'ai fait la même chose pour la plupart de ce livre également, mais j'ai écrit beaucoup de chapitres de Sazed ensemble, en un bloc, pour pouvoir garder le ton et la voix corrects. Je savais de combien de chapitres de son point de vue j'avais besoin et je savais vers où ils devaient aller, donc j'ai divisé ce donc j'avais besoin qu'il se passe et je suis parti de là.
Vous seriez peut-être intéressés de savoir que j'avais prévu un prologue pour ce livre à l'origine, avec Sazed qui voyait des brumes pendant la journée. Il devait chevaucher à travers une vallée, les voir s'insinuer dedans, puis se précipiter et les voir déjà disparues d'ici à ce qu'il arrive. C'est là qu'il devait entendre les rumeurs à propos des gens qu'elles avaient tuées, puis partir, puis finalement avoir assez de chance pour trouver une personne tuée juste la veille.
Je n'ai jamais écrit ce prologue. Je n'avais pas l'impression d'en avoir besoin et je ne voulais pas débuter avec cette scène - je voulais quelque chose de plus actif, plutôt que mystérieux, pour l'ouverture. Quand j'ai révisé le livre et essayé de concentrer le lecteur de plus en plus sur la politique et la guerre, plutôt que sur les brumes (surtout au début), j'ai décidé qu'un prologue qui parlait des brumes aurait été déplacé.
Chapitre 10
14-09-2007
Il y a eu une bataille épique avec mon éditeur à propos de certains changements à ce chapitre. Je pensais que le mot à utiliser pour un lieu où quelqu'un se tient pour s'adresser à une foule était un "podium" (NdT : "podium" en anglais). Il a dit que c'était une falsification de la langue et que le mot pur et classique à utiliser était "estrade" (NdT : "lectern" en anglais).
Il a gagné.
Sur une note plus sérieuse, cette section contient certaines des additions les plus longues de la réécriture. Le discours d'Elend et les arguments à son encontre ont tous été ajoutés lors de la dernière version. Comme je l'ai déjà dit, dans la première version, Elend donnait une proposition très différente et l'armée n'était pas encore arrivée.
Cela marche BEAUCOUP mieux. J'ai peur qu'Elend paraisse un peu trop fort - ou, plutôt, pas assez faible - dans cette scène. A l'origine, j'avais inclus le fait de montrer certains de ses défauts en tant que meneur. Cependant, d'autres lecteurs ont indiqué qu'ils pensaient qu'il semblait trop faible. Même si c'est un livre qui parle de la transformation d'Elend en meneur (ou, du moins, c'est une grande partie du roman), il n'a pas à être un cas aussi désespéré que celui que j'avais dépeint au départ.
Donc, peut-être qu'on a trouvé ici un bon équilibre.
Les Obligateurs. C'est la première fois que vous les voyez dans le livre. Ça ne sera pas la dernière, mais presque. Ils ne représentent pas une grande part de l'histoire maintenant.
J'ai jonglé avec l'idée d'en faire des méchants du roman, en les incluant beaucoup dans la politique, mais j'ai rejeté ce concept. J'ai décidé que 1) Le pouvoir du Seigneur Maître était brisé et que combattre ses vestiges serait un peu anti-climatique. 2) Il n'y avait juste pas assez de place dans le livre pour d'autres antagonistes.
Les armées qui envahissent Luthadel, ainsi que leurs meneurs, sont déjà assez graves. Ma logique est en partie que les seigneurs de guerre - pas les prêtres - seront le vrai danger de ce nouveau monde. Les prêtres étaient une force pour la stabilité. Maintenant que tout a été renversé, ils n'ont tout simplement pas le pouvoir d'être une menace.
Tout de même, je veux noter qu'une force majeure du troisième livre est, en effet, un Obligateur qui a pris le contrôle d'une section de l'empire.
Chapitre 11
02-11-2007
Quelques trucs à surveiller. Il pourrait subsister un "Argent" ou "Œil d'Argent" quelque part dans le livre.
Si vous avez lu les annotations du livre précédent, vous savez que j'ai changé le métal Allomantique "argent" en "étain" à la dernière minute. Je n'arrivais pas à trouver un bon alliage pour ll'argent, et même si je préférais largement le terme "Œil d'Argent" que "Œil d'étain", j'ai décidé de retenir le choix le plus logique pour la construction de l'univers, plutôt que celui qui sonnait mieux.
Il pourrait encore y avoir un ou deux "argent" résiduels dans ce livre, vu qu'il a été écrit avant que je ne fasse le changement (je viens juste d'en trouver un dans le troisième livre et j'ai pu le changer juste à temps).
Nous avons ici le retour de Brise, un favori récurrent du monde de Fils-des-brumes. Il bénéficie de bien plus de temps dédié - et de profondeur dans sa caractérisation - que Ham, Clampin ou Dockson. On ne peut juste pas développer tout le monde (surtout lorsqu'on n'est pas George R. R. Martin). J'ai fait de mon mieux avec les personnages secondaires, et selon moi Brise et Spectre sont ceux qui s'en tirent le mieux, à mon avis. Vous les reverrez tous les deux plus longtemps, et en apprendrez davantage à leur sujet, au fil de l'avancée de la saga.
J'adore cette scène de sauvetage, et j'ai pu réutiliser la scène où "Vin fend une flèche avec sa propre pointe", qui était l'un des moments les plus cools dans Fils-des-brumes Prime. (Longue histoire. Lisez les annotations de Fils-des-brumes 1.) Il y a un certain côté arrogant dans cette scène, et ça fonctionne plutôt bien, je trouve.
Les Kandra sont une espèce qui a également beaucoup de développement au fur et à mesure que la saga progresse. Pendant le développement de ce livre, j'ai essayé de résister à l'utilisation de l'intrigue "il y a un espion parmi nous", mais finalement, je n'ai pas pu m'en empêcher. Les différentes pièces du puzzle étaient toutes là, et je voulais jouer avec les concepts de confiance et de fiabilité.
Dans le premier livre, Vin a appris à faire confiance. Elle a appris qu'il était préférable de faire confiance et de se faire trahir que de suspecter tout le monde. Le rebondissement sympa à ce propos dans ce tome 1 est qu'il n'y AVAIT pas de traître dans le livre. Tout le monde est resté loyal à Kelsier et à sa vision.
Donc, dans ce livre, j'avais besoin de semer quelques graines de méfiance. Je voulais que Vin se confronte de nouveau à ces problèmes, et notamment à sa suspicion et sa paranoïa. La seule manière d'y parvenir était de la faire commencer à suspecter les membres de l'équipe.
De plus, vous ne pouvez pas mettre une espèce de métamorphes puis ignorer la tension des gens se demandant si quelqu'un qu'ils connaissent a été remplacé. Cela serait juste irresponsable.
Bilan Partie 1
02-11-2007
Et bien, en relisant cette partie du livre, je suis maintenant très content de son rendu. Elle introduit ce que je voulais, fait avancer les choses et met en place les conflits du livre.
Il est cependant difficile de la regarder de façon objective. Elle a subi tant de versions, avec tant de chapitres d'ouverture différents,que je n'arrive plus tout à fait à la voir comme je l'aurais vue autrefois - et certainement pas comme un lecteur pourrait la voir.
Alors que nous arrivons à la deuxième partie, les choses se stabilisent et reviennent à l'ordre et l'intrigue originale que j'avais planifiés et esquissés pour le livre (bien qu'il y ait un autre bouleversement majeur à la fin).
C'est étrange la façon dont un livre, pour un écrivain, peut raviver des souvenirs. Vous voyez comment une odeur peut déclencher des souvenirs dans votre tête ? Et bien, parfois, des chapitres peuvent faire la même chose. On travaille sur un projet comme celui-ci pendant une si grande partie de sa vie qu'il devient une part de soi.
J'ai soumis une des révisions du chapitre un (le combat de Vin dans les rues) à mon cours universitaire, celui où j'ai rencontré Heather, la fille avec qui je suis sorti une grande partie de l'année dernière. Je commençais à imaginer la fin de Fils-des-brumes 3 lorsque je suis parti en vacances l'été dernier, et Emily - celle que j'ai finalement épousée - me manquait. J'imaginais Fils-des-brumes 1 quand j'ai reçu l'appel téléphonique qui m'a annoncé que j'avais finalement décroché un contrat d'édition.
Cette saga est une grande partie de ma vie et je la vivrai encore pendant des années. C'est, pour une raison ou une autre, quelque chose de réconfortant et en même temps d'intéressant à imaginer pour moi. Je n'arrive même pas à concevoir ce que cela doit être pour les auteurs qui écrivent des sagas plus longues que des trilogies !
Chapitre 12
11-11-2007
Ce chapitre est censé être la "récompense" pour le temps qu'on a investi dans Sazed au cours des derniers chapitres. Personnellement, je pense que c'est l'un des chapitres les plus cools de cette partie du livre.
La Ferrochimie s'est révélée être un très bon système de magie et je suis heureux de lui avoir trouvé une place dans le livre. Elle se connecte parfaitement avec l'Allomancie ; je suis en réalité surpris de voir à quel point elles s'accordent bien. Comme vous vous en souvenez peut-être, j'avais à l'origine essayé la Ferrochimie dans un livre que j'appelle à présent L'Empire Ultime Prime.
Ici, vous pouvez enfin voir quelques VRAIES astuces Ferrochimiques. Sazed peut faire tellement plus que simplement se rendre plus fort (comme il l'a fait dans le premier livre) ou mémoriser des choses. En y réfléchissant, il y a une quantité monstrueuse de choses qui peuvent être faites pour entremêler l'Allomanvie - avec ses Poussées et ses Tractions - et la Ferrochimie, où une personne peut augmenter et diminuer son poids.
Au fait, vous vous souvenez certainement du premier livre de la façon dont les Inquisiteurs voient. Ils ont une perception si fine de l'acier et du fer, ainsi que leurs lignes, qu'ils parviennent à voir par l'intermédiaire des traces de métal dans les corps de chacun et des objets qui les entourent.
Le truc, c'est que n'importe quel Allomancien ayant accès au fer ou à l'acier pourrait apprendre à faire ça. Certains l'ont compris, par le passé, mais à l'époque actuelle, personne - du moins, personne parmi les gens que connaissent les héros - n'en est conscient. A l'exception de Mars, bien sûr.
Et il a choisi de ne pas le partager.
La scène où Sazed entre dans le Prieuré et se parle à lui-même, mémorisant ses observations dans son cerveau de cuivre, est celle qui me plaît réellement dans ce chapitre. Ce n'est pas souvent, en tant qu'auteur, que je peux faire quelque chose de ce genre - changer de style narratif, pouvoir faire un monologue à la première personne au présent. Le changement de temps est, je pense, ce qui permet à la scène d'être aussi dérangeante. Vous pouvez avoir l'impression, j'espère, d'être avec Sazed, marchant dans le noir, écoutant une faible voix off qui ne se dissipe pas dans l'obscurité, mais résonne de façon encore plus inquiétante.
Ce fut également l'une des scènes préférées de mon éditeur dans le livre. La partie où Sazed décrit l'endroit où sont fabriqués les Inquisiteurs et où il arpente les couloirs, avec le minimum d'interventions narratives de ma part, a donné à ce chapitre un ton différent de tout ce que j'ai jamais écrit.
Chapitre 13 (1)
20-11-2007
J'espère que ce premier paragraphe n'est pas trop poétique à votre goût. J'ai tendance à m'aventurer dans une écriture au langage poétique, et il m'arrive de dériver vers des passages de prose un peu trop chargés. Mais mon éditeur ne l'a pas enlevé, donc j'imagine que c'est bon.
Les choses dont parle Vin dans cette première scène sont essentiellement celles qui finiront pas constituer l'intrigue de la saga complète. Dans la version originale du roman, elle s'inquiétait de ces problèmes bien plus tôt. Cependant, je les ai enlevés pour laisser d'abord le siège s'installer.
Ce n'est pas que ces inquiétudes à propos de l'Insondable et du passé ne sont pas importants - ils sont TRÈS importantes. Et elles joueront un grand rôle dans ce livre. Toutefois, les armées et la politique sont l'intrigue déjà établie du roman. Ce livre - le livre deux - n'est pas à propos de l'insondable. Il porte sur le "Et ensuite ?" Oui, les personnages ont renversé un empire. Et ensuite ? Selon moi, ce qu'ils font maintenant - luttant pour continuer d'avancer, plutôt que tout détruire - est bien plus difficile que tout ce qu'ils ont fait dans le premier livre.
Ce processus éreintant aura une puissante influence sur leurs personnalités et les transformera en ce qu'ils auront besoin de devenir pour faire face aux événements du dernier livre. Dans un sens, cela en fait le livre le plus important - et le plus intéressant - de la trilogie. C'est celui qui porte plus sur les personnages que sur l'intrigue.
Mon but, avec Vin, est de lui enlever les brumes. Kelsier les lui a données dans le premier livre et il est désormais temps de les lui reprendre.
Elles sont le refuge des Fils-des-brumes. Mais, si vous faites attention au fil de la progression de la saga, vous verrez que je les retire peu à peu pour laisser Vin sans elles.
Chapitre 13 (2)
20-11-2007
Cette scène d'Elend est presque un parallèle direct de la scène, dans le premier livre, où Kelsier expose pour la première fois le plan à son équipe. Elend a beaucoup plus de mal. En réalité, cette scène - conjuguée à celle avec l'Assemblée - est censée établir Elend pour ce qu'il est : un homme avec des idées formidables, mais de piètres techniques de dirigeant. Il est brillant et érudit, mais il ne sait pas comment amener les gens à faire ce qu'il veut.
Ça se reflète dans sa façon de parler, et ce depuis le premier livre. Il aime utiliser l'expression "Eh bien, voyez", suivie d'une observation. Il ne commande pas, et quand il débat, il utilise des phrases très passives. Tout cela - j'espère - vous fait percevoir le personnage d'une certaine manière, inconsciemment.
La seule raison pour laquelle il convainc le groupe de le suivre est que 1) il a raison, ils aiment parier, et c'est le genre de plans qui leur plaît et 2) ils le connaissent déjà, et ses idées leur ont valu une certaine mesure de confiance.
Quand c'est est nécessaire, Elend PEUT prononcer un discours brillant. Il sait faire rêver et espérer les gens. Il n'est juste pas très bon pour argumenter et très mauvais pour jouer les dictateurs.
Cette scène, au passage, a aussi été considérablement réécrite. Lors des réécritures, je me suis beaucoup plus concentré sur l'idée que l'équipe allait devoir gérer un long siège.
Vous êtes peut-être curieux de savoir que j'ai en partie basé Elend sur mon éditeur, Moshe. Je ne sais pas si c'était conscient - en fait, je viens juste de remarquer le lien à l'instant, en écrivant. Cependant, ses tournures de phrases et sa façon de penser sont très similaires à celles de Moshe, et je vois un peu Elend, dans ma tête, comme une version plus jeune de mon éditeur. J'imagine que je vois Moshe comme une sorte de gars héroïque.
Il ne ferait pas un très bon dictateur non plus. Mais c'est sans doute mieux, vu que je dois travailler avec lui. 🙂
Chapitre 14
01-12-2007
Oui, c'était probablement stupide de la part de l'équipe de laisser Elend seul avec Tindwyl. J'ai poussé cette situation peut-être un peu plus loin que ce qui est plausible. Cependant, vous devez garder en tête comment les Terrisiens sont vus par les gens de Luthadel. Les Terrisiens sont, en général, des servants si bienveillants et loyaux qu'il est difficile pour Elend et les autres d'éprouver de la défiance envers l'un d'eux.
J'étais très satisfait de cette scène lorsque je l'ai écrite. Je savais depuis le début que je voulais introduire un autre personnage féminin fort dans le livre, autant que je voulais donner à Elend un mentor pour la royauté. Tindwyl remplit ces rôles de façon remarquable. Elle donne aussi un autre aperçu de la culture terrisienne - c'est toujours difficile dans un livre comme celui-ci de distinguer les personnes de leur culture. Si vous avez uniquement un Terrisien dans un livre, il ne représente pas seulement lui-même - il représente tout son peuple. Et donc, à moins de montrer un autre aspect de cette culture, la personne et son origine finissent par se confondre.
C'est la première pointe de méfiance entre Vin et Elend. Elle ne lui raconte pas sa nouvelle rencontre avec l'Esprit des Brumes.
C'est un petit détail, je l'admet, mais pour moi - en tant qu'écrivain - c'est censé être un premier pas dangereux. La capacité de Vin à faire confiance est encore fragile. Et si elle pense qu'Elend pourrait se moquer d'elle ou la mépriser, elle préfère garder ça pour elle.
Chapitre 15
01-12-2007
Les actions de l'homme ici me semblent étrangement logiques pour une quelconque raison. Tout ce qu'il a fait paraît tout simplement cohérent. Parfois - et même, la plupart du temps - mes personnages fonctionnent comme ça. Je m'inquiète, en réalité, que parfois les personnages soient trop stéréotypés. Après tout, si leurs actions et leurs manières me viennent si facilement, peut-être ne fais-je pas preuve d'assez de souplesse.
D'un autre côté, je trouve que les personnages agissent de façon naturelle parce que je les comprends. Si je comprends réellement un personnage, tout ce qu'il fait ne paraîtrait-il pas logique parce que… eh bien, c'est ce qu'il ferait.
C'est, peut-être, le chapitre de ce livre qui préfigure le plus ouvertement la suite. J'essaie de nouer ensemble un assez grand nombre de fils dans cette saga et ce fut un défi de les garder tous en suspens en même temps.
Les événements de ce chapitre se dénoueront ensuite avec ce qu'il se passe vers la fin de ce livre et dans le livre suivant. Je montre surtout le réel danger des brumes - il y a en effet UNE raison de les craindre. Quoi qu'il en soit, retenez une chose de ce chapitre. Certaines personnes ont été tuées (et il y a une connexion entre les deux personnes dont vous avez entendu spécifiquement qu'elles étaient mortes des brumes), certaines personnes s'en sont sorties, et certaines personnes ont eu des malaises, puis allaient mieux ensuite.
Chapitre 16
19-12-2007
Vin dans sa chambre
La première scène est une scène Brandon classique - un personnage qui étudie, pense et explore qui il est dans sa propre tête. Certaines personnes trouvent mon style narratif - avec les pensées, les conclusions et les débats internes - un peu trop lent. Je peux le comprendre, même si je ne suis pas d'accord.
J'aime connaître mes personnages. Un chapitre comme celui-ci marche bien pour ça, je pense. Il me semble que dans trop de livres, vous ne connaissez pas vraiment suffisamment les pensées, émotions et logiques des personnages pour comprendre pourquoi ils font ce qu'ils font. Donc, je passe du temps sur ces choses.
Cette scène est importante pour les décisions que Vin fait pour elle-même. Elle n'est pas le type de personnes à se remettre en question. Dans un sens, elle montre certaines des choses que Tindwyl essaie de transmettre à Elend plus tard dans le chapitre. Vin rencontre un problème, y réfléchit, et finit par prendre la décision de se faire confiance.
Oh, et la ligne "il avait été un homme qui était parvenu à défier la réalité" en référence à Kelsier est une ligne que j'ai volé à mon amie Annie. Elle l'a dite à mon propos, en réalité. C'était une référence au fait que je croyais profondément que je pouvais faire quelque chose comme devenir un auteur - un travail que très peu de personnes ont, et encore moins de personnes peuvent en vivre. Elle l'a dit bien avant que je sois publié.
C'est toujours resté avec moi.
Elend sur le mur
Maintenant vous pouvez voir pourquoi la proposition d'Elend - lui donner le pouvoir de garder la ville jusqu'à ce qu'il rencontre les rois en pourparler - était une méthode d'intrigue si importante. Ne vous inquiétez pas ; j'en viendrai bientôt aux problèmes avec la proposition. Ce n'est en aucun cas une règle absolue et je réalise qu'une simple promesse comme celle-ci ne tiendra pas longtemps face à un siège.
Tout de même, cela me permet d'installer le siège. Cette section est en réalité une des plus récentes du livre. Je voulais une section qui commençait officiellement le "siège de Luthadel", le rendant solide et fixé dans l'esprit des gens, pour qu'ils soient certains de la nature du conflit.
Ajouter des scènes comme celle-ci augmente la taille de certains chapitres bien plus que ce que j'écris normalement. C'est l'un d'entre eux. Il est intéressant de noter que, pour un livre donné, mes chapitres tendent à avoir à peu près la même taille. Ce n'est pas complètement intentionnel ; c'est juste comme ça. Ce livre, cependant, a désormais perdu en grande partie ce rythme.
L'entraînement de Tindwyl
J'ai choisi de seulement montrer quelques sections de l'entraînement de Tindwyl avec Elend - j'ai pensé que cela pouvait devenir laborieux si j'en faisais trop. Ce n'est pas "My Fair Lady", après tout.
Je n'ai jamais pu voir Elend apprendre à être duelliste, par exemple. En tant qu'écrivain, j'ai tendance à réagir fortement contre les choses que j'ai vues être faites trop souvent. Cela ne m'empêche pas toujours de les inclure dans les livres, mais parfois si. Entraîner un homme avec une épée, par exemple, semble avoir été déjà assez fait pour que je puisse partir du principe que cela s'est produit - et l'imaginer se produire - sans que je vous détaille les sessions d'entraînement d'Elend.
Cette scène incluse, cependant, est assez importante. La nouvelle apparence d'Elend et sa décision de se laisser couper les cheveux représentent le premier changement en lui : le changement visuel.
Chapitre 17
19-12-2007
Eh bien, à présent, l'Observateur a un nom. À l'origine, je n'avais pas l'intention de le laisser mystérieux si longtemps. En fait, dans la version originelle, j'avais écrit de son point de vue assez tôt. Cela a été repoussé dans cette version, pour que les choses s'écoulent plus rapidement au début, mais également pour que vous puissiez vous faire une opinion de lui de façon externe. Il a une façon… particulière de voir le monde et j'ai pensé qu'il serait mieux de le présenter plus tard, pour que cela ne fasse pas trop d'ombre à d'autres aspects de sa personnalité.
Une des choses que je voulais faire avec ces livres était de lentement transformer les personnages pour que leurs faiblesses deviennent des forces. C'est un petit thème bizarre, à peine visible, je pense - et pas si important. Cependant, c'est présent. Vin apprend à être une érudite, malgré le fait qu'elle proteste et se bat contre cette transformation.
Ce combat est pour les fans d'Allomancie. Je ne pense pas qu'il y en ait un aussi technique dans l'entièreté de la saga.
J'essaie de donner de la variété à mes scènes de combat. La joute entre Ham et Vin était rapide et visuelle. Ce combat est totalement à propos des poussées, des tractions et du poids. J'ai peur que ce soit assez difficile à imaginer et, sauf si vous êtes à fond dans l'Allomancie, je suspecte que beaucoup d'entre vous l'ont parcouru rapidement.
Tout de même, écrire un livre consiste à y mettre beaucoup de choses pour beaucoup de personnes différentes, je pense. L'Allomancie est sympa grâce à sa polyvalence - je peux en faire tout plein de choses. Ce n'est que l'une d'entre elles.
Donc, si vous aimez vraiment la façon dont l'Allomancie fonctionne - avec les poussées et les tractions, les vecteurs, les masses, accélérations et tout ça, ceci est un cadeau pour vous. Un chapitre qui expose réellement ce que deux Fils-des-brumes peuvent faire lorsqu'ils manipulent leurs pouvoirs d'une façon experte.
Si vous n'aviez pas vu la comparaison Zane/Kelsier qui arrive plus tard, j'en parle ici. Dans un sens, le but de Zane dans ce livre est de représenter des choses que Vin n'a jamais eu l'opportunité de choisir.
Elle a fini avec Elend. Cependant, il y a une autre option et c'est l'option que Kelsier représentait. L'option que Zane représente. Malgré sa garantie à Elend qu'elle n'était pas amoureuse de Kelsier, il y AVAIT quelque chose. Kelsier avait une sorte de magnétisme et depuis qu'il est mort, Vin n'a même pas eu besoin de choisir entre Elend et lui.
Oh, et je ne sais pas pourquoi Kelsier n'a pas pensé au tour avec la pièce dans la bouche. Probablement parce que je n'y avais pas pensé avant ce livre - donc, si celui qui crée le système de magie peut louper ce petit tour, alors j'imagine que Kelsier a le droit aussi.
Chapitre 18
05-01-2008
Comme je l'ai déjà dit, les chapitres de Zane commençaient plus tôt dans le livre, à l'origine. Je les ai repoussés afin de garder le mystère un peu plus longtemps et pour mieux profiler le début.
Maintenant, je peux finalement m'attarder sur son histoire. Zane est important pour plusieurs raisons, que je ne peux pas toutes expliquer sans révéler la suite de ce livre, mais également du prochain. L'une de ses fonctions les plus basiques est d'apporter un faire-valoir auprès d'Elend. Un opposé. Elend représente la sécurité, Zane le danger. Ils partagent beaucoup de caractéristiques, mais en Zane, la plupart sont déformées.
Il représente également un renvoi à Kelsier. Il ressemble plus au Survivant qu'il ne le comprendra probablement jamais.
Le rendre fou comme ça était un pari de ma part. Je m'inquiète qu'il semble stéréotypé au premier abord. Il se passe beaucoup plus de choses avec Zane que ce que vous présumez certainement, mais sa présentation est celle d'un méchant schizophrène qui aime se faire du mal. Cela peut sembler être un mélange hétéroclite de psychose, mais je vous demande de me suivre là-dessus. Zane a été l'un des personnages préférés de mes alpha-lecteurs.
Straff est généralement le personnage le moins aimé - même si je m'y attendais un peu. Il n'est pas fou; il est juste une horrible personne. Celles-ci, malheureusement, existent - avec son pouvoir et son éducation, son tyrannisme n'est pas si surprenant.
Je voulais apporter un spectre de méchants pour cette saga. Le Seigneur Maître était un type de méchant - le dieu intouchable, distant et mystérieux. Straff en est un autre : le véritable, simple tyran avec trop de pouvoir et pas assez de sagesse. Zane est notre troisième méchant - sympathique, nerveux et possiblement plus dangereux que les deux autres.
Chapitre 19
05-01-2008
Certains de mes lecteurs pensaient que Sazed dépensait beaucoup trop sa vitesse pour arriver à Luthadel. Je ne suis pas d'accord. Ce qu'il a vu dans ce village l'a énormément perturbé. Souvenez-vous, il a passé les six derniers mois à investiguer les nouvelles des brumes tuant des gens et maintenant il a trouvé un village entier où cela s'est produit. Il est inquiet et impatient de retourner à Luthadel. Sachant cela, l'utilisation de ces cerveaux métalliques a du sens, je pense.
L'armée koloss a été une autre chose qui a beaucoup bougé dans ce livre. À l'origine, le peuple de Luthadel découvrait son avancée assez tôt. Toutes leurs discussions, ensuite, parlaient du fait que trois armées venaient vers eux.
J'ai repoussé leur connaissance de l'arrivée des koloss pour plusieurs raisons. Premièrement, les koloss sont effrayants - et je pense qu'ils méritent d'être traités différemment que les deux autres armées. Leur apparence peut bien compliquer les choses plus tard, une fois qu'Elend et les autres entendent parler d'eux. Cela permet au lecteur de savoir quelque chose que la plupart des personnages ne savent pas et amène de l'anticipation et de la tension.
De plus, cela donne à Sazed une autre bonne raison d'exister dans l'intrigue. Maintenant, il est au courant pour les koloss et personne d'autre dans la ville ne le sait. Sa mission, alors, est encore plus vitale. Il doit apporter l'information à ses amis.
J'ai essayé de travailler sur les koloss depuis un long moment. À l'origine, dans la première version de Fils-des-brumes 1, ils faisaient une apparition dans le prologue :
Les skaa travaillaient les champs avec léthargie et désespoir, leurs mouvements méthodiques et apathiques. Bien que la lumière du soleil fut assombrie et rougeâtre par la présence constante de la fumée, la chaleur du jour était toujours oppressante. Cependant, aucun homme skaa ne s'interrompit pour essuyer son front couvert de suie - être remarqué en train de se reposer par un koloss gardien des champs aurait valu un coup de fouet.
Donc, les skaa travaillaient. Leurs yeux baissés, regardant la terre à leurs pieds, ils creusent la mauvaise herbe - sans oser parler, et osant à peine penser. Les koloss les surveillaient, leurs yeux ensanglantés épiant des signes de fainéantise skaa.
Évidemment, j'ai drastiquement changé leur place dans le monde. Durant les versions du premier livre, je travaillais toujours sur ce que je voulais que les koloss soient. Je savais qu'ils seraient quelque chose de monstrueux et, alors que la première version de Fils-des-brumes 1 progressait, je les ai lentement enlevés du livre et ai décidé de les garder pour le deuxième livre. Alors que les personnages parlent d'eux, la réputation des koloss est devenue de plus en plus mauvaise - et j'ai même été jusqu'à expliquer que le Seigneur Maître lui-même avait peur de les garder près des implantations humaines.
Donc, quand la planification du deuxième livre est arrivée, j'ai mis beaucoup d'efforts à développer les koloss. Je voulais qu'ils soient visuellement cools, qu'ils soient à la hauteur de leur réputation, et qu'ils fonctionnent avec l'univers et le système de magie que j'avais construit. Vous en saurez beaucoup plus sur eux au fil de la progression de la saga.
Chapitre 20
16-01-2008
Elend progresse déjà bien en tant que roi. Il y passe beaucoup plus de temps que ce que je montre - beaucoup d'entraînements et de leçons. Une de mes inquiétudes est qu'Elend se développe trop rapidement. Cependant, considérant la situation dans laquelle il est, je suspecte qu'il sait qu'il doit soit s'adapter rapidement, soit être détruit. Quelques mois de tension peuvent vraiment beaucoup changer une personne.
Et puis, nous pouvons voir ici que Zane a déjà un impact sur les émotions de Vin. Elle commence à se questionner et à douter. Cependant, ce n'est pas un changement rapide - vous devriez réaliser que toutes ces questions étaient déjà présentes en elle. Non seulement c'est une adolescente, vivant une partie de sa vie très émotionnellement volatile, mais elle a en plus grandi en apprenant à se méfier et à avoir peur de la trahison. Même si elle s'améliore, ses anciennes inquiétudes sont toujours là et même une simple éraflure peut les faire resurgir.
Elle n'a jamais réellement besoin de confronter tout cela. Échouer avec l'équipe, apprendre à faire confiance, était en réalité facile dans le livre précédent. Kelsier était là pour faire que tout fonctionne et Vin était toujours sous la surveillance attentive de Sazed.
Ce livre est à propos de Vin directement face à tout cela.
Nous pouvons voir un peu de profondeur de la part de Brise et Tindwyl dans ce chapitre. Comme je l'ai dit plus tôt, je ne peux pas vraiment passer du temps à parfaire chaque personne de l'équipe, donc je dois choisir avec attention. Brise est un de mes préférés, donc j'ai décidé de travailler un peu avec lui dans ce livre. Comme vous le découvrirez plus tard dans le livre (quand nous aurons quelques points de vue de Brise), il est en fait un noble de pur sang. Ce n'est pas si important pour l'histoire, c'est juste une part de qui il est.
Brise s'est créé une vie et une réputation en cachant ses sentiments derrière son attitude. Il aime paraître comme un scélérat - non seulement ça lui permet de s'en sortir avec beaucoup de choses aléatoires, mais cela empêche également les gens de trifouiller trop loin dans son passé. Il y a beaucoup de voleurs skaa qui réagiraient très mal s'ils découvraient que Brise n'est pas réellement l'un d'entre eux, mais un noble qui s'est retrouvé obligé de prendre refuge dans les souterrains.
Je pense que Tindwyl a beaucoup de bons points dans son entraînement. Certaines personnes contestent ce qu'elle dit, mais je pense qu'elle a une bonne idée de ce qui fait un meneur. Ou, du moins, un type de meneur.
Le problème, c'est que ce n'est pas le seul type de meneur qui fonctionne. Tout de même, dans mon esprit, elle sait qu'elle DOIT être comme ça pour réagir contre la frivolité d'Elend.
Vous vous souvenez des pièces contrefaites ? Vous en saurez plus à leur propos, à la fin.
Et puis, le rejet d'Elend de l'Assemblée - pour la deuxième fois d'affilée, en réalité - est quelque chose qui devrait faire lever un drapeau rouge d'avertissement.
Chapitre 21
16-01-2008
La vérité, c'est que Cett a effectivement surpris Brise au lit avec sa fille. Pour la défense de Brise, elle s'y est en quelque sorte glissée pendant qu'il dormait et l'a enlacé. Cependant, ce n'est pas la raison pour laquelle Cett a chassé Brise du camp. Vous en saurez plus la-dessus plus tard.
Je n'ai pas pu résister à l'envie de mixer la fin du dernier chapitre avec le début de celui-ci. La plaisanterie de Ham sur Cett surprenant Brise avec sa fille était juste trop belle pour ne pas la rendre réelle. Le truc, c'est que Brise est toujours tellement dans le contrôle et la suffisance qu'il est bon de le sortir de sa zone de confort de temps en temps.
C'est une scène courte, mais l'une des plus importantes pour montrer un peu de développement du personnage d'Elend. Il commence à voir quelques vérités dans les mots de Tindwyl.
Réussir une transformation comme la sienne fut l'un des plus gros défis de ce livre. En fait, l'intrigue était assez facile - mais gérer la relation entre Elend et Vin, en parallèle du développement de leurs personnages respectifs, était bien plus difficile. Il faut une main subtile pour faire d'Elend un roi sans le faire progresser trop rapidement et je ne sais pas trop si j'ai bien réussi.
Le développement de Vin - montrer sa méfiance interne sans la faire sembler paranoïaque ou que leur relation paraisse superficielle - était encore plus dur.
Chapitre 22
30-01-2008
Vin espionne Ham dans les Brumes
Ce chapitre a de nouveau une introduction poétique - je vous avais prévenu, je crois. J'espère que ce n'est pas trop déplacé.
Tester Ham de cette façon est quelque chose que Vin aurait vraiment dû faire plus tôt dans le livre. Le problème, c'est que j'ai beaucoup de choses à placer dans un espace de temps relativement court dans ce livre. J'ai fait les choses par ordre d'importance, et - bizarrement - tester les membres de l'équipe était moins prioritaire que faire entrer Allrianne dans la ville ou présenter le plan d'Elend pour s'occuper des seigneurs de guerre.
Mais, au final, nous pouvons un peu plus travailler sur l'intrigue de l'imposteur. Il y a des douzaines de façons par lesquelles Vin aurait pu faire brûler du potin à Ham - mais elle voulait une façon par laquelle il ne saurait pas qu'elle était là et où il utiliserait le métal en réflexe. Elle voulait également le faire alors qu'elle savait qu'il était seul. De cette façon, elle ne pouvait pas être dupée par quelque brûlant du potin dans les environs pour faire croire que Ham le faisait.
Vin demande à Ham comment tuer un homme brûlant de l'Atium
Cette conversation sur la façon de tuer quelqu'un en train de brûler de l'atium est une autre que je voulais inclure depuis un long moment. C'est important pour l'intrigue, et l'arc général du livre, que vous soyez inquiet du manque d'atium de Vin. De plus, je veux pousser le lecteur à continuer de penser au métal, étant donné que la cachette d'atium du Seigneur Maître a une telle part dans l'intrigue de la saga.
C'est difficile de savoir comment combattre quelqu'un qui peut voir l'avenir. Ce que Ham décrit ici est à peu près tout ce qu'on a pu imaginer jusqu'à présent.
Vin admet la vraie raison pour laquelle elle n'aime pas OreSeur
Évidemment, les événements les plus importants dans ce chapitre sont à propos de Vin et OreSeur et de leur relation. La vraie raison de sa haine pour lui est quelque chose à laquelle j'espère que vous avez réfléchi. Je voulais que l'argument "Il a mangé Kelsier" tombe à plat pour les lecteurs. Vin est plus intelligente que ça, comme OreSeur l'a dit. Manger le cadavre de Kelsier est une petite chose bête. Une personne ayant grandi dans les rues ne serait pas dérangée par un événement aussi simple, bien que brutal, et surtout pas pendant aussi longtemps que la durée pendant laquelle Vin a gardé une dent contre OreSeur.
Donc voilà pourquoi. Elle aimait réellement Kelsier - peut-être pas de façon romantique, bien que les émotions de Vin à cette période n'étaient pas aussi simples qu'elle aime à le penser maintenant. Dans tous les cas, la mort de Kelsier l'a grandement affectée. Se concentrer sur OreSeur - qui connaissait le vrai plan de Kelsier, mais ne l'a pas arrêté lorsqu'il l'a mis en place - lui donnait quelqu'un à haïr. Elle ne pouvait haïr Kelsier, mais elle pouvait en vouloir à celui qui l'avait laissé mourir.
C'est une relation compliquée. Mais, en réalité, ne le sont-elles pas toutes ?
Vin songe à assassiner Cett et Straff
L'autre chose importante ici est le dilemme de Vin à propos de si elle doit ou non aller assassiner ses ennemis. Cela semble une façon brutale et efficace de se débarrasser de ces armées. Je me demande combien de dirigeants en plus nous trouverions dans notre monde si des guerriers magiques comme les Fils-des-brumes existaient.
Expliquer pourquoi Vin ne va pas juste s'occuper de ces deux hommes était un challenge pour moi. C'est un monde plus dur que ceux que j'ai écrits précédemment et il était très tentant que Vin aille juste tuer ses ennemis. J'ai joué avec l'idée de le faire pendant un long moment.
Le problème, c'est que je pense que ça serait une mauvaise idée pour elle de faire ça. Je le pense pour les mêmes raisons que j'ai présentées ici. Je doute que tuer ces deux hommes aurait réellement l'effet qu'elle recherche. Et, si elle était vraiment déterminée à faire s'éloigner ces armées, elle devrait tuer un assez grand nombre de meneurs. Il semble tout aussi probable pour moi que, après en avoir tué un certain nombre, les armées auraient juste joint leurs forces et pris la ville.
Chapitre 23
06-02-2008
L'arrivée de Sazed
Je me suis demandé comment faire réagir l'équipe à la menace des koloss. Il me semblait que les faire s'emballer à ce propos ne leur correspondrait pas. Ils savent tous qu'ils ne peuvent pas faire grand-chose à ce moment-là - les koloss sont trop éloignés pour constituer une menace immédiate, et les autres armées les gardent enfermés.
J'ai finalement réalisé que l'équipe pourrait voir les koloss comme un avantage. C'est une bande d'opportuniste, et ils se sentent dépassés par les événements. Tout changement dans la situation pourrait devenir un avantage pour eux.
C'est ainsi que vingt mille monstres marchant sur leur cité se voient relégués au second plan aussi facilement que les avertissements de Sazed à propos des brumes. Les membres de l'équipe ne sont pas idiots, mais ils sont pragmatiques. Ils ont suffisamment de sujets d'inquiétude pour le moment. Les menaces plus nébuleuses attendront.
Les secrets de Brise
Le vrai nom de Brise est Ladrian - il me semble l'avoir également mentionné dans le premier livre. Il s'énerve pourtant lorsqu'il l'entend, car cela lui rappelle qu'il est un noble de pur sang. Le "lord" qu'emploie Sazed utilise le lui rappelle d'autant plus.
Il aurait aimé pouvoir laisser son nom derrière lui, s'en débarrasser. Il se voit lui-même comme "Brise" et ce depuis longtemps. Cependant, il a utilisé Ladrian à quelques reprises au début de sa carrière, et cela ne l'a jamais vraiment quitté.
Tout cela, bien sûr, nous n'aurons pas le temps de l'aborder dans le texte même du livre. Alors vous l'avez ici, à la place.
Chapitre 24
13-02-2008
Vin s'assoit et réfléchit dans les brumes
La plupart des entrées du journal que vous voyez Vin citer dans ce livre ont été utilisées en tant qu'épigraphes dans le premier livre. Comme je l'ai mentionné dans les annotations du premier livre, un de mes objectifs pour cette saga était de finir les premiers jets des trois livres avant que le premier roman parte en production. J'avais de nombreuses idées pour la saga quand j'ai commencé le premier livre, mais je savais qu'il y aurait beaucoup de choses que je ne pourrais pas déterminer tant que je n'aurais pas travaillé sur le troisième livre (vous seriez surpris des connexions et idées qui viennent à l'esprit lorsque vous travaillez sur vos pages).
J'ai réalisé que je voulais pouvoir semer des indices et construire un monde qui pointeraient vers le troisième livre, car je pensais que cela donnerait une forte cohésion à la saga. Par exemple, quand je travaillais sur le premier livre (et planifiais la série), je savais que je voulais utiliser les esprits des brumes et les koloss dans le deuxième tome. Cependant, alors que je planifiais la saga, ma conception de l'univers prévoyait PLUSIEURS "Esprits des Brumes" différents plutôt qu'un seul. De plus, alors que je travaillais sur le premier livre, j'ai réalisé que les koloss ne fonctionnaient pas, donc je les ai retirés du livre pour les mettre dans celui-ci, où j'aurais plus de temps à leur consacrer (ce qui me permet de mieux cerner moi-même ce qu'ils étaient).
Au moment où j'ai terminé ce livre, j'ai réalisé que - pour la mythologie que je voulais - il ne pouvait y avoir qu'un seul esprit des brumes. Et puis, je savais très bien ce qu'étaient les koloss. C'était très utile d'avoir fini ce roman avant la sortie du Livre Un, pour que je puisse y retourner et modifier les entrées de journal qui évoquaient les "esprits" dans les brumes et pour qu'elles parlent plus que d'un seul esprit. J'avais également des personnages qui parlaient de koloss dans le premier livre de la même façon qu'ils le font dans le deuxième.
Pas de gros changements, mais je pense qu'ils améliorent l'ambiance de la saga.
Zane confronte Vin sur ses désirs et son absence à leur rendez-vous sur le Bastion Hasting
Si vous ne l'aviez pas remarqué, une chose que j'ai essayé de faire dans ce chapitre - mélangée avec le précédent - était de tisser un lien entre Zane et Vin. Il parle des choses de la même façon que Vin l'a fait dans la dernière scène. Par exemple, Zane admet ici à lui-même qu'il ne peut pas quitter Straff car son père est tout ce qu'il connaît. Vin pensait la même chose autrefois, au sujet de Camon, son chef de bande qui la maltraitait.
Ça va même plus loin. Ces deux personnages ont beaucoup en commun. Même leurs noms sont censés paraître un peu similaires. En fait, la grosse différence entre eux, c'est Kelsier. Il a fait irruption dans la vie de Vin et en a drastiquement changé le cours. Elle aurait fini par découvrir qu'elle était une Fille-des-brumes et elle serait tout de même devenue très puissante. Cependant, elle n'aurait pas connu les membres de l'équipe de Kelsier et n'aurait jamais appris à faire confiance.
Il est parfois intéressant de penser à ce qu'elle aurait fait à Luthadel sans les conseils du Survivant.
Chapitre 25
21-02-2008
Vin et Tindwyl font du shopping
Une part de moi veut recevoir la même réaction du lecteur que Vin a eue dans ce chapitre. "Du shopping ? Ils vont faire du SHOPPING ?" Je réalise que cette scène est un pari. C'est un livre qui parle d'une cité assiégée, et au milieu de cela, j'inclus un chapitre sur de l'essayage de robes.
Il y a beaucoup de choses importantes que je voulais montrer dans cette partie du livre et cela semblait vraiment être le meilleur moyen. Premièrement, je voulais que Vin retourne au marché pour qu'elle voit à quel point les gens sont tendus. Et puis, je voulais avoir une chance de la laisser interagir avec Tindwyl - autant pour montrer un autre aspect de Tindwyl que pour enfin forcer Vin à confronter certaines choses sur lesquelles elle doit travailler dans ce livre.
Elle a trop fortement réagi face à la personne qu'elle devenait dans le roman précédent. Avec le départ de Kelsier et ses encouragements, elle revient en arrière. Elle a peur d'accepter la moitié noble de ce qu'elle est.
Je veux aussi montrer un peu plus d'Allriane. Elle va avoir plus de scènes de mise en avant dans les prochains chapitres et je voulais une chance d'arrondir un peu plus son personnage.
Au-delà de toutes ces raisons, je voulais juste faire quelque chose de différent, d'un peu plus léger. Les scènes de bal qu'on avait dans le premier livre me manquaient. Il n'y avait vraiment aucune façon de les intégrer dans ce livre, donc je les ai laissées. Cependant, je voulais au moins faire un clin d'œil à ceux qui les appréciaient dans le dernier roman. Cette scène et le dîner avec Straff sont tous deux des sortes de retours en arrière vers ces chapitres du premier livre.
L'attaque avortée sur les murs
La scène de fin de ce chapitre, avec l'armée dehors qui fait des tests sur les murs de Luthadel, était une scène additionnelle suggérée par Moshe. Elle est venue dans le livre assez tard dans le processus, lors d'une des dernières révisions majeures, bien un an après que j'aie fini la première version du roman. Le but de cette scène était de rappeler la présence des armées et la pression qu'elles appliquent sur la cité. Nous savions que nous devions pousser les lecteurs à continuer à penser aux armées et ce chapitre était une façon d'accélérer le livre en le faisant durer, comme je l'ai dit plus tôt.
Un essai sur les murs était ainsi logique. Cela me permet également de montrer comment les Allomanciens pourraient être utilisés dans une bataille, ce que je n'avais jamais pu faire dans le premier livre.
Chapitre 26
29-02-2008
Vin et Elend discutent du fait d'aller dans le camp de Straff
Dans la version originale de ce chapitre en particulier, j'avais fait en sorte que Vin trouve l'idée d'Elend d'aller dans le camp de Straff terrible. Elle pensait que c'était trop dangereux, et même insensé. Et, comme Vin est généralement un personnage très compétent et digne de confiance, les lecteurs sont d'accord avec elle. Ils ont tous pensé qu'Elend faisait quelque chose d'incroyablement stupide dans ce chapitre.
Maintenant, ce que j'ai ESSAYÉ de faire était de lui donner de solides objections, puis de la faire admettre à la fin de la séquence qu'Elend avait raison. Malheureusement, cela ne fonctionnait dans cette scène. Le plan était assez fou pour que les lecteurs pensent déjà qu'il était fou. A la place, j'ai plutôt changé le discours pour que Vin ait une opinion réticente, bien que favorable, de la visite au camp de Straff. Avec le poids de sa confiance derrière cette entreprise, les lecteurs n'ont soudainement plus eu aucun problème avec ce que fait Elend.
Les lecteurs font plus confiance à Vin qu'à Elend, ce qui est logique. Si elle lui dit que quelque chose est une bonne idée, ils ont plus tendance à être d'accord. C'était une leçon importante pour moi en tant qu'écrivain. J'ai réalisé qu'Elend avait besoin du soutien de Vin dans ces premiers chapitres, autrement il n'aurait pas le soutien des lecteurs. Il n'est pas entraîné et il bredouille tout en essayant d'apprendre. Afin qu'on lui fasse confiance, Vin doit le faire aussi.
Les raisons de la séquence de l'intrigue
Tout de même, j'ai réalisé que ce qu'il se passe dans ces deux chapitres représente un geste très audacieux - et même insensé - de la part des héros. Une des raisons pour lesquelles j'ai imaginé cette séquence de l'intrigue était que je voulais faire ressembler un peu plus le deuxième livre au premier. Le premier livre était entièrement à propos des plans fous de Kelsier et de leur réalisation. Si vous vous souvenez, il semblait qu'un chapitre sur deux, quelqu'un trouvait une raison de lui demander "Es-tu fou ?"
Je voulais donner à ce livre un peu plus de l'ambiance de "braquage insensé", ne serait-ce que pour la cohésion. Dans ce livre, elle est représentée par la visite d'Elend à l'armée de Straff, et par les personnages faisant quelques autres folies.
Le voyage dans le camp de Straff
Voir ici les obligateurs est un autre clin d'œil au fait qu'ils sont toujours une petite puissance dans le monde, qu'ils n'ont pas disparu, et qu'ils peuvent être importants pour l'intrigue et les personnages. Cependant, nous n'aurons pas tellement affaire à eux.
J'espère que les lecteurs croiront à la facilité avec laquelle Straff rejette Vin alors qu'ils entrent pour la première fois dans sa tente. C'était un peu exagéré qu'il laisse Elend venir dans son camp sans Fils ou Fille-des-Brumes, mais je pense qu'il est important ici de se rappeler certaines choses.
Premièrement, une Fille-des-Brumes serait probablement capable d'entrer dans le camp de lui-même, si elle le souhaitait, à peu près n'importe quand. Si Vin avait voulu attaquer la tente de Straff, elle n'aurait pas eu à attendre qu'Elend reçoive une invitation pour une visite.
Deuxièmement, il y a une certaine perception dans ce monde de l'utilisation des Fils-des-brumes - c'est un peu comme l'idée moderne de Destruction Mutuelle Assurée. Si les deux parties ont des Fils-des-brumes et que l'une d'elles attaque, il y aura des représailles. Les gens ont tendance à garder leurs Fils-des-brumes en réserve, ne les utilisant que pour les cas d'urgence, de peur de déclencher quelque chose de dangereux en retour.
Chapitre 27
06-03-2008
Elend et Straff s'affrontent dans la tente de Straff
Comme Elend le soupçonne, Straff ment effrontément au sujet du traité avec Cett. Conclure une alliance avec quelqu'un qu'il estime devoir être en mesure de vaincre le frustrerait bien trop, surtout après un siège aussi court. Il n'apprécie guère les nobles de l'Est - un travers répandu chez les gens de Luthadel - et le fait que Cett l'ait contraint à ce siège dès le départ l'agace.
Il a évidemment pris contact avec Cett pour sonder ses intentions – c'est ainsi qu'il sait que celui-ci ne s'intéresse pas à la cité, mais seulement à l'atium. Ou, du moins, c'est ce que Cett prétend. Quoi qu'il en soit, Straff n'a aucune intention de partager la réserve d'atium - s'il venait à la trouver - avec qui que ce soit. Et surtout pas avec un homme qui pourrait se révéler un rival aussi redoutable.
La menace qu'Elend adresse à Straff ici constitue, à mes yeux, le premier grand tournant de son personnage. C'est gonflé, mais c'est aussi digne d'un roi. Il tient tête à un adversaire bien plus puissant par la seule force de sa volonté - adjoint d'une menace très efficace.
Vin et Zane font le guet à l'extérieur de la tente
Les entailles que s'inflige Zane connaissent une évolution intéressante au fil de l'histoire. Au départ, je l'ai fait se taillader simplement parce que - eh bien - ça donnait une scène sympa. Zane s'entaillant le bras devant son père, surtout pour mettre ce dernier mal à l'aise.
Mais il y a davantage derrière tout cela, et ces entailles se sont parfaitement intégrées à l'interaction entre les différents systèmes de magie du livre. En particulier l'Hémalurgie. La douleur affaiblit la voix qui résonne dans la tête de Zane. J'y reviendrai plus tard.
Je dois admettre qu'à l'origine je n'avais pas prévu d'établir le lien entre Zane et Kelsier à travers ces cicatrices sur ses bras. Pourtant, en écrivant cette scène, je n'arrivais pas à croire que j'étais passé à côté d'une si belle occasion. Vin associe déjà Zane au Survivant ; lui faire voir les cicatrices sur ses bras lui offre un autre lien puissant, d'autant qu'elle se méprend sur leur origine.
Retour dans la tente avec Elend et Straff
La raison pour laquelle Straff se comporte de façon si étrange durant ces deux chapitres devient plus claire quand on se rappelle que l'espion de Zane continue de les renseigner. Straff avait été prévenu, vaguement, de ce qu'Elend tenterait de faire.
Elend rentre et reçoit la lettre qui le destitue
Et, pour finir, Elend est destitué. Je crains que ce rebondissement ne donne l'impression de sortir de nulle part, même s'il est plutôt bien préparé en amont. Elend mentionne à un moment que l'Assemblée peut désigner de nouveaux rois. Il a manqué plusieurs de leurs réunions et – à cause de la proposition qu'il a faite plus tôt – ils ne peuvent rien faire au sujet des armées tant qu'il ne décide pas de les y autoriser.
Cela a mis l'Assemblée sous forte pression, et on a donné à ses membres le sentiment de ne servir à rien. Il y a, bien sûr, d'autres forces qui poussent et tirent sur l'Assemblée – et vous les découvrirez plus tard.
Elend a commis une grave erreur ici. Il était tellement occupé à être roi qu'il a oublié que c'était lui-même qui avait instauré une monarchie constitutionnelle. Ses ennemis, eux, ne l'avaient PAS oublié. À la décharge d'Elend, Straff comme Cett ont bien plus d'expérience du pouvoir que lui.
Bilan Partie 2
13-03-2008
Après tout ça, la destitution d'Elend nous amène à la prochaine section du livre. La première devait réétablir l'univers et les personnages, la deuxième nous a introduit l'intrigue. Maintenant nous entrons dans le vif du sujet, avec trois chefs différents rivalisant pour le contrôle de Luthadel – et, ils l'espèrent, la réserve cachée d'atium qu'elle représente.
J'aime le fait que ce livre est, une nouvelle fois, à propos de l'atium. J'espère que les gens ne seront pas fatigués d'en entendre parler. C'est un thème présent dans l'ensemble de la saga. Au fond, les deux premiers livres débutent par le conflit pour l'atium. Dans le premier livre, l'atium est ce que Kelsier veut voler. Dans le deuxième, l'atium est la raison pour laquelle les seigneurs de guerre viennent conquérir la cité. C'est amusant de voir qu'un élément qui n'a pas encore fait son apparition – à supposer qu'il existe réellement – a déclenché les conflits de deux romans différents.
Bien sûr, dans les deux livres, l'atium est rapidement éclipsé par d'autres choses. Kelsier allait voler l'atium, mais ce qu'il voulait réellement était de renverser – et se venger – le Seigneur Maître. Comme Straff le mentionne dans ce dernier chapitre, il est peut-être venu pour latium – mais la vraie raison pour laquelle il veut Luthadel était plus personnelle.
Dans tous les cas, le trône de Luthadel est maintenant à prendre et cela va accaparer notre attention pour la Partie Trois du livre.
Chapitre 28
21-03-2008
Elend et Vin discutent de la perte de son trône
Elend va être mis à l'épreuve. C'est l'une des choses que je voulais faire dans ce livre. Dans mes deux romans précédents – Elantris et L'Empire Ultime –, j'ai offert aux héros un parcours relativement facile. Bon, enfin… peut-être pas si facile. Mais il reste que, tant qu'ils demeuraient fidèles à leurs idéaux, ce qu'ils entreprenaient avait tendance à réussir.
Je veux montrer que les idéaux peuvent être un handicap. Ce n'est pas une raison pour ne pas en avoir, mais cela reste un aspect du fait de tenter les choses, tel que le fait Elend. Il y a énormément de gens prêts à profiter de quelqu'un qui essaie de faire le bien, et très souvent ça implique que choisir de faire le bien est le choix le plus difficile.
J'aime aussi la façon dont Elend progresse en tant que leader, mais j'ai tenu à faire un clin d'œil à l'ancien Elend dans ce chapitre, pour que vous sachiez qu'il est toujours là. Les observations de Vin sur ce point sont tout à fait justes.
Vin et OreSeur
Autre chose qui fonctionne bien : la relation entre Vin et OreSeur. D'ailleurs, à cause du fossé que Zane creuse entre Elend et Vin, l'un de mes lecteurs alpha n'arrêtait pas de plaisanter en disant qu'à son avis, Vin s'entendait mieux avec son chien qu'avec son petit ami.
Je ne pense pas que ce soit vrai : il lisait le livre au rythme d'un chapitre par semaine, à mesure que je les retravaillais en atelier. J'espère que, vu la complicité de Vin et Elend au début du livre, vous voyez bien qu'ils s'aiment toujours, même s'ils subissent une énorme pression. Cela ne veut pas dire que Vin ne craque pas un peu pour Zane. Mais je ne crois pas qu'elle cesse d'aimer Elend ; c'est plutôt qu'elle se persuade qu'elle n'est pas la bonne personne pour lui.
Tindwyl interpelle Elend au sujet de Vin
Les derniers mots de Tindwyl – l'idée qu'Elend pourrait devoir choisir entre Vin et son travail – ont été difficiles à écrire. Non parce qu'ils sont vrais, mais parce qu'ils sont un peu cliché. Au bout du compte, j'ai dû admettre que Tindwyl, selon moi, soulèverait ce point, et qu'elle considérerait comme son devoir de s'assurer qu'Elend y réfléchisse. Alors je lui ai fait dire ces choses malgré tout.
Chapitre 29
29-03-2008
Vin et OreSeur discutent pendant que Vin attend de voir si Zane viendra la retrouver sur les remparts
J'espère que je n'en fais pas trop avec les parallèles entre Vin et l'auteur du journal, la personne qui, avant elle, s'était crue susceptible d'être le Héros des Siècles. Dans la version d'origine, certains lecteurs ont trouvé que sa supposition (au chapitre suivant) d'être ce Héros allait trop loin. Ils se demandaient d'où lui venait cette idée.
Je ne cherche pas à sous-entendre que Vin est le Héros, ni qu'elle ne l'est pas. J'essaie simplement de montrer son cheminement de pensée. C'est un équilibre délicat à tenir dans ces chapitres. En tant qu'auteur, je veux que le récit soit profondément ancré dans le point de vue de quelqu'un, et qu'il montre donc qui est ce personnage et comment il perçoit le monde. Mais je ne veux pas que ce récit laisse entendre – de façon certaine – que ce que pense le personnage est effectivement vrai.
Les origines d'OreSeur en tant que personnage
À ce stade, les personnages de Vin et OreSeur sont solidement établis. En réalité, OreSeur et son personnage – l'OreSeur auquel nous avons affaire dans ce livre, avec les conflits et la personnalité qui sont les siens – font partie des éléments que j'ai repris de L'Empire Ultime Prime. (Si vous vous souvenez, c'est la première tentative que j'ai faite, il y a des années, pour écrire un roman Fils-des-brumes. Il n'a jamais été publié.) L'acolyte kandra était l'une des très rares choses qui fonctionnaient vraiment dans ce livre. (Trop bien, même. Les gens l'appréciaient bien plus que le véritable héros de l'histoire – un personnage qui n'apparaît dans aucun des romans Fils-des-brumes actuels.) Si vous voulez lire L'Empire Ultime Prime un jour, écrivez-moi pour le demander. Je vous en enverrai une copie électronique.
J'ai déjà parlé de ce livre dans des annotations précédentes. Il inaugurait une version primitive de l'allomancie et deux ou trois éléments du monde – comme les brumes qui se lèvent la nuit –, mais très peu de choses ont été gardées dans la nouvelle version, professionnelle, de Fils-des-brumes. Je me suis à peu près contenté de reprendre le concept de la magie et quelques éléments choisis de l'univers, et de m'en servir comme point de départ pour cette série. En ce sens, cette trilogie est une sorte de suite à l'autre livre, L'Empire Ultime Prime, même si les intrigues, l'univers et les personnages sont très différents.
OreSeur l'espion
Empêcher OreSeur d'avoir l'air suspect dans ce livre a été vraiment difficile. Je ne sais toujours pas dans quelle mesure j'y suis parvenu, même si la plupart des lecteurs alpha n'ont pas vu venir son coup de théâtre.
La plus grande astuce consistait à éviter que le lecteur le soupçonne d'emblée. J'ai dû recourir là à un détournement d'attention très subtil. Rappelez-vous : c'est OreSeur qui a dit à Vin depuis combien de temps ces os se trouvaient dans la pièce. Il me semble que Vin le fait remarquer plus loin dans le livre.
À part ça, je devais empêcher Vin de le soupçonner à un quelconque moment, et lui faire désigner d'autres personnes qu'elle jugeait bien plus suspectes. Parfois, être écrivain, c'est comme être magicien. Nous devons laisser les choses à la vue de tous, tout en déguisant leur sens pour que le dénouement soit spectaculaire.
Chapitre 30
17-04-2008
Sazed transcrit le texte de la plaque
Ce n'est pas le texte intégral de la plaque, bien sûr. On en verra davantage plus tard. Je savais que je devais intégrer ce texte au récit lui-même, plutôt que de m'en remettre aux épigraphes, car les gens ont tendance à les sauter. (Si c'est votre cas, sachez toutefois que vous passerez à côté de certains des meilleurs indices de ce livre.)
J'espère qu'en lisant ces éléments ensemble, vous percevrez les écrits des épigraphes sous un jour un peu différent. Rassemblés de la sorte, ils se muent en un récit.
Vin parle de l'Insondable avec Sazed
L'Insondable. S'agit-il des brumes ? Vin avance ici de très bons arguments, tout comme Sazed. Je ne vais pas révéler tout de go qui a raison et qui a tort, mais je noterai que certains, arrivés à ce point, se sentent un peu déçus.
Je suis désolé si le lien entre l'Insondable et les brumes vous paraît un peu décevant. Pour moi, c'est un tournant majeur de l'intrigue, et j'ai été surpris que quelques lecteurs alpha n'y accordent guère d'importance. Laissez-moi encore un peu de temps au fil de la série, et peut-être comprendrez-vous pourquoi ça m'impressionne davantage.
Sazed parle à Vin du passé de Tindwyl
L'autre grand sujet de ce chapitre, bien sûr, c'est Tindwyl. Comme je crois l'avoir déjà mentionné, je voulais inclure un autre personnage féminin fort dans ce livre. Peut-être qu'une fois ce chapitre derrière vous, vous commencerez à mieux comprendre Tindwyl. Les lecteurs semblent assez partagés à son sujet. Certains l'apprécient beaucoup, d'autres la détestent profondément.
Moi, je l'aime beaucoup. Elle exprime nombre de mes propres préoccupations, et représente quelque chose dont ce groupe de personnages avait besoin. Une voix ferme en faveur de la stabilité.
Elle et Sazed ont d'ailleurs tout un passé commun, que vous découvrirez plus amplement à mesure que le livre avance.
Chapitre 31
17-04-2008
Philen regarde Elend entrer dans la salle de l'Assemblée
On a droit ici à un point de vue inattendu. Non, Philen ne deviendra pas un narrateur majeur du livre. Il remplit simplement un rôle que vous verrez souvent dans mes romans – celui du passage confié à un personnage quelconque parce que je voulais montrer les choses sous un autre angle.
En l'occurrence, je voulais montrer Elend pénétrant dans la salle de l'Assemblée, tel qu'il serait vu par quelqu'un déjà installé à l'intérieur. C'était l'une des scènes fortes que j'avais prévues très tôt pour ce livre, et il était agréable de trouver un moyen de la concrétiser.
Bien sûr, le point de vue de Philen ne se résume pas à cette seule image. Je voulais aussi le rendre un peu plus mémorable pour que les prochaines réunions de l'Assemblée fonctionnent mieux. J'ai un peu étoffé Penrod, mais je craignais que Philen ne soit oubliable si je ne lui accordais pas un point de vue. Et, comme il joue un rôle modérément important dans les manœuvres politiques à venir, il m'a semblé juste de le laisser occuper le devant de la scène quelques instants.
Enfin, c'était tout simplement amusant d'écrire à travers un point de vue bref – mais neuf. Philen pense très différemment des autres personnages-narrateurs. Ses phrases sont vives et empressées, et sa narration intérieure a quelque chose de superficiel, tant dans la structure des phrases que dans le contenu. Il n'est pas très intelligent, mais plutôt malin, et le mélange de ces deux traits – ajouté à son empressement naturel – en a fait un point de vue intéressant à écrire.
Elend propose Penrod
J'espère que ce chapitre paraît dense en bonnes manœuvres politiques. Elend réussit ici quelques manœuvres plutôt habiles, surtout au vu du chemin parcouru. Certes, il a été conseillé pour une bonne part de ce qu'il fait ici, mais il n'en reste pas moins qu'il apprend et progresse.
Vin et Brise, en revanche, lui attribuent un peu TROP de mérite pour avoir amené Penrod à le proposer. Si Elend espérait qu'en proposant Penrod il obtiendrait une proposition en retour, il ne comptait pas trop dessus. Non, en l'occurrence, c'est simplement la bonté naturelle d'Elend qui se manifestait. Il estimait que si pas un seul membre de l'Assemblée n'était disposé à le proposer comme roi, il n'avait aucun droit de se proposer lui-même. Mieux valait laisser le projet s'éteindre là plutôt que de forcer un vote alors que personne n'était même prêt à l'envisager comme roi.
L'apparition de Cett
Faire intervenir Cett de cette façon était théâtral, mais j'espère que c'est aussi cohérent. L'explication arrive au chapitre suivant.
Chapitre 32
03-05-2008
À propos de la réplique du genre : "Il y a une centaine de cours différentes, avec une centaine de petits Seigneurs Maîtres", dans l'Empire Ultime
L'un des problèmes que crée mon style d'écriture, c'est qu'il est difficile de donner une véritable impression d'ampleur à un royaume ou à un paysage. Quand vous lisez du Robert Jordan, par exemple, vous découvrez tout un monde empli de peuples et de lieux, car les personnages voyagent en tous sens. Je préfère, moi, situer mes histoires dans un ou deux endroits, en général une grande ville, car cela me permet de me concentrer sur les manœuvres politiques, et aussi de donner un fort sentiment d'ancrage à cet endroit.
Il était impossible, dans ces livres – en particulier le premier –, de faire ressentir à quel point l'Empire Ultime était vaste et varié. J'ai glissé l'argot des rues de Spectre et les références culturelles de Sazed pour tenter de suggérer la diversité des ethnies, mais ce n'étaient que cela : des suggestions.
Je ne regrette pas ma façon d'écrire. Mais j'ai conscience des enjeux liés aux choix que je fais. Je crois que c'est ce qu'on doit faire dans un livre : on procède à des arbitrages, en choisissant de mettre l'accent sur certaines choses plutôt que d'autres.
Cett se dévoile brusquement à la réunion de l'Assemblée
Elend a encore quelques leçons à apprendre. À dire vrai, je le trouve trop honnête pour être roi. Il y a des moments où, en tant que roi, je crois qu'il faut mentir pour réconforter son peuple. On ne dit pas au mourant qu'il n'a aucun espoir de survie. On ne se laisse pas acculer par un homme comme Cett à reconnaître que son allomancien manipulait l'assistance.
Mais bon, Elend est Elend. Il agit comme il estime devoir le faire, même quand cela lui attire des ennuis. En cela, d'ailleurs, lui et Cett se ressemblent beaucoup. Ils font ce qu'ils croient devoir faire.
Les jurons dans la série Fils-des-brumes
J'ai essuyé quelques critiques de certains lecteurs à propos des grossièretés que j'ai mises dans ces livres. Je sais que la plupart d'entre vous considèrent des mots comme "damn" ou "hell" comme des jurons très faibles, quand ils les tiennent seulement pour des jurons. Mais, pour certaines personnes, ils peuvent être choquants. Comme je n'en avais pas employé dans Elantris, des lecteurs ont été surpris d'en trouver dans cette série.
Un écrivain doit choisir comment transmettre ses idées, et il est difficile de faire un choix qui plaise à tout le monde. Dans L'Empire Ultime, recourir à des jurons de ce type – plutôt que d'en inventer pour leur monde – était nécessaire. J'estime qu'il fallait quelques jurons (même relativement faibles) issus de "notre monde" pour ce cadre, car les jurons inventés ne fonctionnaient tout simplement pas. Le ton qu'ils instauraient n'était pas le bon.
Notes en vrac
Deux autres petites notes. D'abord, j'ai puisé les réactions des skaa – ce désir de revenir à un tyran aux commandes – dans des essais que j'avais lus sur la chute de l'Union soviétique et sur d'autres pays modernes qui, ayant obtenu la liberté, ont ensuite regretté l'époque où les choses étaient plus simples. Je trouve que c'est un sentiment qui a du sens, même s'il m'effraie un peu.
Par ailleurs, il n'y a que Vin pour présumer que quelqu'un DOIT forcément être un Fils-des-brumes, simplement parce qu'il se trouve être infirme.
Chapitre 33
13-05-2008
Vin demande à OreSeur si les kandra ont une religion
Il existe bel et bien une religion kandra. Je ne pourrai toutefois en parler qu'au troisième tome. Ce qu'OreSeur évoque ici n'en constitue pas vraiment les aspects fondamentaux. Plutôt… du folklore lié à cette religion plutôt que ses véritables préceptes.
Elend découvre qu'un puits a été empoisonné
Cette scène du puits empoisonné est une de celles ajoutées au livre lors de la dernière version. Tout comme l'attaque de test de Straff contre les murs, elle est là pour vous rappeler que les armées sont toujours là, dehors, que Luthadel est assiégée, et que les choses ne se passent pas bien pour les héros. Je ne veux pas que vous oubliiez les armées simplement parce que notre attention se porte, pour le moment, sur la politique.
Vin tente de déterminer si Dockson est l'espion
Cette scène avec Dockson est l'une de mes préférées du livre. Je suis un peu triste que Dockson, comme Ham, n'ait pas beaucoup de place pour se développer au fil de la série. Dans le premier tome, il n'a eu droit qu'à une seule bonne scène – celle que Vin évoque ici. Au cours de cette scène, on a vraiment pu bien cerner sa personnalité et ses démons intérieurs.
Ces démons refont surface dans cette scène, où l'on découvre les inquiétudes obsédantes d'un homme qui a obtenu ce qu'il voulait, avant de comprendre qu'il n'aurait pas dû le désirer si ardemment au départ. C'est un bon personnage, ce Dockson – mais la seule chose que je puisse lui offrir, c'est une scène puissante par livre. Au moins en a-t-il une. Ham et Clampin n'ont même pas cela.
Au passage, le fait que Vin qualifie Dockson d'ennuyeux est particulièrement ironique ici, car lors de notre première rencontre avec Dockson au premier tome, il confie à Kelsier qu'il était « devenu ennuyeux » ces dernières années.
OreSeur et Vin reviennent sur leur entretien avec Dockson
Cette saga, dans son ensemble, parle de confiance. De ce qu'il en coûte de faire confiance aux gens, et de ce qu'on gagne à le faire. Dans le premier tome, Vin a appris à faire confiance – et elle a fait sienne l'une des convictions premières de Kelsier : qu'il vaut mieux faire confiance, quitte à être trahi, que de se méfier en permanence de tous ceux qui nous entourent.
Le thème de ce livre-ci, donc, c'est le service et l'amitié, et la confiance envers ceux qu'on sert. Elend doit gagner la confiance de son peuple. Vin doit gagner la confiance du kandra qui la sert.
Les explications d'OreSeur au sujet du Contrat se mêlent aux tourments de Zane et à son malaise d'être l'instrument de Straff. Cette histoire parle, en partie, de ce que c'est que de servir – de ce que c'est que d'être un instrument – et de la différence entre un bon et un mauvais dirigeant.
Vin voit Demoux dans l'obscurité
J'ai intensifié les scènes de soupçon autour de Demoux lors de la dernière version, car je me suis dit qu'il me fallait une bonne fausse piste à ce stade avancé pour détourner l'attention d'OreSeur. À l'origine, la scène suivante, "Vin suit Demoux", intervenait juste après qu'elle l'a vu se faufiler dehors la première fois. Je l'ai déplacée dans cette version, pour lui laisser davantage de temps pour le soupçonner.
Le résultat, c'est cette scène, où elle ne l'a pas encore écarté comme suspect, mais sait aussi qu'il s'est éclipsé de nuit. J'ai dû justifier pourquoi elle ne l'attrapait pas sur-le-champ, même si je pense avoir trouvé une assez bonne justification. Elle tient debout, d'ailleurs, et c'est l'une des corrections les plus faciles que j'ai apportées à ce livre. Elle ne VOUDRAIT pas lui tendre un piège, pas encore. Elle préférerait l'observer et voir ce qu'elle pourrait apprendre de lui.
Chapitre 34
04-06-2008
Elend et ses érudits examinent la loi
C'était amusant d'écrire cette scène avec les érudits réunis autour de la table. J'ai pu montrer leurs différentes façons de faire : Ham qui parcourt le texte, Elend qui réfléchit aux implications, Sazed qui lit très attentivement, ligne par ligne, et l'obligateur qui suit la piste de l'argent. J'ai ajouté Noorden parce que je voulais faire un nouveau clin d'œil au fait que les obligateurs étaient jadis une force dans le monde, et aussi parce que je voulais un visage nouveau dans cette scène – un autre personnage avec qui jouer. Nous le reverrons, mais pas avant le prochain livre.
Vin vient dire à Elend ce qu'elle a découvert
La façon dont Elend traite Vin dans ce chapitre met certains lecteurs mal à l'aise. Si vous en faites partie, sachez que c'est voulu. Et pas seulement pour les besoins de l'intrigue. Je trouve simplement que c'est plus réaliste.
Les gens fatiguent. Ils ont du mal à se concentrer. Et il leur arrive de traiter avec indifférence ceux-là mêmes qu'ils aiment. C'est particulièrement vrai des gens comme moi – des personnes promptes à se plonger dans tel ou tel projet. J'ai fait exactement ce genre de choses à ma femme, l'ignorant sans le vouloir parce que j'étais trop absorbé par mon projet du moment.
Ce n'est pas une bonne chose, mais C'EST naturel et normal. Malheureusement, cela déclenche quelque chose de très important : le retour de la voix chuchotante de Reen dans un recoin de l'esprit de Vin. Cela fait longtemps qu'elle en était libérée, mais il m'a paru approprié de le faire revenir. Après tout, cette voix – en partie une représentation de son subconscient – occupait une grande place dans son personnage au premier tome.
Zane attaque Vin, puis lui révèle qu'il est le frère d'Elend
La scène de Zane représente elle aussi un tournant majeur dans son personnage. Ce qu'il révèle à Vin ici me paraît important. Comme elle, il a du mal à faire confiance – et même s'il la manipule, même s'il est conscient de ce qu'il fait, le fait de lui confier ces choses constitue une avancée majeure. Du moins pour Zane. Tout est un peu tordu dès qu'il est concerné.
Le faire combattre contre elle avec de l'atium était aussi, de ma part, une tentative délibérée de vous rappeler à quel point elle est vulnérable sans ce métal. Je ne suis même pas sûr de parvenir à faire comprendre combien elle avait peu de chances de le vaincre.
Ici, je mentionne aussi pour la première fois dans ce livre le Basculement. C'est un élément important de l'univers que, malheureusement, beaucoup de gens ont tendance à oublier.
Cela dit, ça n'a pas vraiment d'importance avant le troisième tome ; je suis donc prêt à le laisser en retrait dans ce livre, en ne donnant que de rares rappels.
Chapitre 35
04-06-2008
Vin et Elend dînent avec Cett
Et voici notre deuxième scène de "bal" dans ce livre. Certains ont beaucoup apprécié celles du tome précédent ; au moins un critique les a détestées. Moi, je les aime bien – surtout pour les images qu'elles me permettent d'exploiter lorsqu'on pénètre dans les somptueux bastions de la noblesse. Comme vous vous en souvenez peut-être, ils s'inspirent librement des cathédrales gothiques, dont je me dis qu'elles feraient un cadre formidable pour un bal.
Cett était, peut-être, un personnage trop plaisant à écrire. Il me fallait quelqu'un à l'opposé de Straff, et il a été très satisfaisant d'introduire dans cette série un ennemi parfaitement direct et belliqueux. Il continue de se démarquer à mes yeux, très différent de tous les autres antagonistes de la série.
Il connaît bien Elend – de quoi laisser deviner qu'il a gardé un œil sur Luthadel, malgré son attitude qui laisse entendre que la cité lui importait peu. Il a observé le règne d'Elend avec beaucoup d'attention, hésitant entre conclure une alliance ou tenter de s'emparer du trône. À dire vrai, il aurait probablement opté pour l'alliance si Straff n'avait pas marché sur Luthadel.
Cett marche sur un fil. Ce n'est pas un homme bon, mais c'est, à certains égards, un dirigeant efficace. Je voulais qu'il apporte dans ce livre un troisième point de vue sur le commandement – un point de vue juste, en fait. Diriger n'est pas facile – pas du tout. Il y a bien des manières de le faire, et je ne veux pas laisser entendre que l'un de ces personnages – Elend, Cett ou Tindwyl – ait tort. C'est ce qui rend le rôle de dirigeant si difficile.
Cett offre la perspective d'une tyrannie ouverte et honnête. Il ne vous ment pas. Il vous dit exactement ce qu'il va faire, et il n'a pas tort de souligner que beaucoup de ses actes garantissent la sécurité.
Mais que choisit-on lorsqu'il faut choisir entre la sécurité et la liberté ? Vous devinez sans doute que j'ai écrit une bonne partie de ce livre pendant le renforcement de la sécurité aux États-Unis, autour des attentats du 11 septembre. Ces deux dernières années, on a beaucoup parlé de ce sujet, et il s'est insinué dans mon écriture. Je ne l'y ai pas mis intentionnellement, mais je l'ai exploité une fois que je l'y ai trouvé.
Je n'ai pas de réponses. Je me contente d'écrire ce que je vois, et de forcer mes personnages à faire des choix.
Les mensonges de Cett
Au passage, les trois mensonges de Cett : premièrement, qu'il se moquait qu'Allrianne se soit enfuie ; deuxièmement, qu'il n'était pas contrarié d'apprendre que Brise entretenait une relation avec elle ; troisièmement, qu'il avait dit trois mensonges au cours de la conversation. En réalité, il n'en avait dit que deux – mais cette affirmation portait le compte à trois, ce qui rend sa remarque merveilleusement autoréférentielle. C'est pourquoi il a dit : "Bonne chance pour découvrir lesquels."
Chapitre 36
07-06-2008
Sazed rend visite aux réfugiés et y rencontre Tindwyl
En fait, cette scène avec les réfugiés n'est pas un ajout tardif au livre, même si elle fonctionne à merveille pour rappeler le siège aux lecteurs. Elle figurait dès le tout premier jet.
Tindwyl se demandait bel et bien si Sazed se souciait vraiment des gens ou non. Voyez-vous, dans son esprit, s'il se souciait réellement des habitants de l'empire, il ne serait pas du tout à Luthadel – mais sur les routes, à faire ce qu'un Gardien devrait faire. Il était bon pour elle de le voir ici, s'efforçant d'aider de son mieux, délaissant ses études pour soigner les malades. Il se soucie des autres ; c'est peut-être la personne la plus attentionnée de toute cette série. Il est simplement pris au piège, à tenter de faire au mieux pour le plus grand nombre.
Point de vue de Brise dans l'entrepôt, avec les réfugiés
Brise ne voulait pas accompagner Elend à sa rencontre avec Cett (pour le dîner). Non seulement parce que Brise ne voulait pas voir Cett, mais parce qu'il voulait aller aider les réfugiés. Ce chapitre-là se déroule en réalité un autre jour ; je l'ai donc fait revenir en visite pour pouvoir vous le montrer à l'œuvre auprès des gens. Dans les romans Fils-des-brumes, contrairement à Elantris, je respecte une stricte progression chronologique d'un chapitre à l'autre et d'une scène à l'autre. Ainsi, si un chapitre en suit un autre, il se situe toujours plus tard dans le temps.
Je me rends compte que je risque de rendre tous mes protagonistes trop bons. Montrer Brise comme un peu moins cynique au fond de lui qu'il ne le laisse paraître me rapproche de cette limite. Mais j'AIME les gens qui ont quelque chose d'héroïque. Je fais de mon mieux pour leur compliquer la vie, et pour leur donner quelques travers qui les gardent un peu ambigus, mais, à dire vrai, je crois que la plupart des gens sont bons au fond. Ils AIDERONT les autres si on leur en donne l'occasion.
En outre, Brise aime étudier les gens, et c'est un endroit idéal pour qu'il le fasse. Il peut conjuguer ce qui l'occupe dans la vie avec le fait de soulager autrui. Bien sûr, il y a aussi le fait que Kelsier lui-même a manipulé Brise et en a fait un homme meilleur. Mettez quelqu'un à la tête des faibles et des pauvres, donnez-lui la bonne motivation et la bonne direction, et je crois que, dans bien des cas, il finira par les aimer. Même si cet homme, c'est Brise.
Suite du point de vue de Brise. Après avoir parlé à Elend, il rend visite à Clampin
L'amitié entre Clampin et Brise est née surtout de mon envie de donner à Clampin un peu plus de présence. J'aimais aussi l'ironie de ce duo – l'Apaiseur et le seul homme de l'équipe qui lui soit totalement insensible. Cela crée une belle juxtaposition.
Il est bon de noter que c'est bel et bien Allrianne qui a séduit Brise – et non l'inverse. C'est une fille qui sait ce qu'elle veut et comment l'obtenir. Vous aurez droit à un point de vue ou deux de sa part plus tard.
Au passage, Clampin ment dans cette scène. Il affirme que c'est "l'argent" qui l'a poussé à rejoindre Kelsier. Il le dit avec tant de rapidité et de naturel que même Brise y croit. Mais, si vous vous souvenez de la scène du premier tome où il rejoint le groupe, vous connaissez sa véritable motivation. Il voulait cracher au visage du Seigneur Maître. Il savait qu'il finirait par se faire prendre et tuer, et il voulait que ce soit spectaculaire.
Le hic, c'est que son camp a fini par gagner. Allez comprendre.
Point de vue de Vin : elle et OreSeur écoutent Brise et Clampin en cachette
Vin livre ici un secret précieux. Jusqu'alors, OreSeur ignorait qu'elle pouvait percer les nuages de cuivre. Mais la manière dont elle lui apprend qu'Allrianne est une Exalteuse, alors que Clampin est là, en train de brûler son métal, est un indice bien trop gros. Il vient de percer le secret de Vin.
Et, en guise de rappels : Kliss était la femme qui colportait beaucoup de ragots lors des bals, et que Vin a tenté de manipuler. Il s'avère qu'elle était une informatrice qui, depuis le début, jouait avec Vin. Shan est l'ancienne fiancée d'Elend, une femme dont il ignorait qu'elle était une Fille-des-brumes, mais qui a tenté de l'assassiner. Vin est parvenue à la tuer au cours d'une scène plutôt spectaculaire, mêlant des flèches, des filles à demi nues et une grande rosace de vitrail s'écrasant au sol. L'une de mes séquences préférées du premier tome.
Erreur dans l'édition reliée
J'ai oublié de le signaler dans le chapitre approprié (il me semble que c'était tout là-bas, au vingt-six), alors je le signale ici. Je déplacerai peut-être ce commentaire un jour.
Bref, l'édition reliée du livre comportait l'une des coquilles les plus gênantes de la série (je crois qu'on l'a corrigée pour l'édition poche). Elle concerne Clampin et ses capacités allomantiques, ce qui explique pourquoi cette scène me l'a rappelée. Tout là-bas, au chapitre vingt-quatre, j'ai (au cours de l'une des toutes dernières versions du livre) qualifié Clampin par erreur de Traqueur, et non d'Enfumeur, brûlant le mauvais métal.
Je savais que je commettrais cette erreur quelque part dans la série. Le fait est qu'au départ, Clampin devait être le Traqueur de l'équipe, et Marsh l'Enfumeur. J'ai inversé les deux avant de commencer à écrire, mais il subsiste chez moi une croyance latente selon laquelle Clampin est un Traqueur. Et, à cause de cela, en écrivant vite et en rafistolant les coutures créées par le réagencement des chapitres, j'ai noté le mauvais métal. (Et il ne s'agit pas d'une simple coquille d'un mot ; je crois même avoir parlé de lui comme d'un Traqueur, capable de sentir quels métaux les gens brûlent. Quelque chose comme ça.)
Tout ce que je peux dire, c'est… oups !
Vin suit Demoux
Et ce chapitre n'en finit pas ! C'est l'un de ceux qui ont un peu pâti du réagencement de certaines séquences ; en l'occurrence, j'ai déplacé la scène de la "traque de Demoux" depuis un chapitre antérieur vers celui-ci, pour entretenir le suspense.
Je voulais cette scène pour deux raisons. La première, évidemment, est d'étoffer un peu Demoux et de compliquer, pour Vin, le repérage de l'imposteur. Mais un aspect tout aussi important tenait à mon envie de montrer comment l'Église du Survivant évolue.
Ceux d'entre vous qui ont lu Elantris savent que la religion me fascine. Ici, je veux montrer une religion naissante, et tenter de postuler comment elle se développerait. Beaucoup des observations que fait Vin ici sont donc mes tentatives pour retracer les débuts d'un mouvement religieux. Pour l'instant, il n'y a ni doctrine ni cérémonie – seulement la foi et l'espérance.
Et l'un de ces espoirs, c'est que Vin ramène d'une manière ou d'une autre le soleil et les plantes à ce qu'ils étaient jadis. Je n'appuie pas autant sur les images du monde dans ce livre que dans le précédent. J'espère que c'est suffisamment présent dans le décor pour vous rappeler que le soleil est rouge à cause de la brume de haute atmosphère. Les plantes sont brunes, non vertes, et il n'y a pas de fleurs. La prophétie selon laquelle Vin restaurera tout cela est nouvelle ; elle se rattache à certaines des choses dont Kelsier avait l'habitude de parler.
L'histoire de Demoux dans le premier tome
C'est peut-être le bon endroit pour vous donner un peu de l'histoire de Demoux, en guise de rappel. Il fut l'une des premières recrues de l'armée de Kelsier, et Ham l'a promu capitaine presque aussitôt qu'il (Ham) a pris le commandement des troupes cachées dans les grottes, dans le premier tome. Quand Kelsier est venu inspecter ces grottes, Demoux l'a guidé un moment. Puis Kelsier s'est servi de Demoux lors d'une démonstration où il a humilié un contestataire.
Par la suite, Yeden a pris la tête de l'armée et décidé d'attaquer une position fortifiée. Une partie des troupes a estimé que cela allait à l'encontre de ce que Kelsier leur avait ordonné, et ces hommes sont restés en arrière, dans les grottes. Demoux était leur chef.
Il doit aussi son nom à mon bon ami et ancien colocataire, Micah DeMoux, qui a également réalisé la photo de moi figurant au dos de tous mes livres. Dans mon esprit, le capitaine Demoux ressemble d'ailleurs trait pour trait à Micah – avec la forme physique d'un soldat en plus.
Chapitre 37
26-06-2008
Sazed et Tindwyl discutent de l'Insondable
Quand il est dit que "c'est Sazed qui présenta à Tindwyl le savoir accumulé par les Gardiens durant son absence", cela recouvre bien plus que vous ne pourriez le croire. Cela supposait qu'il récite à Tindwyl des centaines d'heures d'informations, tous deux assis là, lui parlant, elle mémorisant. Il leur a fallu des mois, au cours desquels ils ont vraiment appris à bien se connaître. C'est sans doute à ce moment-là, je crois, qu'il a commencé à éprouver des sentiments pour elle.
La romance entre eux m'a inquiété, et pas seulement à cause de la nature d'eunuque de Sazed. Tindwyl n'est pas présentée comme le personnage le plus sympathique de la série, tandis que Sazed est l'un des plus attachants. Je crains que les lecteurs ne parviennent pas à percevoir la profondeur de leur affection mutuelle. Je n'avais pas prévu, au départ, de donner une histoire d'amour à Sazed dans cette série, mais en travaillant sur le tome deux, j'ai vu tout ce que cela permettrait de faciliter. Vous comprendrez ce que je veux dire plus tard.
Au passage, vous devriez reconnaître la réplique de Tindwyl sur les "exceptions occasionnelles". C'est pratiquement le même langage qu'elle a employé avec Elend en lui laissant entendre qu'il pouvait se permettre une histoire d'amour avec Vin. C'était le premier indice que j'ai semé pour montrer que Tindwyl avait peut-être un faible pour les histoires de cœur, et qu'elle était prête à fermer les yeux sur certaines de ses règles strictes lorsque l'amour entrait en jeu. À vrai dire, si Tindwyl acceptait de s'avouer ses véritables sentiments, elle n'était pas venue dans la cité pour Elend. Elle était venue en espérant – tout en redoutant – y trouver Sazed.
Elend arpente les remparts de la cité
Dans le troisième tome, on vous donnera une raison expliquant pourquoi les koloss ont fait un détour par le petit village mentionné ici avant de poursuivre vers Luthadel.
Elend parle de l'arrogance comme attribut royal
L'arrogance. Elend ne fait ici qu'exprimer certaines de mes propres philosophies – même si, dans ma vie, elles s'appliquaient à l'écriture, non à la royauté.
Il faut être arrogant pour être écrivain. Il est parfois difficile de continuer à croire que les gens devraient accepter de payer pour votre travail. Il faut poursuivre le travail, ignorer les refus, avancer coûte que coûte. Il y a de l'arrogance là-dedans. Appelez cela de la confiance en soi si vous voulez, mais c'est la même chose.
Je crois qu'on peut être arrogant sur certaines choses tout en restant humble sur d'autres. En fait, je pense que c'est nécessaire.
Chapitre 38
07-07-2008
Vin attend qu'Elend dévoile son plan devant l'Assemblée
J'ai dû reprendre à plusieurs reprises la scène du "Ça ne change rien" entre Elend et Vin. Je ne voulais pas dévoiler son plan – je voulais que Vin le reconstitue par elle-même – mais je ne voulais pas non plus que le fait qu'il ne le lui dise pas paraisse TROP forcé.
Je me suis arrêté sur cette version, qui me semble bien équilibrée. Cela dit, en tant qu'écrivain, on s'aventure en terrain dangereux dès qu'on fait opportunément oublier à des personnages de se dire des choses – ou qu'on cache au lecteur les plans et les manigances de personnages dont on adopte le point de vue.
J'ai l'habitude de tricher un peu là-dessus dans cette série. Je ne m'accorde pas autant de latitude dans tous mes livres – mais je me suis dit qu'avec la surprise du "Véritable Plan" de Kelsier dans le tome précédent, j'avais établi que les personnages ne disent pas toujours au lecteur le moindre détail de ce qu'ils manigancent.
Elend révèle qu'il a rejoint l'Église du Survivant
Malheureusement, ce chapitre tout entier est un gros maillet qui attise un certain éloignement entre Vin et Elend. Ce sont les chapitres suivants qui m'ont obligé à bien établir leur relation plus tôt dans le livre, afin que les lecteurs souhaitent les voir rester ensemble à mesure que le roman avance. Cela dit, je soupçonne au moins quelques lecteurs de souhaiter que l'histoire Vin/Zane aboutisse.
Quoi qu'il en soit, il vaut mieux – sur le plan narratif comme sur celui des personnages – que Vin perce le plan d'Elend par elle-même. Cela lui donne l'occasion de montrer le chemin parcouru. Elle voit les choses comme une femme politique. Même si elle est dure envers elle-même, elle s'y connaît bien plus en la matière – et est bien mieux assortie à Elend – qu'elle ne veut se l'accorder.
Je trouve d'ailleurs que c'est une manœuvre très, très habile. Elend a beaucoup œuvré pour les skaa, mais il ne s'est jamais vraiment employé à passer pour l'un des leurs. Ce geste l'ancre fermement dans leur camp – mais lui donne aussi une parenté avec eux. Il ne vénère pas le Seigneur Maître. Il vénère leur dieu. Cela lui confère beaucoup de crédibilité à leurs yeux.
Elend et Vin sont attaqués par des allomanciens
Et, youpi ! Une scène de combat. Ça faisait un petit moment qu'on n'en avait pas eues.
Je crains que le manque de batailles ne m'ait poussé à me lâcher un peu trop sur celle-ci. Je m'excuse s'il y avait trop de monde en mouvement, trop de choses à la fois, ou trop d'ennemis à suivre. Ce n'était pas censé être une délicate danse allomantique – c'était un combat brutal, du genre à défoncer les gens et à faire jaillir les yeux de leurs orbites. Comme je l'ai dit plus tôt, j'essaie de donner à chaque scène d'action son cachet et son atmosphère propres. Celle-ci était rugueuse et sans pitié : tuer ou être tué.
De fait, Vin a elle-même failli être tuée à deux reprises. L'une des choses que je me suis efforcé d'établir dans le premier tome, c'est que les allomanciens, même les Fils-des-brumes, ne sont pas invincibles. Les deux fois où elle s'est retrouvée dans un combat sérieux dans ce livre, elle a manqué d'y laisser la vie. Sans l'avantage que lui procure le duralumin, elle aurait été vaincue ici deux fois plutôt qu'une.
Ce n'est pas qu'elle manque d'habileté – pas du tout. Ce combat avait simplement été préparé par ses ennemis pour représenter une menace réelle et sérieuse. Les probabilités jouaient contre elle, et elle avait bien des soucis en tête. Peut-être aurait-elle dû se contenter d'attraper Elend et de fuir. Mais elle a jugé qu'elle pouvait les vaincre. Elle avait raison, au bout du compte – même si elle est passée dangereusement près de la défaite.
Les Fils-des-brumes ont tendance à être trop sûrs d'eux.
Bilan Partie 3
14-07-2008
J'ai intitulé cette partie du livre "Roi". Ce titre se veut toutefois légèrement ironique, puisque Elend est destitué à la fin de la deuxième partie, passe toute cette partie-ci à œuvrer pour récupérer son trône, puis finit malgré tout par le perdre.
L'ironie, c'est que durant cette partie, dans mon esprit, Elend a réellement appris à être roi. Et pourtant, c'est le moment où on lui martèle le plus brutalement que personne ne veut de son règne.
L'idéalisme a un coût. Ou, du moins, je pense qu'il DEVRAIT en avoir un. Si vous brandissez vos idéaux comme des vérités, alors vous devriez être prêt à vous sacrifier pour eux, sans quoi cela sonne faux. Je ne crois pas forcer l'histoire pour démontrer quelque chose – je crois plutôt tenter de représenter, aussi fidèlement que possible, la façon dont le monde fonctionne.
La mesure d'Elend Venture ne sera pas le genre de roi qu'il ferait. Ce sera le genre d'homme qu'il devient une fois qu'il a été rejeté.
Chapitre 39
14-07-2008
Le plan de Zane
Pour ceux d'entre vous qui cherchent à le comprendre, voici le plan de Zane. D'abord, il a obtenu de son père un groupe d'allomanciens intraçables. Ensuite, il en a placé deux ou trois au service de Cett, comme domestiques affectés aux cuisines. Vin a vu ces hommes et les a associés à Cett.
Puis Zane les a fait l'attaquer dans un lieu public, comptant sur elle pour les massacrer jusqu'au dernier. Cela offrait à Zane deux bénéfices possibles. Premièrement, les gens sont toujours choqués par la brutalité – même lorsque cette brutalité vise à les protéger. Zane s'attendait à ce que l'efficacité de Vin se retourne contre elle auprès des membres de l'Assemblée et d'Elend, en les effrayant.
Deuxièmement, il sait désormais que Vin – du moins l'espère-t-il – reliera les assassins à Cett, et non à Straff. Elle a vu l'un d'eux au service de Cett. Zane peut ainsi faire retomber la responsabilité de l'attaque sur Cett, et aider par là même son père à s'emparer de la cité. Une situation gagnant-gagnant – hormis pour les six demi-frères que Zane vient de laisser tuer.
Zane et Straff rencontrent Penrod dans la nuit
Cela faisait un moment que nous n'avions pas eu de point de vue de Straff, mais à partir d'ici ils se font un peu plus fréquents. Il me fallait inclure celui-ci pour vous expliquer pourquoi les marchands ont changé de camp, et pour vous donner un petit aperçu de ce qui se tramait en coulisses, dans des lieux que les héros ne pouvaient pas voir.
Je voulais aussi vous rappeler le penchant de Zane pour l'empoisonnement de son père, et le recours de Straff à cette maîtresse pour se soigner. Tout ce cycle d'intrigue (avec l'empoisonnement) a été ajouté tardivement au livre lors des révisions, pour donner davantage de dynamique entre Zane et son père.
Ce qu'il y a de vraiment cocasse dans toutes ces poses, ces recherches et ces menaces pour mettre la main sur l'atium, c'est ceci : l'atium ne vaut rien. Ou plutôt, il n'a de valeur que tant que les gens lui en accordent.
Dans l'esprit de tous les personnages, cette réserve est un trésor fabuleux. Ne les jugez pas trop durement – songez à quel point il vous serait difficile de renoncer à de l'or ou à des diamants, même en pleine catastrophe. C'est ce qui se joue ici. Ils continuent de voir l'atium comme ayant une valeur inouïe, alors qu'en vérité il n'avait de valeur que parce que le Seigneur Maître en avait fait à ce point un fondement de son économie.
Certes, l'atium permet aux Fils-des-brumes d'accomplir des choses assez stupéfiantes. Mais nul besoin d'une réserve entière pour cela. Zane a prouvé qu'il possédait assez d'atium pour tuer Vin s'il le voulait ; en avoir davantage n'est donc pas vraiment nécessaire pour les Venture.
Une autre crainte, toutefois, est que leurs ennemis mettent la main dessus – ce qui leur permettrait d'utiliser leurs propres Fils-des-brumes pour assassiner sans trop craindre de représailles.
Chapitre 40
30-07-2008
Zane rend visite à Vin après le combat à l'Assemblée
Elle prend ici Zane pour Elend, ce qui constitue un joli petit signe inconscient du tumulte mental qu'elle traverse. Ce que je préfère dans cette conversation, c'est que Zane soulève beaucoup de bons arguments. Ce combat ÉTAIT trop dur pour Vin, et on est réellement en train de la transformer en instrument. Je ne pense pas que ce soit une chose aussi néfaste que Zane le laisse entendre, mais il est sincère.
Je ne cherche pas à prendre position contre l'assassinat. Vu les circonstances, je pense même qu'assassiner Straff serait un choix raisonnable. Mais je ne crois pas que ce soit une bonne chose pour Vin de le faire ici. Elle est trop au bord du gouffre, trop désorientée et trop affectée par les meurtres qu'elle a déjà dû commettre. En outre, je pense qu'attendre est aussi une bonne idée – la diplomatie a encore une chance d'aboutir, et les armées n'ont pas encore attaqué. Tuer quelqu'un maintenant pourrait tout déclencher.
Je crains encore que l'histoire de Zane plaçant un allomancien au sein de la suite de Cett ne soit un peu tirée par les cheveux sur le plan de l'intrigue, et je me demande si les lecteurs parviendront à suivre ce qui s'est passé ici. Je crois qu'on est là juste à la limite de ce qu'un auteur peut se permettre tout en gardant une histoire cohérente. Le plan de Zane s'est déroulé un peu trop bien, sans accroc. Je pense que ça fonctionne parce qu'on ne voit pas grand-chose du plan ni des préparatifs qu'il a menés ; on peut donc suspendre son incrédulité et lui accorder le bénéfice du doute quant à la somme de travail qu'il a investie pour faire aboutir ce plan.
Vin utilise l'allomancie sur OreSeur
Vin, à l'évidence, régresse un peu. On en a deux grands signes dans ce chapitre. Le premier, c'est la façon dont elle regarde désormais les robes – elle s'est de nouveau persuadée qu'elles ne sont pas faites pour elle. Les robes représentent, pour Vin, sa part d'aristocrate. Au fond, elle rejette les bals et la personne qu'elle était là-bas. Pour elle, cela signifie qu'elle n'est pas digne d'être avec Elend, et qu'elle ne le mérite pas.
Le second signe, plus important, de sa dérive, c'est ce qu'elle fait à OreSeur. Cela devrait sembler un peu déplacé. C'est le genre de chose qu'elle aurait pu tenter au début du livre, quand elle ne s'entendait pas avec lui. Le faire maintenant est un manquement majeur, et j'espère que vous pourrez suivre son cheminement de pensée et voir qu'elle est désorientée et frustrée. Elle tente tout ce qui POURRAIT lui donner un avantage, et elle va trop loin. Même les meilleurs d'entre nous font parfois ce genre de choses.
Chapitre 41
16-08-2008
Sazed et Tindwyl parlent d'Alendi et du Seigneur Maître
J'ai ajouté ce récapitulatif de l'identité de chacun dans le passé simplement pour vous aider à ne pas les confondre. Ils ne sont pas si nombreux, en réalité, mais comme nous n'entendons parler d'eux qu'à travers des journaux et des notes, je crois qu'ils peuvent être difficiles à différencier.
J'aime la profondeur historique que nous apporte cette histoire dans l'histoire. Je me rends compte que certains d'entre vous ne la trouveront peut-être pas intéressante, mais – eh bien – il y a dans chaque livre des passages que chacun de nous trouve moins intéressants. En revanche, je sais que beaucoup d'entre vous AIMENT ces passages, car vous m'écrivez souvent pour me demander si je ferai une préquelle Fils-des-Brumes consacrée à Alendi et Rashek.
Ces sections sont là pour ceux d'entre vous qui veulent VRAIMENT comprendre ce qui se passe dans l'Empire Ultime. Le poids de l'histoire qui a conduit les personnages à se retrouver dans la situation qui est la leur. De plus, l'une de mes principales motivations en écrivant cette série tenait à l'idée que j'avais pour Alendi, Rashek et Kwaan. Je ne trouvais pas qu'ils méritaient leur propre livre et, à vrai dire, je ne suis pas convaincu que la préquelle devrait être écrite (malgré vos demandes). L'histoire fonctionne mieux comme contrepoint à ce récit principal, je crois. Si je devais un jour écrire une préquelle (et, en général, je n'en suis pas friand), je préférerais raconter l'histoire de Kelsier s'entraînant auprès de son maître Gemmel et découvrant le Onzième Métal.
Elend songe à la perte de sa royauté, sur son balcon
J'adore cette scène d'Elend, seul sur son balcon, en pleine réflexion. Elle est poétique de la manière dont j'aime l'être – une personne, seule avec ses pensées, aux prises avec ses propres idées et motivations. Je trouve qu'il y a ici une très belle langue, mais pas au sens de la poésie traditionnelle. Plutôt dans la façon dont elle met en relief le personnage d'Elend.
Il se méprend pourtant complètement sur Vin. Je sais que c'est un ressort narratif un peu éculé – l'homme qui comprend mal la femme, et la femme qui, à son tour, comprend mal l'homme. Mais la vérité, c'est qu'on en écrit tant parce que c'est tellement vrai. Quand ma femme et moi sortions ensemble, nous avions chacun le plus grand mal à déterminer si l'autre était intéressé. Nous étions tous les deux catastrophiques pour nous interpréter mutuellement, alors même que nous voulions tous les deux la même chose.
Nous avons réussi à surmonter ça et à nous marier.
Elend parle à Tindwyl, puis regagne sa chambre et enfile son uniforme
La relation d'Elend avec Tindwyl me fait mourir de rire. C'est tout.
Au cours de cette conversation entre les deux Terrisiens et Elend, je crois que Sazed exprime ma philosophie sur les personnages et l'écriture. Ils doivent faire ce qui compte pour eux. Je n'aime pas prôner une éthique de situation, mais dans certains cas, cette philosophie est appropriée. Si vous êtes un Juif qui respecte la cacherout, alors vous ne mangez pas de porc (entre autres nombreuses choses). Pour cette personne, je pense qu'il est moralement répréhensible de rompre la cacherout – parce que vous avez fait à vous-même et à Dieu la promesse de ne pas le faire. En revanche, est-ce mal pour quelqu'un comme moi de manger du porc ? Non. Je n'ai pas fait cette promesse.
Il en va de même pour ma croyance mormone de ne pas boire d'alcool. J'ai promis de m'en abstenir – mais cela ne rend pas quelqu'un d'autre mauvais ou malfaisant parce qu'il boit. Cette personne n'a pas fait les mêmes promesses que moi. Il s'agit de rester fidèle à soi-même. Il n'y a rien de mal en soi dans l'alcool (le Christ lui-même en a bu, après tout). Mais il y a quelque chose de mal à faire une promesse, puis à la rompre.
Dans ce cas précis, Elend a eu raison de faire ce qu'il a fait. Un autre roi pourrait être un homme bon et prendre la décision inverse sans trahir sa propre morale personnelle. Il existe dans la vie beaucoup de choses absolument justes et beaucoup de choses absolument mauvaises, mais il en existe BIEN PLUS dont le caractère juste ou mauvais dépend de qui l'on est, je crois.
Cependant, Sazed se prépare bel et bien pour faire face aux difficultés qui vont arriver, avec certaines des choses qu'il dit ici. Vous comprendrez ce que je veux dire à la fin du livre.
Chapitre 42
09-09-2008
Elend organise des soldats de réserve pour faire de la récupération
J'espère que c'est ce genre de chose que vous attendiez de voir chez Elend depuis le début du livre. Il agit enfin comme un roi : il prend des décisions, il tient les rênes, il fait quelque chose. Cela arrive trop tard pour sauver son trône, mais fera un bien immense à son peuple.
En cela, je crois avoir réussi mon livre. Elend n'a pas remporté la lutte pour le trône. Il n'est pas roi. En revanche, il a remporté la lutte contre lui-même. Son idéalisme a eu un coût, mais il a gagné bien plus qu'il n'a perdu.
Vous voudrez peut-être noter le caméo de Goradel ici. C'est un personnage que j'utilise bien davantage dans le troisième tome, alors je tenais à ce qu'il apparaisse au moins dans ce livre-ci.
Ham aide Elend à s'éclipser de la cité
Il est difficile de se rappeler que Ham a une famille. Une partie du problème, c'est que, pour être honnête, je l'avais moi-même oublié. Je les ai intégrés à ce livre lors des révisions. J'avais terminé tout le roman avant de me souvenir que, dans le premier tome, Ham avait mentionné qu'il avait une famille.
J'aime cependant le petit surcroît de profondeur que sa famille lui apporte. Il est le seul marié de l'équipe, ce qui lui confère des motivations différentes. Je ne voulais pas me contenter de couper ce détail du premier tome (ce que j'aurais pu faire, une fois que je m'en suis souvenu après avoir écrit le tome deux, puisque le premier n'était pas encore paru). Mais je voulais le conserver, alors j'ai dû l'introduire dans le tome deux.
J'ai fini par décider de ne montrer aucune scène avec sa famille, exactement comme je ne l'avais pas fait dans le premier tome. C'était plus simple, et cela semblait correspondre à leur place dans le roman.
Elend pénètre dans le camp des koloss
Elend va effectivement trop loin dans ce chapitre. Il s'en rend compte en combattant les koloss. Il a laissé son adrénaline, et son désir d'agir, le rendre un peu imprudent. Cela dit, cette première initiative – aller voir Jastes – est en réalité tout à fait sensée. D'abord, elle boucle joliment la séquence des "visites aux rois ennemis". Elend a rendu visite à Straff, puis à Cett, dans leurs places fortes. Il en fait maintenant autant pour la dernière armée.
Et, des trois chefs d'armée, Jastes aurait dû être le plus bienveillant envers Elend. Ce sont de vieux amis. Si vous ne vous souvenez pas de lui, il était en quelque sorte le meilleur ami d'Elend dans le premier tome. C'est lui qui a découvert le premier que Vin n'était pas celle qu'elle prétendait être (il l'a fait suivre), et c'était la personne avec qui Elend passait le plus de temps lors des soirées.
Je voulais montrer que le bien ne l'emporte pas toujours, surtout à court terme. Ce que Jastes a tenté de faire, Elend l'a fait aussi. Dans les deux cas, ils ont échoué. Le monde n'était pas encore prêt pour leur conception de la liberté.
Elend dit pourtant vrai. Ce sont les pertes d'un homme qui définissent sa foi.
Indices sur les koloss
Les koloss sont censés être inquiétants. Leur remarque sur le fait de prendre la cité, puis d'y vivre, n'est pas un commentaire anodin – nous y reviendrons bien plus longuement par la suite. En particulier dans le troisième tome.
Chapitre 43
09-09-2008
Vin veille sur Elend la nuit, puis Zane arrive
Vin prend donc sa décision ici. Oui, elle a été manipulée. Mais, comme Brise aime à le répéter, nous nous manipulons tous les uns les autres en permanence. Zane ne l'a poussée à rien qu'elle n'ait déjà été encline à faire.
Cela dit, Zane EST un maître dans l'art de manipuler les gens. Je voulais qu'il soit brillant lorsqu'il s'agit de jouer avec les émotions d'autrui. Il n'a cessé d'apaiser et d'exalter les émotions de Vin durant la majeure partie de ce livre, mais toujours de façon très subtile. Vous le voyez rarement de manière explicite, car, quand cela se produit, nous sommes dans la tête de Vin, et ses émotions lui semblent n'être que des émotions. Mais observez le récit et vous remarquerez de petits pics d'émotion provoqués par Zane.
Mais même sans allomancie émotionnelle, j'espère que vous comprenez pourquoi Vin a pris la décision qu'elle a prise. Il est important pour moi, et pour ce livre, qu'elle fasse ce qu'elle fait ensuite. Il fallait qu'elle essaie la voie de la violence. Il fallait qu'elle cède, je crois. Cette voie a toujours été là, planant si près d'elle que, si elle l'avait rejetée sans jamais l'avoir essayée, ce rejet aurait, je crois, sonné creux.
Seulement, le danger, à goûter à la voie de Zane, c'est qu'elle y cède complètement.
Vin donne l'assaut au Bastion de Cett
C'est l'un de mes chapitres préférés du livre. Je ne me lâche VRAIMENT qu'à de rares occasions avec l'allomancie, en laissant les Fils-des-brumes exploiter tout leur potentiel. Je n'aime pas la violence. Et pourtant, j'adore la beauté d'un bon combat.
C'est une beauté tordue. Corrompue, fascinante, destructrice – et pourtant puissante. Je voulais écrire quelque chose de ce genre depuis que j'ai vu la scène du hall dans Matrix. Non parce qu'elle était formidable – elle l'était – mais parce que je trouve qu'ils s'y sont mal pris. Les personnages commettent un immense carnage, mais on n'en voit jamais l'horreur – seulement des images spectaculaires.
Faire quelque chose comme ce qui se produit dans ce chapitre a des répercussions. Zane peut peut-être massacrer sans retenue, mais uniquement parce qu'il a réduit sa conscience au silence à force de coups répétés. Vin ne s'en tirera pas aussi facilement.
Ah, et l'homme sur le mur – Wells – est un caméo. C'est mon bon ami, Dan Wells. Il n'est pas aussi lâche que ça, mais il n'a pas trouvé sa place dans le premier tome, alors je me suis dit que je le glisserais ici. Il reviendra, d'ailleurs… (Guettez-le dans le troisième tome.)
Chapitre 44
23-09-2008
Brise et Clampin regardent l'armée partir
C'est censé donner l'impression que tout s'effondre. J'aime qu'Elend ne mesure pas à quel point il est en danger maintenant que l'une des armées bat en retraite – aussi intelligent qu'il soit, c'est Clampin l'expert en matière de guerre. Elend est un optimiste ; il a du mal à envisager le mauvais côté des choses. Pour lui, une armée qui s'en va, c'est une bonne nouvelle.
Malgré tout, même lui sait qu'ils sont en train de perdre la maîtrise de la situation. Une bataille se prépare, et lorsqu'elle éclatera, Luthadel – et ceux qui s'y trouvent – seront en grande difficulté.
Ham, Elend et Spectre discutent de l'attaque de Vin contre Cett
Ham évoque l'emportement de Vin contre le groupe. Si vous vous en souvenez, c'est la scène où Vin accuse les autres d'être tous des nobles. Elle en veut à Kelsier pour la façon dont il traite Elend, mais elle avait aussi le sentiment que le groupe ne savait pas VRAIMENT ce que c'était que d'être un skaa.
Ham n'a jamais compris pourquoi elle avait agi ainsi ; il n'a vu qu'une jeune fille irrationnelle. Et, à vrai dire, les émotions d'une adolescente peuvent être plutôt instables. Pourtant, je trouve que son emportement était tout à fait rationnel – tout comme Kelsier, qui lui a ensuite parlé et s'est excusé.
Elend retrouve Vin
Cette pièce où Elend retrouve Vin est chouette parce que c'est le tout premier endroit où nous, lecteurs, avons rencontré Vin au premier tome. Elle était assise dans ce recoin, le regard tourné vers la rue, souhaitant être aussi libre que la cendre. Elle a désormais cette liberté, et elle est terrifiée par ce qu'elle en a fait.
Vous percevez donc – peut-être – certaines des répercussions dont je parlais plus tôt. Vin vient de se confirmer à elle-même qu'elle est le monstre qu'elle craignait d'être. Kelsier projette une ombre tellement immense. Chacun pense qu'il devrait pouvoir accomplir des choses comme lui, mais personne n'en est capable. Ils doivent trouver leur propre voie.
Malgré tout, Vin a un choix à faire. Dans le tome précédent, elle a fini avec Elend. Elle a maintenant une seconde chance auprès de "Kelsier", incarné par Zane. Certains lecteurs pensent qu'elle devrait partir avec lui, d'autres brûlent de la voir choisir Elend. Le fait qu'il existe réellement une alternative signifie que j'ai bien fait mon travail.
Chapitre 45
03-10-2008
Sazed et Tindwyl se plongent pour de bon dans leurs études
J'aime que le décalque se soit révélé une sorte de pierre de Rosette pour les synonymes. C'est le genre de petit lien que l'on tisse en tant qu'écrivain, qui prend tellement de sens et s'insère parfaitement dans l'histoire. C'est assez ténu pour que je doute que quiconque le remarque – mais, pour moi, c'est chargé de sens.
Ils discutent de religion
Dans mes livres, l'une des choses que je préfère faire, c'est mettre en scène des personnages qui expriment des opinions opposées aux miennes. Je me dis que mes propres sentiments et convictions s'immisceront naturellement dans le texte, et qu'il y a donc sans doute un nombre disproportionné de personnages, dans mes livres, qui voient le monde à ma façon. Aussi, chaque fois que je peux ajouter un personnage fort dont les convictions s'opposent aux miennes, j'ai le sentiment que cela donne plus de crédibilité au roman.
En l'occurrence, je trouve que Tindwyl avance un argument très solide contre la religion, surtout compte tenu du monde dans lequel elle vit. Les prophéties – ce pilier de la littérature de fantasy – sont ridicules, quand on y regarde vraiment. À quoi bon ? J'aime qu'elle propose de solides arguments contre la religion dans ce passage, car non seulement ça colle à son personnage, mais ça donne du contexte à ce qu'elle et Sazed sont en train de faire.
Au passage, Tindwyl et Sazed emploient tous deux les mêmes tournures de langage. Kwaan aussi, tout comme le Seigneur Maître et Alendi. C'est très subtil, mais c'est là – dans mon esprit, du moins. Dans cette série, on peut reconnaître qui est terrisien à la façon dont il construit ses phrases.
Ils découvrent que le décalque a été déchiré
Le morceau manquant du décalque est censé paraître très arbitraire, et très étrange, aux lecteurs. Malheureusement, Sazed s'en laisse ici distraire très vite. Cela reviendra plus tard. Vous devriez vous interroger sur cette ligne manquante et repenser à un passage antérieur du livre, où Tindwyl a quelques difficultés avec cette même ligne. Il y a quelque chose qui cloche avec elle.
Elend et Vin viennent tour à tour interroger Sazed sur les relations amoureuses
Je ne voulais pas que cette scène ressemble trop à une sitcom, et je me suis efforcé de la rendre réaliste. Mais faire venir tour à tour Vin, puis Elend, confier leurs problèmes à Sazed comporte des écueils intrinsèques. Cela paraît un peu comique, et peut-être trop lié au hasard.
Cela dit, malgré ces écueils, j'aime beaucoup ces scènes. Elles mettent en évidence la différence entre les deux personnages, et montrent tout particulièrement comment Elend a changé au fil du livre. Il entre, sûr de lui, donnant des ordres à droite et à gauche alors même qu'il vient demander conseil. Vin, elle, est plus hésitante. Son assurance se situe ailleurs, et ici elle a du mal à s'exprimer. C'est un joli renversement.
Toutefois, le fait qu'ils pensent tous deux d'abord à Sazed, et qu'ils aient tous deux simplement besoin de dire le fond de leur pensée – sans qu'il ne fasse guère plus que confirmer ce qu'ils ressentaient déjà – montre une fois encore à quel point ils se ressemblent.
Et je crois sincèrement que le discours de la clé et de la serrure compte parmi les choses les plus sages que Sazed ait jamais dites.
Chapitre 46
10-10-2008
Brise se rend à la réunion clandestine de Sazed
Ouf ! Il y a beaucoup à dire ici. Ce chapitre a reçu non pas un, mais deux importants ajouts au cours du travail d'édition.
D'abord, le point de vue de Brise. Il n'est pas nouveau, mais c'est l'un de mes préférés du livre. Ici, on en apprend enfin un peu plus sur le fait qu'il est réellement un noble. Sa famille a traversé des moments difficiles quand il était plus jeune, et l'un de ses frères s'est retourné contre le reste des siens, les trahissant au profit d'une maison rivale. Brise s'en est sorti, s'est caché, et a fini par se faire passer pour un demi-skaa au sein d'une bande de voleurs. Ceux-ci ont été très impressionnés par son aptitude à imiter les nobles, et sa nouvelle carrière a commencé. Il a été surpris de voir à quel point il appréciait les voleurs skaa ; il les trouvait rafraîchissants de franchise après avoir fréquenté des nobles. Alors il a simplement décidé de continuer, et il a fini par atterrir dans l'équipe de Kelsier.
Oui, il vient bel et bien de coucher avec Allrianne. Non, ce n'est pas la première fois.
L'équipe débat, parfois avec colère, de la marche à suivre
Cette scène où l'équipe se dispute est l'une des plus sincères de tous les livres. Enfin, ils laissent éclater leurs véritables émotions. Ils ne sont pas toujours contents, et ne s'entendent pas toujours. Dox et Ham, en particulier, ont tendance à se taper sur les nerfs. Ils n'en parlent pas souvent, mais tous deux ne se sont jamais entendus. C'est pourquoi on les voit rarement interagir ensemble.
Cependant, à la fin, ils travaillent de nouveau ensemble. Ce qu'il fallait à ces hommes, c'est un plan. Sans cela, ils sombrent dans les chamailleries. S'il y a quelque chose sur quoi ils peuvent se concentrer et œuvrer, ils parviennent à tenir le coup.
Envoyer Vin et Elend au loin est plutôt audacieux de leur part. Je trouve pourtant que cela se tient. Que peut faire une seule personne, même une Fille-des-brumes, contre une armée ?
Vin explore le palais du Seigneur Maître
Oui, l'esprit des brumes et le Puits sont liés. Ils procurent la même sensation à Vin. Il s'y passe quelque chose. Par ailleurs, les empreintes de pas dans la poussière appartiennent à quelqu'un que vous connaissez. J'y reviendrai plus tard.
Si ces deux commentaires énigmatiques ne vous ont pas mis la puce à l'oreille, cette scène où Vin rôde dans Kredik Shaw est l'une des nouvelles scènes que j'ai ajoutées tardivement. J'ai senti qu'il me fallait semer davantage d'indices sur ce qui allait arriver ; la version d'origine rendait les surprises de la fin juste un peu TROP surprenantes. Nous retournerons à Kredik Shaw avant la conclusion du livre, et je voulais visiter les lieux au moins une fois d'ici là, pour vous en rappeler l'existence et tisser quelques liens narratifs.
Zane se réveille quand des assassins tentent de le tuer, puis fait ses adieux à son père
La scène de Zane est à moitié ancienne, à moitié nouvelle. J'adore que sa première réaction, après avoir failli être tué par les soldats de Straff, soit de penser que son père lui fait davantage confiance qu'il ne s'y attendait. Qui d'autre que Zane verrait dans le fait d'être attaqué un signe de confiance ?
Laisser Straff en vie a été, dans l'esprit de bien des lecteurs, un choix controversé de la part de Zane. Pas dans le mien. Il n'a jamais voulu tuer Straff, même si Dieu le lui ordonne. Il aime réellement son père. Si vous n'avez pas su le percevoir dans les courants sous-jacents du récit, j'en suis désolé – mais c'est la stricte vérité. Zane aime Straff exactement comme Vin aimait Reen, alors même que Reen la battait.
La scène de la tige plantée dans la poitrine de Zane est nouvelle. J'ai décidé qu'il me fallait la montrer dans ce livre, plutôt que d'en parler dans le troisième tome. Il me faudra cinq cents pages de plus pour en expliquer les implications. Alors retenez simplement que vous l'avez vue.
Chapitre 47
13-10-2008
Vin contemple les brumes, décide de partir avec Zane, puis change d'avis
Cette scène avec Vin, au début, me paraît juste un chouïa redondante. C'est qu'elle recouvre en partie le même terrain que celle où elle rôdait dans le palais du Seigneur Maître, au chapitre précédent. Le problème, c'est que je préfère nettement celle-ci – il me semble que l'écriture y est meilleure. Alors je n'ai pas eu le cœur de la couper, même si je venais tout juste d'ajouter une autre scène qui accomplissait bon nombre des mêmes choses.
C'est l'une des scènes du livre sur lesquelles j'ai travaillé pendant très, très longtemps. Je savais que je devais réussir parfaitement la décision de Vin, puis rendre la trahison de Zane avec une force égale. Je voulais que le lecteur sente que tout cela était inévitable, une fois que Vin aurait pris sa décision.
Pourquoi a-t-elle décidé de rester avec Elend ? Tout tient à ce qu'elle a dit. Le sursaut de Zane quand elle a tendu la main vers le flacon lui a rappelé quelque chose – qu'elle ne voulait pas revenir à une vie où elle était méfiante et sur ses gardes. Elle ne voulait pas de la vie qu'il lui proposait. Ce qu'elle voyait chez Elend, c'était la possibilité de vivre sans peur – ou, du moins, sans la peur que son entourage ne lui fasse pas confiance.
Vin et Zane s'affrontent
Les brumes pénètrent dans la pièce ici, ce qui est – une fois de plus – intentionnel. Beaucoup de ces éléments relèvent de la construction du monde plus profonde, que nous n'aborderons pas avant le troisième tome. Qu'il suffise de dire qu'elles ont été forcées d'entrer par quelque chose.
Le "Tu étais censée me sauver" de Zane n'est pas censé avoir vraiment de sens, selon moi. Malgré ce que dit Dieu à la fin, Zane est un peu fou. Il a passé trop de temps à écouter la voix, à se croire dément, et à faire des choses comme se tailler un chemin dans le sang jusqu'au sommet du Bastion de Cett. Il n'est plus stable.
Le fait que Dieu ne lui ordonne pas de tuer Vin est ce qui a attiré Zane vers elle au départ. Il s'est dit que cela devait signifier quelque chose – que, d'une manière ou d'une autre, s'ils étaient ensemble, il parviendrait à chasser les voix de son esprit. Pour cela, il a tout risqué – cela, et la possibilité d'avoir quelqu'un d'autre à ses côtés. Il ne pouvait quitter Straff que s'il avait quelqu'un d'autre sur qui compter. Quelqu'un pour le sauver.
Quand Vin s'est retournée contre lui – du moins tel qu'il l'a perçu – il a dû revenir à ce que voulait Straff. Il avait promis à son père de s'occuper de Vin. Alors il le devait. Si elle refusait de le suivre, il devait la tuer.
La trahison d'OreSeur
Plusieurs pièces devaient s'assembler pour que ce chapitre fonctionne. Au-delà des motivations évidentes de Vin et Zane, il fallait comprendre OreSeur – ou, plutôt, TenSoon – suffisamment pour que sa trahison ait du sens.
C'est le grand ressort narratif que j'ai emprunté à Fils-des-brumes Prime. Les kandra viennent de ce livre, et l'espion qui se révèle être le propre kandra du héros constituait un merveilleux ressort d'intrigue. Il me fallait le refaire, de peur de perdre l'occasion de ce formidable retournement.
Si cette séquence fonctionne si bien à mes yeux, c'est parce que je peux voir le cœur de TenSoon. Vin et lui commencent sur de mauvaises bases, et il n'a aucun scrupule à prévoir de la trahir. Pourtant, à mesure qu'ils deviennent amis, TenSoon est de plus en plus tourmenté par la trahison qu'il est sans cesse contraint de perpétuer. Cela donne une intrigue et un personnage très forts de sa part, et nous offre ici, dans une scène cruciale, un retournement d'une belle intensité. Cela le met aussi merveilleusement en place comme personnage-narrateur dans le troisième tome.
Bien sûr, certains d'entre vous ont peut-être deviné qu'il était le traître. C'est regrettable, mais prévisible. Les lecteurs sont parfois bien trop malins. Si vous ne l'avez pas vu venir, ne vous inquiétez pas – vous étiez simplement pris par l'histoire. Il y a pourtant une foule d'indices. Chaque fois que Vin interroge "OreSeur" sur quelque chose du passé, il tergiverse, puis avance une hypothèse, et se montre hésitant. Elle relève à plusieurs reprises, au début du livre, qu'il se comporte bizarrement, pas comme lui-même, mais l'attribue au fait qu'il occupe le corps du chien.
Vin tue Zane malgré son atium
L'autre chose que je devais amorcer, puis faire fonctionner dans ce chapitre, c'était la manière de tuer quelqu'un qui brûlait de l'atium. C'est aussi quelque chose que j'ai emprunté à Fils-des-brumes Prime, et je crains que cela n'y ait mieux fonctionné.
Le fait est que je n'ai tout simplement pas consacré assez d'intrigue à Vin aux prises avec ce problème. Tuer un brûleur d'atium était un conflit narratif majeur dans Fils-des-brumes Prime, un livre beaucoup plus court, où il se passait moins de choses. Dans ce livre-ci, nous avons de très, très nombreuses intrigues et secrets entrelacés. Il n'y avait donc pas énormément de temps pour que Vin se soucie de savoir comment survivre sans atium.
Au regard des lois de l'allomancie, tout cela est très cohérent avec le fonctionnement de l'atium. Seul quelqu'un qui brûle de l'atium peut changer l'avenir – mais il peut le changer accidentellement en montrant à un autre ce qu'il faut faire.
Vin contrôle OreSeur et s'en sert
L'apprentissage par Vin du contrôle des kandra est également une chose qu'il a fallu préparer pour pouvoir l'utiliser ici. Je voulais que ce savoir soit disponible pour la suite du livre, et pour le livre suivant ; je me suis donc dit que c'était un bon endroit pour commencer à l'introduire comme un aspect majeur du système de magie.
Dieu fait ses adieux à Zane
Je voulais basculer dans le point de vue de Zane afin qu'on puisse voir la voix s'écarter de sa façon habituelle de s'exprimer. Juste un petit indice pour la suite de la série. Oui, il se passe BIEN plus de choses ici qu'il n'y paraît au premier abord.
Chapitre 48
25-10-2008
Le mariage de Vin et Elend
Un mariage très simple, tout bien considéré. Je trouvais cela approprié, car je pensais que Sazed aborderait ce genre de choses de la manière la plus élégante – mais la plus simple – possible.
C'est aussi une scène plutôt étrange, quand on y songe. Dans cette série, je me mets dans des situations intéressantes. Je ne crois pas, avant cet instant, avoir jamais imaginé que j'écrirais un mariage impliquant une jeune fille de dix-huit ans à demi nue, saignant de trois blessures, dont l'une à un sein.
Certains se sont plaints que ce mariage soit trop expéditif. Une chose à garder à l'esprit, c'est ce qu'explique Sazed. Pendant mille ans, la seule façon de se marier était d'obtenir le témoignage d'un obligateur. Même pour les skaa, un obligateur était requis pour autoriser un mariage. Et c'est TOUT ce qu'il fallait. Si un obligateur vous déclarait mariés, vous l'étiez. Parfois, la noblesse ou les skaa avaient leurs propres cérémonies autour d'un mariage, mais elles étaient plus civiles que religieuses. En fait, c'est même un tout petit peu tiré par les cheveux de faire associer par Elend le mariage à la religion.
De tous les personnages du livre – que dis-je, de ce monde tout entier – Sazed est sans doute ce qui se rapproche le plus d'un véritable guide spirituel. En ce sens, Vin et Elend ont eu bien de la chance de recevoir sa bénédiction. Brise et Allrianne, par exemple, ne se sont pas embarrassés d'un mariage. Maintenant que le Seigneur Maître a disparu, ce genre de choses a perdu beaucoup de son sens – si tant est qu'il en ait jamais eu, dans cette société.
Bilan Partie 4
19-11-2008
J'ai intitulé cette partie "Couteaux". Mon idée était qu'elle traitait de personnes utilisées comme des instruments – et qu'elle se concentrait sur Vin et Zane, culminant avec leur attaque contre la position de Cett, puis leur affrontement mutuel.
J'ai un temps joué avec le titre "Couteaux de chair", mais il évoquait trop d'images ridicules pour mon groupe d'écriture. Ils ne m'ont toujours pas laissé oublier celui-là.
Au bout du compte, je préfère un titre de partie plus court et plus simple. C'est un joli contrepoint à la partie précédente, intitulée "Roi". Celle-là se concentrait sur Elend, celle-ci sur Vin.
La prochaine partie se concentre sur le siège de Luthadel et sa fin.
Chapitre 49
20-11-2008
Elend et Vin quittent Luthadel à cheval, Allrianne les rejoint
Et Tindwyl et Elend se quittent sur une note amère. J'imagine que c'est approprié.
Allrianne fait partie de ceux à qui je voulais ajouter depuis un moment une nuance de profondeur, et j'ai vu là l'occasion. On aura droit à un point de vue de sa part sous peu – un court seulement, et ça ne servira pas à grand-chose, sinon peut-être lui donner un peu de consistance.
Vous pouvez remercier Isaac (alias Nethermore, celui qui a réalisé les illustrations intérieures des livres Fils-des-Brumes) d'avoir nommé les portes de la ville. C'est lui qui, en dessinant le plan de la cité, s'est rendu compte que ce serait chouette que les huit portes portent le nom des huit métaux de base. C'était tellement logique ; je suis surpris de ne pas y avoir pensé.
Vin et Elend parviennent bel et bien à s'échapper de la cité, comme ils l'espéraient. Ma grande crainte, ici, c'est que les lecteurs soient frustrés que j'éloigne les deux personnages principaux au moment de la grande bataille. Mais mon grand espoir, c'est qu'ils y voient le signe que de vilaines choses se préparent pour la cité. Je pense que ce chapitre-ci ouvre un vrai potentiel de tension dans le siège lui-même.
Au sommet du rempart, tandis que l'équipe regarde partir Vin et Elend, on a un nouvel échange à propos de Sazed et de sa croyance en quantité de religions différentes. J'espère ne pas en avoir trop fait ; je voulais simplement montrer des dynamiques entre personnages tandis qu'il parle avec les autres. Vous pouvez aussi noter ici que Ham recommence à appeler Elend "El". (À l'encontre de la demande d'Elend plus tôt dans le livre.) Ham a repris cette habitude il y a un moment, en réalité. Il n'est pas des plus doués pour obéir aux ordres.
Point culminant de l'intrigue de Straff avec le poison
Et, enfin, nous revenons à Straff. Son cycle est parsemé de pas mal de petites scènes courtes, et je soupçonne que beaucoup de lecteurs n'y prêteront pas attention. N'empêche, si je dois accorder un point de vue à quelqu'un, j'aime lui donner des conflits et des problèmes sans rapport avec les autres personnages. Cela rend les personnages et leurs vies plus réels. En l'occurrence, les difficultés de Straff avec une ancienne maîtresse refont surface à travers une manœuvre de vengeance.
Comme je l'ai dit, c'est une petite chose, assez éloignée de l'intrigue globale du roman. Quand Tor me poussait à raccourcir le livre (ce que je n'ai finalement pas fait), j'ai conservé ces scènes parce que j'estimais 1) qu'elles fonctionnaient plutôt bien et 2) qu'elles apportaient à mon sens un peu plus de profondeur à l'histoire, en montrant que les personnages ont une vie en dehors de l'intrigue principale.
Au passage, la maîtresse ment. Un arrêt brutal de cette drogue n'aurait sans doute pas tué Straff. Peut-être que si, mais probablement pas. Cela dit, être sous sa coupe n'aurait sans doute pas été très plaisant pour lui. Il ne l'a pas tuée intentionnellement – il perdait simplement, pour de bon, le contrôle de sa colère sous l'effet de la panique et du poison. C'est l'un de ces petits retournements dont j'espère qu'ils paraissent très réalistes vu les circonstances, tout en étant inattendus.
Chapitre 50
03-12-2008
Allrianne trouve les bandits
C'est un chapitre un peu "fourre-tout". Il y avait beaucoup de choses dont je devais m'occuper – ou du moins aborder – avant d'en arriver à la bataille. Vous avez peut-être remarqué (ou lu dans ces annotations) que j'ai tendance à sauter de point de vue en point de vue bien plus vite à mesure qu'approche la fin d'un livre. À ce stade, les personnages sont posés, et il est temps de commencer à donner au lecteur une plus forte impression de mouvement et d'action. Je crois que les ruptures de scène y contribuent, même si je n'en suis pas si conscient quand j'écris. Je me contente de raconter l'histoire, en changeant de scène dès que je sens qu'il me faut montrer de plus en plus de points de vue.
Le premier de nos sauts de scène est un point de vue d'Allrianne. Je crois qu'elle en a peut-être un autre plus loin dans le livre, je ne sais plus, mais c'est celui-ci qui me marque vraiment. Je tenais à ménager un peu de légèreté dans l'histoire avant que tout ne parte à vau-l'eau ; vous pouvez donc savourer cette scène et la suivante.
Allrianne me fait mourir de rire. Cette scène me fait sourire à chaque lecture. Je ne sais pas trop ce qui, chez elle, fonctionne si bien pour moi. J'ai un faible pour les personnages qui ont la répartie vive et qui se donnent des airs bien plus sots qu'ils ne le sont. Allrianne, donc, est un personnage typique de ma plume. C'était très agréable de pouvoir plonger un court moment dans un tel point de vue.
Vin et Elend voyagent vers le nord
Ensuite, nous avons la scène du couple heureux. Je me suis dit qu'après tous ces problèmes, cette confusion, cette indécision et le reste, ces deux-là méritaient quelques jours de répit. C'est donc leur version d'une lune de miel. Pas grand-chose à dire, sinon que Spectre va commencer à passer un peu plus au premier plan dans les prochains chapitres. Je veux introduire certains de ses conflits et de ses questionnements pour amorcer le tome suivant, où il est l'un des principaux personnages-narrateurs.
Straff survit
Straff est bel et bien vivant. Beaucoup de lecteurs alpha ont été surpris de lire cette scène, car ils le croyaient mort après la précédente. Mais j'ai encore quelques tâches à lui confier – et puis, on ne peut pas tuer un méchant dans un fondu au noir de ce genre sans une bonne confirmation. Ce ne serait tout simplement pas digne.
Ah, et bien sûr, il doit être vivant pour pouvoir retirer ses armées et laisser les koloss attaquer.
Sazed et Clampin, puis Tindwyl au Bastion
Enfin, nous arrivons à la scène de Sazed. C'est ma préférée du chapitre, et c'est un chapitre rempli de scènes que j'aime beaucoup. Allrianne me fait peut-être glousser, mais Sazed, lui, SIGNIFIE quelque chose. Mettre ainsi en avant le coût de la ferrochimie expose des aspects intéressants du worldbuilding, et faire interagir Sazed avec Tindwyl et Clampin apporte de la profondeur aux personnages.
Sazed commence à être troublé par ce qu'il a fait et par ce qui se passe autour de lui, mais il n'est pas du genre à le montrer encore – même dans ses pensées. Cependant, le fait qu'il prêche une religion à Clampin (la première fois qu'il le fait à qui que ce soit depuis un moment) montre qu'il se cherche, qu'il tente de comprendre qui il est et de trouver sa place dans ce chaos. Il se dit qu'avec la chute de Luthadel, il finira sans doute par mourir – et il veut donc savoir qui il est avant que cela n'arrive.
C'est aussi pourquoi il finit par aller trouver Tindwyl pour s'expliquer avec elle. La scène où il retrouve ses sens tout en la tenant dans ses bras est l'un de ces grands moments qu'on peut se permettre en tant qu'auteur de fantasy, et que ces écrivains réalistes, eux, ne peuvent tout simplement pas avoir.
Deux petites réflexions en coulisses sur ce passage. D'abord, Clampin mentionne que le dernier messager à s'être rendu auprès de Straff a été exécuté. Si vous avez deviné que c'était parce que Straff lui-même est désormais réveillé, vous avez vu juste !
Par ailleurs, la religion que prêche Sazed ici est celle que j'ai décidé de développer dans un livre à part, en construisant Warbreaker autour d'elle. Il ne s'agit pas de la même planète, mais je voulais approfondir l'idée d'une religion qui voue un culte à l'art, et c'était l'une des motivations initiales du cadre de Warbreaker.
Chapitre 51
10-12-2008
Vin aperçoit l'esprit des brumes durant le voyage
Qu'est-ce que l'esprit des brumes ? Vous aurez droit à cette explication plus tard… dans le troisième tome. Désolé de devoir sans cesse le répéter. Je voulais creuser davantage la nature de l'esprit des brumes dans ce roman, mais il était déjà bien trop chargé. Vous en apprendrez un peu plus sur l'esprit des brumes, mais l'ensemble de ce qu'il est ne peut pas encore être expliqué.
À mesure que le livre avance, on a progressivement vu qu'il se divise en deux intrigues distinctes. Il y a la défense de Luthadel, et il y a la quête du Puits de l'Ascension. Peut-être comprenez-vous à présent pourquoi j'ai décidé de m'abstenir de trop parler du Puits au début, pour me concentrer plutôt sur la politique (voir les annotations précédentes). Si je m'étais trop concentré sur le Puits d'entrée de jeu, les lecteurs auraient, je crois, été frustrés qu'on les fasse patienter, car les informations sur le Puits ne commencent vraiment à sortir que dans la dernière partie du roman.
Ce livre parle BEL ET BIEN du Puits, mais il parle aussi de Luthadel et de sa politique. Même si le livre tire son titre du Puits, j'ai le sentiment que le siège de Luthadel en est en réalité l'histoire principale.
Sazed voit les koloss lancer leur attaque
Tindwyl va effectivement participer à la défense de la cité. Elle n'a même pas discuté ; en décidant de rester, elle avait décidé qu'elle aiderait. En tant que Gardienne, elle estime pouvoir justifier de contribuer à protéger d'un massacre les habitants de Luthadel. Elle n'aiderait sans doute pas à combattre Straff – mais contre les koloss, elle est prête.
Elend découvre que les koloss ont été lâchés pour tout détruire, puis exécute Jastes
Et voici la scène où Elend tue Jastes. Cela, plus que tout, montre à Elend comment fonctionne le monde réel. Ce chapitre est le signe d'une innocence perdue, et une mesure du prix de l'idéalisme. Elend ne sera plus jamais le même homme après cela.
Certains de mes lecteurs alpha se sont insurgés contre cette scène, mais – contrairement à celle où Kelsier se sert de Demoux pour tuer un homme dans le premier tome – j'ai décidé de ne pas la couper. Cet événement en dit trop sur ce qui est arrivé à Elend, et compte trop pour son personnage. J'ai toutefois agencé les choses un peu différemment. Dans la version d'origine, Elend frappait et tuait Jastes, puis expliquait pourquoi. Dans cette version-ci, il énumère d'abord les fautes de Jastes, puis lui tranche la tête.
Maintenant, enfin, Elend et Vin ont découvert les mensonges de Sazed. Vous êtes-vous interrogés sur le fait qu'il les ait envoyés tous les deux escalader la montagne en plein hiver ? Spectre était là pour empêcher ça, au cas où vous vous poseriez la question.
Et oui, Spectre savait. Vu le temps qu'il a fallu à Vin pour digérer le fait qu'OreSeur était au courant du plan de Kelsier de se sacrifier, vous imaginez qu'elle ne pardonnera pas de sitôt à Spectre pour ce coup-là. À sa décharge, il était tiraillé entre des émotions et des motivations très fortes, l'une d'elles étant son oncle lui expliquant que, s'il n'y allait PAS, personne ne serait là pour expliquer la vérité à Vin et Elend et les empêcher de marcher jusqu'à Terris. En outre, Spectre ne voulait pas mourir, et cette voie lui offrait une échappatoire. Peut-on lui en vouloir ?
Lui s'en voudra. Au tome trois.
Chapitre 52
29-12-2008
La bataille commence
Vous remarquerez quelque chose dans les chapitres qui suivent. Au lieu de me concentrer sur les guerriers aguerris durant le siège de Luthadel, je passe mon temps dans la tête de Brise et de Sazed – les deux membres de l'équipe les moins expérimentés en matière de guerre et de tuerie.
C'est intentionnel. Je veux donner le sentiment que Luthadel est un lieu non préparé à la guerre. Même ses soldats ne sont pas vraiment des combattants. Il n'y a pas eu beaucoup de guerres dans l'Empire Ultime, et les rares vétérans qui existent sont au service de Cett ou de Straff. Je préfère donc montrer la bataille contre les koloss à travers les yeux d'hommes qui seront horrifiés et déboussolés quant à la marche à suivre, car je pense que ce sera la norme dans ce conflit.
Cela accentue la tension et la tragédie de l'ensemble lorsqu'on voit Brise et Sazed tenter de composer avec les horreurs d'un champ de bataille. De plus, l'inverse a déjà été très bien fait, et souvent – que ce soit dans un livre de David Gemmell ou dans Le Seigneur des Anneaux. Vous avez vu de braves guerriers défendre une cité. Regardez maintenant un politicien et un érudit essayer d'en faire autant.
Vin tente d'atteindre Luthadel à temps
Ces scènes où Vin court vers Luthadel constituaient pour moi l'une des séquences pivots au moment où je bâtissais l'intrigue. Contrairement à la plupart des scènes centrales de ce genre que j'écris, cependant, je n'en suis pas entièrement satisfait. Non que je n'aime pas la séquence ; je trouve que l'écriture y est très réussie. Mais je me demande si la tension qui la sous-tend fonctionne.
Voyez-vous, une fois le produit fini entre les mains, la séquence que j'avais mise au point me paraît juste un chouïa artificielle. C'est difficile à éviter dans un roman ; quand on planifie autant à l'avance que moi, on se retrouve souvent avec des séquences artificielles parce qu'elles le SONT. On les a conçues pour fonctionner d'une certaine manière. Dans ces zones-là, toutefois, la "poudre aux yeux" que je mentionne souvent entre en jeu. À quel point l'auteur est-il doué pour dissimuler sa main dans l'œuvre ? À quel point est-il facile, pour le lecteur, de ressentir ce que ressentent les personnages, plutôt que d'être entraîné à jouer au jeu de la méta-histoire ?
Si la poudre aux yeux fonctionne, vous ressentirez de l'anxiété ici. Vin va-t-elle arriver à temps ? Va-t-elle arriver pour trouver ses amis morts ? Pourra-t-elle seulement faire quoi que ce soit si elle arrive à temps ?
En revanche, si la poudre aux yeux échoue, le lecteur se sentira manipulé par le fait que j'aie éloigné Vin pour la faire aussitôt faire demi-tour et revenir quelques chapitres plus tard. Le lecteur se dira : "Évidemment qu'elle va y arriver. C'est tout l'objet de cette séquence."
Souvent, je suis satisfait de la façon dont la construction maintient chez mes lecteurs cette anxiété. Mais dans cette séquence, je trouve que la main de l'auteur se voit un peu plus que d'ordinaire. Ce n'est peut-être que mon œil critique inspectant mon propre travail, mais je le vois. J'espère que vous saurez lire et apprécier la séquence pour les émotions que ressentent les personnages, plutôt que pour la légère maladresse de la construction.
Vin rencontre les skaa dans le taudis, puis exécute son tour du fer à cheval
Cette scène était très importante pour l'ensemble de la série. Les gens du taudis skaa sont exactement ce que Vin avait besoin de voir. On n'en a pas vécu grand-chose, mais la course a beaucoup épuisé Vin. Courir grâce au potin n'a rien de facile. Cela vous vide le corps et l'esprit.
Le rire de ces skaa, en revanche, la ressource. Elle y puise ce qu'il lui faut pour continuer, fût-ce de manière peu commune. Et cela lui donne, à elle comme à nous, la validation de tout le travail accompli par Elend. Ça fonctionne. Pour ces gens, au moins, le combat vaut la peine d'être mené.
La série fonctionne le mieux, je crois, lorsqu'on la lit d'un bloc comme un seul long roman. Je les ai écrits de façon à ce qu'ils paraissent assez indépendants pour qu'on ne se sente pas floué en n'en lisant qu'un. Mais une grande partie de cette histoire est censée s'entrelacer. Par exemple, cette scène de Vin gagnera en force si vous avez 1) vu comment les skaa vivaient dans leurs taudis quand Kelsier leur rendait visite au premier tome ; 2) noté ce qu'une course au potin avait fait à Vin dans le tome précédent ; 3) retenu Vin utilisant le chemin de barres métalliques du premier tome.
J'aurais aimé montrer un chemin de barres métalliques dans ce livre, mais là encore, il n'y avait pas de place. Reste que les lecteurs ont beaucoup aimé son tour du fer à cheval. Je signalerais toutefois que n'importe qui – même un Fils-des-brumes – ne pourrait pas comprendre cela aussi vite et aussi bien que Vin. Kelsier l'a bien entraînée à la Poussée et à la Traction des métaux. C'était sa spécialité.
Chapitre 53
06-01-2009
Sazed défend la porte
Les scènes de combat de Sazed m'intéressent par le contraste qu'elles offrent avec celles de Vin. Les scènes de Sazed sont si brutales – la force contre la force, le cogneur contre le cogneur. Vin combat avec grâce. Sazed, lui, essaie juste de rester en vie.
J'ai beaucoup travaillé l'intrigue, ici, pour que la porte de Sazed tienne aussi longtemps. Quand j'ai planifié le siège de Luthadel, je savais qu'il me faudrait un ensemble de scènes très profondes, portées par les personnages, avec Sazed. C'était le seul moyen, à mon sens, d'apporter du neuf à cette séquence. Des héros défendant leur cité durant un siège, cela s'est déjà fait. (Un exemple notable étant Le Seigneur des Anneaux.) Je craignais de m'ennuyer à écrire ces scènes, alors j'ai décidé de prévenir cela en me concentrant ici sur Sazed, dont je pensais qu'il aborderait une bataille de ce genre d'une façon inédite.
J'ignore ce qu'en ont pensé les lecteurs, mais je me suis retrouvé très happé par l'écriture de ces scènes, ce qui est bon signe. Elles ont fini par être plus longues que prévu, autre bon signe. Le contraste du paisible érudit religieux au milieu d'une guerre aussi terrible avait quelque chose de fascinant pour moi.
Si fascinant, en fait, que j'ai oublié de faire figurer Ham dans la moindre scène de ces chapitres. Je ne me suis souvenu de lui que vers le chapitre cinquante-cinq. C'est là que je me suis rappelé que le meilleur guerrier du groupe avait disparu pendant tout le combat. Je l'ai donc réintroduit, et ajouté à ce chapitre où Sazed rejoint Brise.
Vous seriez surpris de la fréquence à laquelle les auteurs font ce genre de choses : oublier un personnage. Il est parfois ardu de garder la trace de tous ceux qui interviennent dans les diverses ramifications d'une intrigue complexe. Et ne me lancez même pas sur le défi de suivre tout le monde en écrivant dans l'univers de La Roue du Temps.
Clampin et Dockson meurent
Et, à propos de Brise, voici la scène de la mort de Clampin, vue par Brise. Ainsi, à la vérité, Spectre s'est montré prophétique en disant que Clampin lui avait fait ses adieux pour de bon.
La simple vérité, c'est que je trouvais avoir trop de personnages dans ces livres. Je ne pouvais pas tous les étoffer, et il me fallait vraiment en éliminer quelques-uns. Clampin fut, hélas, l'une des victimes.
Bien sûr, je ne l'ai pas tué simplement parce que j'avais trop de personnages encombrant l'histoire. Ce n'était là qu'une raison parmi d'autres. Je savais que je ne pouvais pas traverser un siège sans perdre quelques personnages. Ce n'était tout bonnement pas réaliste. Les personnages avaient trop redouté ce conflit, et ils savaient qu'il serait dangereux – probablement mortel – lorsque l'invasion viendrait. Je dis souvent que j'ai le sentiment de ne pas pouvoir protéger mes personnages des décisions qu'ils prennent. J'ai bel et bien injecté un peu plus de force dans certaines des scènes de Clampin une fois qu'il fut certain qu'il mourrait ici. Les interactions entre lui et Sazed, et entre lui et Brise, dans ce roman, étaient là en partie parce que je savais qu'il allait mourir, et que je voulais lui donner quelques occasions de participer à l'histoire avant de partir.
Dockson fut l'autre que je décidai de tuer. Dans le premier jet, la scène de sa mort se terminait par un koloss le tuant par-derrière, sans qu'il le voie.
Mes lecteurs alpha s'en sont plaints à profusion. Alors, à la demande principalement de mon ami Skar, j'ai laissé Dockson empoigner une épée et charger avant de mourir. Autre adieu pour Dockson : la remarque qu'il fait, notant que si l'équipe avait agi autrement, en se retournant contre la noblesse comme il l'avait souhaité au premier tome, lui et les autres n'auraient pas valu mieux que des bêtes. C'est sa façon de reconnaître qu'ils avaient fait ce qu'il fallait, et c'est un peu une rédemption pour lui. Il s'était donné beaucoup de mal pour collaborer avec les nobles, afin de racheter les atrocités qu'il avait commises dans sa jeunesse.
La dernière raison pour laquelle je savais que Dockson et Clampin devaient mourir, c'est que je voulais VRAIMENT vous faire croire que Sazed allait mourir lui aussi. Si tout fonctionne comme il faut dans ces chapitres, vous serez là, sachant que Vin va arriver à temps. Et pourtant, vous douterez, vous vous inquiéterez, et vous commencerez à vous ronger les sangs. Vous verrez Clampin tomber, puis Dockson mourir, coup sur coup. Puis vient Sazed, et il s'effondre, à court de métaux, à court d'espoir.
C'est là que je fais entrer Vin.
Points de vue de Straff et de Cett
Nous avons aussi de brèves scènes de Straff et de Cett dans ce chapitre, surtout pour que vous ne les oubliiez pas. Les choses avancent de leur côté, les rapprochant de l'endroit où ils devront se trouver pour que les prochains chapitres fonctionnent, mais ils ne font pas grand-chose pour l'instant.
Aussi nous éloignons-nous vite d'eux, en donnant à chacun quelques observations poignantes sur la bataille – et en nous laissant reprendre notre souffle loin de l'action – avant de replonger.
Chapitre 54
12-01-2009
Vin contre une foule de koloss
La scène de combat de Vin ici se veut rapide et un peu abstraite, pour vous donner le sentiment qu'elle a tué beaucoup de monde sans entrer dans les détails des parades et des coups un à un. Je me dis que vous avez eu votre content de combat avec Sazed, et qu'il nous faut à présent faire avancer l'intrigue.
Dans ce chapitre, il y a quantité de très beaux moments qui font écho au premier tome. Vin en mentionne plusieurs directement. Il y a la scène où elle tournoie au sommet de Kredik Shaw, contemplant les incendies dans la nuit. Nous aurons une scène de ce genre dans le troisième tome – une cité illuminée par le feu dans la nuit, au moment où les choses changent. Nous en avions une dans le premier tome également. Nous avons aussi ici une scène où Vin songe à l'inutilité de tenter de combattre une armée à elle seule, en référence à la fois où Kelsier a voulu faire exactement ça, et où Vin l'a retenu.
Avec ce chapitre, je pousse rapidement vers la séquence finale. Le véritable point culminant du siège devait être l'arrivée de Vin, et le reste de ces chapitres constitue une redescente inévitable. Elle doit encore sauver la cité, et – maintenant qu'elle est arrivée à temps – je crois que la plupart des lecteurs s'attendent à ce qu'elle réussisse. La seule question, désormais, est de savoir comment.
Vin apaise les koloss
Elle y parvient en apaisant les koloss. Je crois que c'est sans doute le plus facile des retournements du livre – après tout, je l'ai montrée faire exactement la même chose à un kandra, puis je vous ai dit que kandra et koloss étaient très semblables. Le saut logique ne devait donc pas être bien grand. Si Vin, ici, n'avait pas été épuisée et à bout, elle l'aurait probablement compris plus tôt.
J'ai trouvé important, au passage, de la montrer se battre sans ses pouvoirs – et de montrer qu'elle reste redoutable, même sans potin, acier ni fer. C'est une personne dangereuse. Les métaux la rendent simplement TRÈS dangereuse.
Au passage, je me suis servi des derniers mots de Kelsier – de manière détournée – comme de ce qui l'a tirée de sa torpeur lorsqu'elle a flanché faute de potin. Elle en a brûlé bien trop tout au long de ce livre, et j'espère que vous vous attendez à ce qu'elle en paie le prix à un moment. Elle se serait évanouie si elle n'avait pas pensé à ses amis.
Kelsier aurait été fier. Ses derniers mots à son intention avaient été une réprimande, car elle n'avait pas traité leurs amis aussi bien qu'elle l'aurait dû. Il avait insisté pour sauver Spectre des cages, se précipitant dans un piège évident malgré le danger. Vin a fait presque la même chose en revenant à Luthadel.
Quand je concevais les trois Arts métalliques pour ces livres, je savais que je voulais que l'Hémalurgie comporte une faille intrinsèque. Une faille qui, comme le dirait un déconstructionniste, avait été créée intentionnellement, et sur laquelle s'appuyait la force même qui espérait que nul ne l'exploiterait.
Il était important pour moi que Ravage finisse par être abattu, en partie, à cause de choses qu'il avait faites ou de failles dans son pouvoir. Sauvegarde pouvait se contenter d'insuffler aux humains qu'il avait créés une bonté innée, puis espérer qu'ils agiraient comme il l'escomptait. Ravage, lui, devait pouvoir directement corrompre et influencer les gens. Il se croyait plus fort parce qu'il pouvait les CONTRAINDRE à faire exactement ce qu'il voulait.
Le problème, c'est que pour que sa magie fonctionne – pour qu'il exerce un contrôle sur quelqu'un – il devait laisser un trou, pour ainsi dire, par lequel d'autres pouvaient se faufiler et qu'ils pouvaient utiliser. Ainsi, toute la séquence du "contrôle des koloss", dans le tome deux, visait à mettre en place l'Hémalurgie et, d'une certaine manière, à annoncer la chute de Ravage.
Or, le seul problème dans tout cela (pour les héros, du moins), c'est que lorsque Ravage s'est réellement libéré, il était si puissant qu'il était quasi impossible à quiconque de "passer" par les trous qu'il avait laissés chez ceux qu'il avait modifiés par l'Hémalurgie. Mais ce n'était pas impossible. D'une certaine façon, les indices semés dans ce livre visaient à planter l'idée que le contrôle de Ravage sur ses sbires n'est pas absolu. Et qu'un individu désireux de lui résister en avait le potentiel.
Sazed et Vin parlent à Penrod
Penrod, au passage, est en état de choc. Il ne pense pas clairement – il a perdu pied à cause de l'horreur de ce qu'il a vu et vécu. Il était à l'une des portes quand elles sont tombées – il ne s'est pas contenté de se terrer dans le bastion tout du long.
La scène où Vin s'éloigne avec les koloss dans les brumes, l'épée sur l'épaule, tous se découpant en silhouettes… eh bien, c'en est une dont j'aimerais que quelqu'un fasse un jour une représentation artistique.
Chapitre 55
23-01-2009
Vin tue Straff
Je vous l'avais dit : je ne pouvais pas laisser Straff mourir d'un banal empoisonnement. Il a été un antagoniste bien trop longtemps – survivant à deux livres entiers. Il méritait une épée dans la tête.
Curieusement, mes groupes d'écriture ont beaucoup discuté de la façon de décrire la mort de Straff. Le fait est que Vin l'a plus ou moins tranché en deux – mais je n'imagine pas l'épée koloss si affûtée, si bien qu'elle broierait et écraserait autant qu'elle trancherait, surtout vu la force du coup de Vin. Certains n'étaient pas d'accord et estimaient que la coupe devait être nette.
Au bout du compte, après avoir tenté plusieurs choses, je m'en suis tenu à ceci. C'est assez abstrait pour que vous imaginiez ce que vous voulez. Je ne voulais pas être TROP graphique, ni provoquer des disputes à propos d'une chose aussi futile.
Cett se range du côté de Vin
Cett est un homme bon. C'est aussi un homme mauvais.
C'est un homme bon qui pense devoir être mauvais. Il croit que la dureté est le seul moyen d'assurer son royaume, et se dit que – puisque quelqu'un va le faire – autant que ce soit lui. Je compte, au passage, approfondir tout ce concept de commandement dans un livre à venir.
Mais une part de lui espérait pouvoir trouver ce qu'il a trouvé à Luthadel. Quelqu'un qu'il pourrait suivre. Quelqu'un qu'il respectait.
Sazed regarde Vin défaire l'armée de Straff
La scène de Sazed, ici, en est une que j'ai réécrite plusieurs fois. Il regarde la bataille et n'y participe pas. Il a été particulièrement difficile à écrire ici. Il se passe tant de choses en lui – il vient de perdre Tindwyl, et avec elle s'en est allée sa foi. Mais, en même temps, on attend de lui qu'il prenne part aux événements – et sa curiosité naturelle continue de lui faire se demander si Vin est le Héros des Siècles.
Le fait est que Sazed ne croit plus vraiment au Héros des Siècles. Toute la difficulté était donc : comment lui faire percevoir la scène, ici ? Dénué de foi, mais toujours curieux ? C'était un équilibre délicat à tenir.
Elend devient empereur en dépit de toutes ses tentatives d'instaurer une démocratie. Le trône lui est donné par la force. D'une certaine manière, cela ne trahit pas exactement son souhait de laisser le peuple faire ce qu'il veut. Elend mérite ce trône. Cett est venu chercher quelqu'un à suivre, Elend est en réalité l'héritier Venture légitime de l'armée de Straff, et Penrod… eh bien, on l'a fait roi vassal sous l'autorité d'Elend, si bien qu'il n'a pas vraiment perdu son trône.
C'est tiré par les cheveux, je sais, et l'Elend du début de ce livre ne l'aurait jamais accepté. L'Elend de la fin, en revanche, l'acceptera et fera de son mieux pour le peuple en tant qu'empereur. Même si cela lui coûte.
Bilan Partie 5
30-01-2009
Cette partie s'intitulait "Neige et cendre". Je crois que c'est assez explicite. Si certains titres de partie ont été difficiles à trouver, celui-ci a été plutôt facile. L'image de la neige et de la cendre se mêlant avait pour moi quelque chose de puissant, tant ces deux matières sont semblables et, en même temps, opposées.
C'était une partie brutale, et elle marque en réalité la pseudo-fin du livre. Nous avons réglé le conflit majeur posé au premier chapitre. Les armées sont défaites et la cité est sauve.
Il reste cependant quelque chose à faire. J'ai eu beaucoup de mal à décider comment agencer les différents points culminants de ce livre. Fallait-il tenter de les entrelacer, en faisant découvrir à Vin le Puits de l'Ascension au moment même où les koloss attaquaient ? Cela paraissait trop évident, et je sentais que l'une des deux intrigues éclipserait l'autre. Par ailleurs, je craignais que tout ne devienne un grand fatras, difficile à suivre. Il EST possible d'avoir trop de choses en cours au moment d'une fin.
J'ai donc opté pour l'autre solution : régler d'abord la question des armées, puis passer à une dernière partie, plus courte, centrée sur le Puits de l'Ascension. Nous entrons dans des passages du livre qui ont été très fortement révisés ; ce sont donc des chapitres qui donneront probablement lieu à des scènes coupées sur le site, quand je trouverai le temps de les publier.
Chapitre 56
05-02-2009
Elend dans les brumes après le départ de Vin
Je voulais inclure une référence aux spectres des brumes dans ce livre. Ce sont un élément mineur du monde, mais certains aspects de leurs origines sont une pièce du puzzle qui sera davantage expliquée… dans le troisième tome.
Les brumes arrivent bel et bien plus tôt dans la journée, et s'attardent plus tard le matin. Elles se renforcent, pourrait-on dire. Elend l'ignore, mais dans certaines zones les plus périphériques de l'empire, les brumes s'attardent déjà presque jusqu'à l'après-midi. Les réponses au pourquoi arrivent… dans le troisième tome.
L'esprit des brumes ne veut pas qu'Elend se rende à Luthadel. Et oui, il usait de l'allomancie sur lui (influençant ses émotions, comme il l'a fait à plusieurs endroits de ce livre). Cela ne fonctionne pas très bien. Il ne lui reste plus grand-chose d'un être sentient. La réponse au pourquoi… oui, vous l'avez deviné. Tome trois.
Comme vous pouvez le constater, je me sers de cette dernière partie du livre pour mettre en place LE HÉROS DES SIÈCLES. Je ne voulais pas le faire – je voulais que les trois livres tiennent bien debout chacun de leur côté. Mais les événements du troisième tome sont tout bonnement trop vastes pour être traités en un seul roman ; ils ont donc débordé sur la fin de celui-ci. J'avais en fait commencé à annoncer bon nombre de ces choses dès le premier tome – elles étaient simplement plus faciles à dissimuler à l'époque.
Au passage, la scène où Elend se tient là, scrutant l'obscurité, entendant bruisser des feuilles et songeant à quel point c'est effrayant… eh bien, c'est une scène tirée de ma vie. Rien de grand, mais un soir, je passais simplement devant un jardin plongé dans le noir et j'ai entendu un bruissement de ce genre. Je suis resté un moment, à scruter cette obscurité, prenant conscience à quel point il était sinistre de se tenir dans une lumière tamisée et de fixer le vide sans savoir ce qui se trouvait là derrière. Il fallait que je mette ça dans un livre.
Elend tombe sur les réfugiés terrisiens
L'intérêt des réfugiés terrisiens, ici, est de nous montrer que le monde ne se résume pas à Luthadel. Je voulais suggérer une politique se jouant en coulisses. Cela a été difficile dans cette série, tant une grande partie du livre se concentre sur un lieu géographique précis.
En l'occurrence, nous avons vent de ce que trament les Inquisiteurs. Leur frappe visait à tuer les dirigeants terrisiens – mais pas seulement. Il est suggéré, au tout début du prochain tome, que les Inquisiteurs ont capturé un grand nombre de Gardiens afin de s'en servir pour en extraire les pouvoirs.
Il y a aussi ici beaucoup d'indices semés autour de Spectre. Je voulais poser les bases de son statut de personnage-narrateur dans le troisième livre. Brûler de l'étain aussi puissamment et aussi constamment qu'il le fait n'est pas bon pour son corps, et il l'endommage sérieusement. Mais il est accablé de chagrin et désorienté, et il a le sentiment d'avoir été éloigné des événements importants parce qu'il est inutile. Se rappeler à lui-même son pouvoir allomantique est l'une des façons dont il gère (mal) la mort de son oncle.
Chapitre 57
26-02-2009
Sazed à la tête de la cité
Sazed est aux commandes, ici. Il y a un petit problème à cela. Sazed n'est pas très doué pour diriger.
Ce n'est pas sa faute. Il n'en a tout simplement pas les compétences. Contrairement à Elend, qui nourrissait un désir enfoui de commander – et possédait les aptitudes pour devenir roi, s'il apprenait à s'en servir – Sazed veut juste être un paisible érudit. On l'a vu quand il a rassemblé l'équipe sans parvenir à l'empêcher de se disputer. On le revoit ici.
Il est bien plus dans son élément lorsqu'il parcourt le livre qu'il a écrit avec Tindwyl. Même si, bien sûr, sa perte commence à le frapper durement. Il ne cesse d'osciller émotionnellement, et c'est intentionnel. Il est désorienté et ne sait pas quoi faire.
Voici deux ou trois autres choses dont nous trouverons les réponses dans le troisième tome :
Comment Vin a puisé dans les brumes, et pourquoi elle en était capable.
Pourquoi elle peut sentir le battement du Puits et personne d'autre.
Vin se rend à Kredik Shaw
À l'origine, le Puits de l'Ascension SE TROUVAIT dans les montagnes. C'est la grande raison de la réécriture de la fin. Cette partie du livre paraissait TROP décousue par rapport au reste du roman, et j'ai senti qu'il me fallait déplacer le Puits à Luthadel. Ainsi, le combat pour la cité avait un sens – et je n'avais pas à envoyer Vin au loin, la faire revenir, puis l'expédier de nouveau vers le nord.
Cela fonctionne bien mieux ainsi. Bien sûr, j'ai dû procéder à d'importantes réécritures – et expliquer pourquoi le Puits ne se trouve pas dans les montagnes. Mais, en l'occurrence, corriger une chose m'a donné la motivation d'en corriger une autre. Je m'inquiétais de la facilité avec laquelle on trouvait le Puits, et de la difficulté qu'il y aurait à emmener Vin et Elend dans les montagnes pour l'y chercher. Tout cela est très maladroit. L'histoire ancienne comme le récit actuel fonctionnent bien mieux depuis que j'ai décidé de faire déplacer le Puits vers le bas par le Seigneur Maître, qui a bâti sa cité par-dessus.
Marsh
L'une des particularités de ce roman, c'est que ses extrémités – le début et la fin – sont très étroitement liées, seuls quelques fils courant à travers le milieu. Ici, à la fin, la boucle est bouclée. Nous trouvons un corps, tout comme celui que Sazed avait trouvé au premier chapitre, là où nous l'avons présenté. Ensuite, nous tombons sur Marsh, disparu depuis tant de mois.
Il était en fait dans la cité. Certains des hommes de Demoux avaient signalé avoir vu un Inquisiteur, si vous vous en souvenez, et Vin avait trouvé des empreintes de pas dans Kredik Shaw. Marsh était là depuis le début, à observer et à attendre.
Maintenant, il a quelque chose à faire.
Je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose que le début et la fin soient liés aussi fortement. D'un côté, je crains que vous n'ayez oublié Marsh et les meurtres provoqués par les brumes. De l'autre, j'aime la symétrie de ce livre. Vous croyez en avoir fini avec lui après le siège de Luthadel.
Puis ça arrive.
Chapitre 58
19-03-2009
Ravage se libère
Alors, oui. L'équipe a été manipulée. Tout le monde a été manipulé pendant un bon millier d'années. Par cette chose qui voulait être libérée.
Vous en apprendrez plus au prochain chapitre, mais comprenez ici que presque tout ce qui touche aux traditions d'autrefois – les prophéties, tout cela – a été manipulé.
Marsh contre Sazed
Mais d'abord, nous avons le combat entre Marsh et Sazed. J'aime beaucoup cette scène, car elle me permet de faire quelque chose de très nouveau. Vous vous souvenez quand je vous ai promis que vous verriez de chouettes interactions entre l'allomancie et la ferrochimie ?
J'ai compris presque aussitôt, en concevant la ferrochimie, que je pourrais faire des choses très amusantes en la mêlant à l'allomancie. Vu à quel point les Fils-des-brumes dépendent de leurs Poussées d'acier et de leurs Tractions de fer, une personne capable de modifier son poids aurait un avantage énorme. Tout le monde dit toujours que l'allomancie est le meilleur art au combat, mais c'est seulement parce que la ressource qu'elle emploie – le métal – est bien plus abondante que celle qu'emploie la ferrochimie. Mettez les deux face à face dans un combat avec assez de puissance en réserve, et le ferrochimiste l'emportera presque toujours.
À la fin de tout ça, Ham a l'occasion de faire quelque chose. Je suis content de l'avoir réintégré à l'histoire après l'avoir oublié…
Ah, et ce coup à la tête n'avait rien d'anodin – Sazed se trompe, en réalité. Cette frappe va mettre Marsh KO un bon moment. Vous vous rappelez ce que disait Ham à propos de deux brûleurs de potin qui s'annulent l'un l'autre ? Eh bien, vous venez d'avoir un soldat très puissant embrasant son potin frapper à l'arrière du crâne, avec un bâton, un homme qui se contentait, lui, de brûler le sien – assez fort pour le briser. Marsh est assommé.
Vin renonce au pouvoir
Écrire en vue de cette scène où Vin devrait prendre le pouvoir, puis y renoncer, a été l'un de mes points d'attention dans ce roman. Je devais l'amener, en tant que personnage, à un point où elle serait capable de faire quelque chose d'aussi déchirant.
C'était extrêmement cruel de ma part. Et pourtant, il y a une beauté à se montrer cruel de la sorte envers ses personnages (c'est pour cela que George R. R. Martin est un génie). J'avais prévu cet élément d'intrigue précis dès le début du premier livre, car je voulais non seulement renverser certains poncifs de la fantasy dans la série, mais aussi les aborder sous un angle postmoderne. Si les gens sont si puissamment mus par le concept de prophétie et de religion, quel meilleur moyen, pour une force comme Ravage, de les manipuler qu'en retournant cette sensibilité contre eux ? À bien des égards, le premier tome était mon regard sur le concept du Seigneur des Ténèbres dans la fantasy, tandis que le deuxième est mon regard sur le concept de prophétie tel que la fantasy l'emploie (le troisième est mon regard sur le concept du héros).
Scène coupée
Au passage, à l'origine cette caverne était découverte dans les montagnes après que Vin, Elend et Spectre eurent pataugé un moment dans la neige. Ouais. Je sais. Cette version fonctionne tellement mieux. Je publierai celle-là comme scène coupée, mais ne me jugez pas trop sévèrement. Parfois, on tente dans ses livres des choses qui, tout bonnement, ne marchent pas. On ne peut pas, pour autant, avoir peur d'expérimenter.
Chapitre 59
09-04-2009
Rien n'est pire que de s'efforcer si fort de faire ce qu'il faut, pour découvrir ensuite que c'était la pire chose qu'on pouvait faire.
J'ai écrit ce dernier chapitre comme une légère remontée dans l'intrigue, afin de ne pas finir sur une note aussi amère. Non, je n'ai pas tué Elend. J'ai bien voulu vous le faire croire, mais je ne l'avais jamais prévu. J'avais toujours eu l'intention qu'ils découvrent d'où venait le premier Fils-des-brumes en atteignant le Puits de l'Ascension, et cette perle de métal est très importante pour la cosmologie de Scadrial et, de fait, pour toute la trame d'ensemble de mes livres.
Il était prévu qu'Elend devienne Fils-des-brumes dès les tout premiers stades du développement de ce livre. Je me suis donc dit que je devais lui faire subir quelque chose qui le contraindrait à avoir BESOIN d'être Fils-des-brumes. Pourquoi voulais-je faire d'Elend un Fils-des-brumes ? Je sais que cela a gêné certains lecteurs. J'avais le sentiment d'avoir exploré son personnage aussi bien que possible dans ce livre, et il me fallait quelque chose pour rompre l'équilibre – aussi fragile soit-il – auquel il était parvenu ici. Il ne va pas remplacer Vin – vous verrez dans le prochain livre qu'Elend en Fils-des-brumes ne change pas autant qu'on pourrait le croire. Mais cela le place dans de nouvelles situations, et ces situations lui permettent d'évoluer en tant que personnage de la façon dont j'estimais qu'il en avait besoin.
Quoi qu'il en soit, cela promet un troisième tome très intéressant. Par ailleurs, l'esprit des brumes – peut-être percevez-vous à présent un peu ce qu'il tentait de faire. Il s'efforçait de trouver un moyen d'empêcher Vin de se rendre au Puits de l'Ascension. Semant des indices à Sazed, effrayant Vin, menaçant Elend, indiquant la direction opposée. Il est toutefois assez limité dans ce qu'il peut faire, comme nous le découvrirons dans le prochain livre.
Épilogue
10-04-2009
Et ainsi, le cercle est complet. Sazed retourne dans le sud et visite de nouveau le Prieuré, Elend regagne le rempart de la cité.
J'espère avoir dévoilé tout cela assez bien pour que vous compreniez ce qu'il faut pour que ce livre fonctionne. Il y a beaucoup de trous, je sais. Je m'en suis déjà excusé – nous répondrons à tous dans le troisième tome.
Pour l'heure, comprenez qu'une chose était emprisonnée, qu'elle a détourné la religion terrisienne – les prophéties – et s'est servie du Puits de l'Ascension pour se libérer.
Le troisième tome traite du véritable thème de ces livres. La survie. La route va être rude.
En guise de conclusion, je dirais que, pour moi, ce livre parlait de Vin et Elend mettant à l'épreuve et prouvant leurs principes. Au début, tous deux avaient pris certaines résolutions sur eux-mêmes et sur ce qu'ils voulaient accomplir. Elend entendait instaurer un bon gouvernement et ne pas faire exception à ses propres règles.
Vin entendait aimer l'homme bon et doux qu'était Elend plutôt que l'homme de la rue – l'homme dur et strict qu'était Kelsier. (Voir le chapitre dix, où Vin se blottit dans le fauteuil avec Elend, pour un aperçu en dialogue de son système de valeurs dans ce livre. C'est là que le défi est posé. L'épreuve vient plus tard.) Tous deux sont donc mis à l'épreuve dans leurs convictions – Elend en perdant son trône, Vin en étant forcée de scruter longuement son propre cœur et ce qu'elle voulait vraiment. Pour elle, Zane représentait le passé. Y retournait-elle, ou se tournait-elle vers l'espoir – et l'avenir – que représentait Elend ?
Tous deux tiennent bon. C'est là la véritable victoire de ce livre. Abstraction faite de la libération de Ravage, ce livre marque une grande réussite pour les personnages. Ils ont été éprouvés dans leurs convictions personnelles les plus absolument vitales, et ils ont réussi. Cela les a préparés au dernier livre. Maintenant qu'ils avaient prouvé leurs idéaux, ils pouvaient porter les fardeaux et les chagrins de l'empire.
Bien sûr, il y a aussi Sazed. L'un de mes objectifs en écrivant ce livre était de réparer Elend et Vin. Mais un autre, majeur, était de briser Sazed. Tandis qu'eux se sont tenus fermement à ce qu'ils étaient, lui a été contraint de réévaluer ses convictions, et il les trouve défaillantes. Le chapitre cinquante-quatre a été l'un des chapitres les plus tristes à écrire pour moi, personnellement. À bien des égards, Elend et Vin ont presque achevé leur arc en tant que personnages. Mais Sazed et Spectre ne font que commencer. Et c'est ce qui nous mène au troisième tome.
- Notes de traduction
- Page de titre
- Remerciements
- Cartes et illustrations
- Dédicace
- Chapitre 1
- Chapitre 2
- Chapitre 3
- Chapitre 4
- Chapitre 5
- Chapitre 6
- Chapitre 7
- Chapitre 8
- Chapitre 9
- Chapitre 10
- Chapitre 11
- Bilan Partie 1
- Chapitre 12
- Chapitre 13 (1)
- Chapitre 13 (2)
- Chapitre 14
- Chapitre 15
- Chapitre 16
- Chapitre 17
- Chapitre 18
- Chapitre 19
- Chapitre 20
- Chapitre 21
- Chapitre 22
- Chapitre 23
- Chapitre 24
- Chapitre 25
- Chapitre 26
- Chapitre 27
- Bilan Partie 2
- Chapitre 28
- Chapitre 29
- Chapitre 30
- Chapitre 31
- Chapitre 32
- Chapitre 33
- Chapitre 34
- Chapitre 35
- Chapitre 36
- Chapitre 37
- Chapitre 38
- Bilan Partie 3
- Chapitre 39
- Chapitre 40
- Chapitre 41
- Chapitre 42
- Chapitre 43
- Chapitre 44
- Chapitre 45
- Chapitre 46
- Chapitre 47
- Chapitre 48
- Bilan Partie 4
- Chapitre 49
- Chapitre 50
- Chapitre 51
- Chapitre 52
- Chapitre 53
- Chapitre 54
- Chapitre 55
- Bilan Partie 5
- Chapitre 56
- Chapitre 57
- Chapitre 58
- Chapitre 59
- Épilogue
Épigraphes
Listes des épigraphes, les petits extraits de texte présents au début de chaque chapitre.
(compilé par Altheyia)
J’écris ces mots dans l’acier, car l’on ne peut se fier à ce qui n’est gravé dans le métal.
Je commence à me demander si je suis le dernier homme sain d’esprit. Comment les autres ne comprennent-ils pas ? Ils attendent depuis si longtemps la venue de leur héros – celui dont parlent les prophéties terrisiennes – qu’ils s’empressent de tirer des conclusions hâtives en supposant que chaque histoire et chaque légende s’appliquent à cet homme-ci.
Mes frères ignorent les autres faits. Ils ne peuvent établir de liens entre les singularités qui se produisent. Ils restent sourds à mes objections aveugles à mes découvertes.
Peut-être ont-ils raison. Peut-être suis-je fou, jaloux, ou simplement idiot. Je m’appelle Kwaan. Philosophe, érudit et traître. C’est moi qui découvris Alendi, et je fus le premier à le proclamer Héros des Siècles. Je suis celui par qui tout commença.
Et ce fut moi qui trahis Alendi, car je sais à présent qu’il faut à tout prix l’empêcher d’accomplir sa quête.
Je rédige à présent ce témoignage ; je le grave dans une plaque d’acier, car j’ai peur. Peut pour moi-même, oui – j’admets être humain. Si Alendi revient du Puits de l’Ascension, ma mort sera très certainement l’un de ses objectifs premiers. Ce n’est pas un homme mauvais, mais il est sans pitié. Ce doit être, je crois, la conséquence de tout ce qu’il a traversé.
Je crains aussi, toutefois, que tout ce que j’ai connu – mon histoire – tombe dans l’oubli. Je crains pour le monde à venir. Je crains que mes plans échouent.
Je redoute un sort pire encore que l’Insondable.
Nous en revenons toujours à ce pauvre Alendi. J’ai pitié de lui, ainsi que de ce qu’il fut contraint de subir. Ce qu’il fut contraint de devenir.
Mais laissez-moi reprendre depuis le début. J’ai rencontré Alendi à Khlennium ; c’était alors un jeune garçon, que n’avait pas encore déformé une décennie passée à mener des armées.
Lors de notre première rencontre, la taille d’Alendi me frappa. Je voyais là un homme qui dominait les autres, un homme qui – malgré son jeune âge et son humble vêture – imposait le respect.
Curieusement, ce fut son extrême naïveté qui me poussa à me lier d’amitié avec lui. Je l’employai comme assistant lors de ses premiers mois dans la grande ville.
Ce ne fut que bien plus tard que je me persuadai qu’Alendi était le Héros des Siècles. Le Héros des Siècles : celui qu’on appelait le Rabzeen à Khlennium, l’Anamnesor.
Le sauveur.
Quand j’eus enfin cette révélation – quand j’établis un lien entre Alendi et tous les signes de l’Anticipation –, j’étais surexcité. Mais lorsque j’annonçai ma découverte aux autres Avènementistes, je ne rencontrai que le mépris.
Comme je regrette de ne pas les avoir écoutés.
Et pourtant, tous ceux qui me connaissent comprendront qu’il m’était impossible de renoncer si facilement. Lorsque je trouve un sujet d’étude, je deviens d’une obstination sans bornes.
J’avais établi qu’Alendi était le Héros des Siècles, et j’entendais bien le prouver. J’aurais dû m’incliner devant la volonté des autres ; je n’aurais pas dû insister pour voyager avec lui afin de témoigner de son périple.
Il était inévitable qu’Alendi lui-même découvre ce pour quoi je le prenais.
Oui, ce fut lui qui alimenta ensuite les rumeurs. Jamais je ne serais parvenu à faire ce qu’il fit ensuite, convaincre et persuader le monde qu’il était bel et bien le Héros. J’ignore s’il y croyait lui-même, mais il fit croire aux autres que ce devait être lui.
Si seulement la religion terrisienne, et la croyance en l’Anticipation, ne s’étaient pas répandues au-delà de notre peuple.
Si seulement l’Insondable n’était pas apparu à ce moment-là, apportant une menace qui poussa les hommes au désespoir, dans leurs actes comme dans leurs croyances.
Si seulement j’avais écarté Alendi lorsque je cherchais un assistant, toutes ces années auparavant.
Il me fallut quelques années pour commencer à remarquer les signes. Je connaissais les prophéties – après tout, je suis un Avènementiste terrisien. Et pourtant, nous ne sommes pas tous religieux ; certains, comme moi-même, s’intéressent davantage à d’autres sujets. Toutefois, lors du temps passé en compagnie d’Alendi, je ne pus m’empêcher de me pencher davantage sur le sujet de l’Anticipation. Il paraissait si bien correspondre à tous les signes.
Il était né d’une famille humble, mais épousa la fille d’un roi.
Il était capable d’échanger avec les plus brillants philosophes, et possédait une impressionnante mémoire. Presque aussi bonne que la mienne, en réalité. Cependant, il n’était guère raisonneur.
Les Terrisiens le rejetèrent, mais il en vint à les diriger.
Il commandait à des rois, et bien qu’il n’ait cherché à fonder aucun empire, il devint plus grand que tous ceux qui l’avaient précédé.
Il n’engendra aucun enfant, mais le pays tout entier devint sa progéniture.
Bien qu’ayant été contraint de se mettre en guerre sur un malentendu – et bien qu’il ait toujours affirmé ne pas être un guerrier –, il en vint à se battre aussi bien que n’importe qui d’autre.
Il n’avait rien d’un simple soldat. Il était une incarnation du pouvoir – un homme que le destin lui-même paraissait soutenir.
Il laissa des ruines dans son sillage, mais tous les oublièrent. Il fonda des royaumes, puis les détruisit en recréant le monde.
D’autres preuves reliaient Alendi au Héros des Siècles. De petits détails, que seul un individu bien au fait du mythe de l’Anticipation pouvait remarquer. La marque de naissance sur son bras. La façon dont ses cheveux étaient devenus gris à vingt-cinq ans à peine. La façon dont il parlait, traitait les gens, exerçait le pouvoir.
Il semblait tout simplement correspondre.
Mais je dois poursuivre en me limitant au minimum de détails. L’espace est restreint. Les autres Avènementistes durent se trouver humbles lorsqu’ils vinrent me voir en reconnaissant leur erreur. Même alors, je commençais à remettre en doute mes déclarations d’origine.
Mais j’étais rempli d’orgueil.
Au bout du compte, peut-être mon orgueil nous a-t-il tous condamnés.
Je n’avais jamais reçu beaucoup d’attention de la part de mes frères et sœurs ; ils jugeaient mon travail et mes centres d’intérêt indignes d’un Avènementiste. Ils ne comprenaient pas en quoi mes études, consacrées à la nature plutôt qu’à la religion, profitaient aux peuples des quatorze contrées.
Cependant, pour avoir été celui qui avait découvert Alendi, je suis devenu quelqu’un d’important. Plus particulièrement au sein des Avènementistes.
Il y avait une place pour moi dans le mythe de l’Anticipation – je pensais être l’Annonciateur, le prophète dont on prédisait qu’il découvrirait le héros des Siècles. Renoncer à Alendi serait revenu à renoncer à ma nouvelle position, à mon acceptation, parmi les autres.
Par conséquent, je n’en fis rien.
Mais je le fais à présent. Sachez tous que moi, Kwaan, Avènementiste de Terris, je suis un imposteur.
Alendi n’a jamais été le Héros des Siècles. Dans le meilleur des cas, j’ai amplifié ses qualités, créant un Héros là où il n’y en avait aucun. Dans le pire, je crains que tout ce en quoi nous croyons n’ait été corrompu.
Ainsi donc, j’en viens au cœur de mon argumentation. Veuillez me pardonner. Alors même que je grave mes mots dans l’acier, assis dans cette caverne gelée, j’ai tendance à digresser.
Tel est le problème. Bien que j’aie cru en Alendi dans un premier temps, je devins méfiant par la suite. Il semblait correspondre aux signes, il est vrai. Mais comment puis-je m’expliquer…
Peut-être y correspondait-il trop bien ?
Je connais vos arguments. Nous parlons de l’Anticipation, d’événements prédits, de promesses formulées par nos prophètes d’antan. Évidemment que le Héros des Siècles correspondra aux prophéties. Et même parfaitement. C’est justement l’idée.
Et pourtant… il y avait dans tout ceci quelque chose qui semblait si pratique. Un peu comme si nous avions construit un héros qui correspondait à nos prophéties, plutôt que d’en laisser un s’imposer naturellement. C’était là ce qui m’inquiétait, et qui aurait dû me faire réfléchir lorsque mes frères vinrent me trouver, enfin disposés à me croire.
Ensuite, je commençai à percevoir d’autres problèmes.
Certains d’entre vous connaissent ma mémoire légendaire. C’est exact ; je n’ai pas besoin d’un cerveau métallique de ferrochimiste pour mémoriser en un clin d’œil une page remplie de mots.
Les autres me prennent pour un fou. Comme je l’ai déjà dit, c’est tout à fait possible.
Cependant, même un fou ne doit-il pas se fier à son propre esprit, à sa propre expérience, plutôt qu’à ceux des autres ?
Je sais ce que j’ai mémorisé. Je sais ce qui est désormais répété par les autres Avènementistes.
Les deux versions ne sont pas identiques.
Alendi partage leur avis.
C’est quelqu’un de bien – malgré tout, quelqu’un de bien. Un homme de sacrifices. En réalité, toutes ses actions – toutes les morts, destructions et douleurs qu’il a causées – l’ont blessé en profondeur. Toutes ces choses représentaient pour lui une forme de sacrifice.
Il est habitué à renoncer à sa propre volonté pour le bien de tous, ou ce qu’il perçoit comme tel.
Je ne doute pas un instant qu’Alendi, s’il atteint le Puits de l’Ascension, s’empare du pouvoir, puis – au nom de ce qu’il croit être le bien de tous – qu’il y renonce.
Ainsi donc, j’ai décidé de courir un risque ultime.
Mes prières, mes enseignements, mes objections, même mes trahisons sont restés sans effet. Alendi a d’autres conseillers désormais, qui lui disent ce qu’il veut entendre.
J’ai un jeune neveu, un certain Rashek. Il déteste tout ce qui se rapporte à Khlennium avec toute la passion de la jeunesse envieuse. Il déteste Alendi encore plus viscéralement – bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés – car il se sent trahi par l’idée qu’un de nos oppresseurs ait été désigné comme le Héros des Siècles.
Alendi aura besoin de guides pour traverser les montagnes terrisiennes. J’ai chargé Rashek de s’assurer que ses fidèles amis et lui-même soient désignés comme tels.
Rashek doit tenter de mener Alendi dans la mauvaise direction, de le décourager, ou de contrarier sa quête de quelque manière que ce soit. Alendi ignore qu’il a été trompé, que nous l’avons tous été, et refuse désormais de m’écouter.
Si Rashek échoue à égarer Alendi, j’ai donné l’ordre au garçon de le tuer.
C’est un infime espoir. Alendi a survécu à des assassins, à des guerres, à des catastrophes. Et pourtant, j’espère que dans les montagnes gelées de Terris, il se retrouvera enfin à découvert. J’espère un miracle.
Alendi ne doit pas atteindre le Puits de l’Ascension…
… car il ne faut pas qu’il libère l’entité qui s’y trouve emprisonnée.
- Chapitre 1
- Chapitre 2
- Chapitre 3
- Chapitre 4
- Chapitre 5
- Chapitre 6
- Chapitre 7
- Chapitre 8
- Chapitre 9
- Chapitre 10
- Chapitre 11
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- Chapitre 13
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- Chapitre 15
- Chapitre 16
- Chapitre 17
- Chapitre 18
- Chapitre 19
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- Chapitre 28
- Chapitre 29
- Chapitre 30
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- Chapitre 59

