Le Puits de l'ascension
Le Seigneur Maître est tombé.
La guerre peut commencer.
En mettant fin au règne brutal et millénaire du tyran, ils ont réalisé l'impossible.
À présent, Vin, la gamine des rues devenue Fille-des-Brumes, et Elend Venture, le jeune noble idéaliste, doivent construire un nouveau gouvernement sur les cendres de l'Empire. Mais trois armées menées par des factions hostiles, dont celle des monstrueux koloss, font le siège de Luthadel. Alors que l'étau se resserre, une légende évoquant le mystérieux Puits de l'Ascension leur offre une lueur d'espoir.
Et si tuer le Seigneur Maître avait été la partie la plus facile ?
Éditions (4)
| - | Réimpression | Réimpression | Réédition | Première édition |
|---|---|---|---|---|
| Couverture | ||||
| Date de publication | 01-07-2017 | 11-04-2012 | 13-10-2010 | |
| ISBN | 978-2-253-02361-6 | 978-2-253-02361-6 | 978-2-253-02361-6 | 978-2-360-51012-2 |
| ISBN Numérique | 978-2-253-24350-2 | 978-2-702-15030-6 | ||
| Éditeur | Le Livre de poche | Le Livre de poche | Le Livre de poche | Calmann-Lévy |
| Collection / label | Fantasy (n°32374) | Orbit (n°32374) | Orbit (n°32374) | Orbit |
| Traduction | Mélanie Fazi | Mélanie Fazi | Mélanie Fazi | Mélanie Fazi |
| Nombre de pages | 1080 | 1080 | 1080 | 726 |
| Format (l x H) | 11 x 17.8 cm (poche) | 11 x 17.8 cm (poche) | 11 x 17.8 cm (poche) | 15.4 x 24 cm (grand format) |
| Assemblage | Broché | Broché | Broché | Broché |
| Illlustration couv. | Sam Green | Chris McGrath | Sam Weber | Chris McGrath |
| Dépôt légal | avril 2012 | avril 2012 | avril 2012 | |
| Impressions | avr. 2023, févr. 2025 | juil. 2017, avr. 2019, oct. 2021 |
Épigraphes
Listes des épigraphes, les petits extraits de texte présents au début de chaque chapitre.
(compilé par Altheyia)
J’écris ces mots dans l’acier, car l’on ne peut se fier à ce qui n’est gravé dans le métal.
Je commence à me demander si je suis le dernier homme sain d’esprit. Comment les autres ne comprennent-ils pas ? Ils attendent depuis si longtemps la venue de leur héros – celui dont parlent les prophéties terrisiennes – qu’ils s’empressent de tirer des conclusions hâtives en supposant que chaque histoire et chaque légende s’appliquent à cet homme-ci.
Mes frères ignorent les autres faits. Ils ne peuvent établir de liens entre les singularités qui se produisent. Ils restent sourds à mes objections aveugles à mes découvertes.
Peut-être ont-ils raison. Peut-être suis-je fou, jaloux, ou simplement idiot. Je m’appelle Kwaan. Philosophe, érudit et traître. C’est moi qui découvris Alendi, et je fus le premier à le proclamer Héros des Siècles. Je suis celui par qui tout commença.
Et ce fut moi qui trahis Alendi, car je sais à présent qu’il faut à tout prix l’empêcher d’accomplir sa quête.
Je rédige à présent ce témoignage ; je le grave dans une plaque d’acier, car j’ai peur. Peut pour moi-même, oui – j’admets être humain. Si Alendi revient du Puits de l’Ascension, ma mort sera très certainement l’un de ses objectifs premiers. Ce n’est pas un homme mauvais, mais il est sans pitié. Ce doit être, je crois, la conséquence de tout ce qu’il a traversé.
Je crains aussi, toutefois, que tout ce que j’ai connu – mon histoire – tombe dans l’oubli. Je crains pour le monde à venir. Je crains que mes plans échouent.
Je redoute un sort pire encore que l’Insondable.
Nous en revenons toujours à ce pauvre Alendi. J’ai pitié de lui, ainsi que de ce qu’il fut contraint de subir. Ce qu’il fut contraint de devenir.
Mais laissez-moi reprendre depuis le début. J’ai rencontré Alendi à Khlennium ; c’était alors un jeune garçon, que n’avait pas encore déformé une décennie passée à mener des armées.
Lors de notre première rencontre, la taille d’Alendi me frappa. Je voyais là un homme qui dominait les autres, un homme qui – malgré son jeune âge et son humble vêture – imposait le respect.
Curieusement, ce fut son extrême naïveté qui me poussa à me lier d’amitié avec lui. Je l’employai comme assistant lors de ses premiers mois dans la grande ville.
Ce ne fut que bien plus tard que je me persuadai qu’Alendi était le Héros des Siècles. Le Héros des Siècles : celui qu’on appelait le Rabzeen à Khlennium, l’Anamnesor.
Le sauveur.
Quand j’eus enfin cette révélation – quand j’établis un lien entre Alendi et tous les signes de l’Anticipation –, j’étais surexcité. Mais lorsque j’annonçai ma découverte aux autres Avènementistes, je ne rencontrai que le mépris.
Comme je regrette de ne pas les avoir écoutés.
Et pourtant, tous ceux qui me connaissent comprendront qu’il m’était impossible de renoncer si facilement. Lorsque je trouve un sujet d’étude, je deviens d’une obstination sans bornes.
J’avais établi qu’Alendi était le Héros des Siècles, et j’entendais bien le prouver. J’aurais dû m’incliner devant la volonté des autres ; je n’aurais pas dû insister pour voyager avec lui afin de témoigner de son périple.
Il était inévitable qu’Alendi lui-même découvre ce pour quoi je le prenais.
Oui, ce fut lui qui alimenta ensuite les rumeurs. Jamais je ne serais parvenu à faire ce qu’il fit ensuite, convaincre et persuader le monde qu’il était bel et bien le Héros. J’ignore s’il y croyait lui-même, mais il fit croire aux autres que ce devait être lui.
Si seulement la religion terrisienne, et la croyance en l’Anticipation, ne s’étaient pas répandues au-delà de notre peuple.
Si seulement l’Insondable n’était pas apparu à ce moment-là, apportant une menace qui poussa les hommes au désespoir, dans leurs actes comme dans leurs croyances.
Si seulement j’avais écarté Alendi lorsque je cherchais un assistant, toutes ces années auparavant.
Il me fallut quelques années pour commencer à remarquer les signes. Je connaissais les prophéties – après tout, je suis un Avènementiste terrisien. Et pourtant, nous ne sommes pas tous religieux ; certains, comme moi-même, s’intéressent davantage à d’autres sujets. Toutefois, lors du temps passé en compagnie d’Alendi, je ne pus m’empêcher de me pencher davantage sur le sujet de l’Anticipation. Il paraissait si bien correspondre à tous les signes.
Il était né d’une famille humble, mais épousa la fille d’un roi.
Il était capable d’échanger avec les plus brillants philosophes, et possédait une impressionnante mémoire. Presque aussi bonne que la mienne, en réalité. Cependant, il n’était guère raisonneur.
Les Terrisiens le rejetèrent, mais il en vint à les diriger.
Il commandait à des rois, et bien qu’il n’ait cherché à fonder aucun empire, il devint plus grand que tous ceux qui l’avaient précédé.
Il n’engendra aucun enfant, mais le pays tout entier devint sa progéniture.
Bien qu’ayant été contraint de se mettre en guerre sur un malentendu – et bien qu’il ait toujours affirmé ne pas être un guerrier –, il en vint à se battre aussi bien que n’importe qui d’autre.
Il n’avait rien d’un simple soldat. Il était une incarnation du pouvoir – un homme que le destin lui-même paraissait soutenir.
Il laissa des ruines dans son sillage, mais tous les oublièrent. Il fonda des royaumes, puis les détruisit en recréant le monde.
D’autres preuves reliaient Alendi au Héros des Siècles. De petits détails, que seul un individu bien au fait du mythe de l’Anticipation pouvait remarquer. La marque de naissance sur son bras. La façon dont ses cheveux étaient devenus gris à vingt-cinq ans à peine. La façon dont il parlait, traitait les gens, exerçait le pouvoir.
Il semblait tout simplement correspondre.
Mais je dois poursuivre en me limitant au minimum de détails. L’espace est restreint. Les autres Avènementistes durent se trouver humbles lorsqu’ils vinrent me voir en reconnaissant leur erreur. Même alors, je commençais à remettre en doute mes déclarations d’origine.
Mais j’étais rempli d’orgueil.
Au bout du compte, peut-être mon orgueil nous a-t-il tous condamnés.
Je n’avais jamais reçu beaucoup d’attention de la part de mes frères et sœurs ; ils jugeaient mon travail et mes centres d’intérêt indignes d’un Avènementiste. Ils ne comprenaient pas en quoi mes études, consacrées à la nature plutôt qu’à la religion, profitaient aux peuples des quatorze contrées.
Cependant, pour avoir été celui qui avait découvert Alendi, je suis devenu quelqu’un d’important. Plus particulièrement au sein des Avènementistes.
Il y avait une place pour moi dans le mythe de l’Anticipation – je pensais être l’Annonciateur, le prophète dont on prédisait qu’il découvrirait le héros des Siècles. Renoncer à Alendi serait revenu à renoncer à ma nouvelle position, à mon acceptation, parmi les autres.
Par conséquent, je n’en fis rien.
Mais je le fais à présent. Sachez tous que moi, Kwaan, Avènementiste de Terris, je suis un imposteur.
Alendi n’a jamais été le Héros des Siècles. Dans le meilleur des cas, j’ai amplifié ses qualités, créant un Héros là où il n’y en avait aucun. Dans le pire, je crains que tout ce en quoi nous croyons n’ait été corrompu.
Ainsi donc, j’en viens au cœur de mon argumentation. Veuillez me pardonner. Alors même que je grave mes mots dans l’acier, assis dans cette caverne gelée, j’ai tendance à digresser.
Tel est le problème. Bien que j’aie cru en Alendi dans un premier temps, je devins méfiant par la suite. Il semblait correspondre aux signes, il est vrai. Mais comment puis-je m’expliquer…
Peut-être y correspondait-il trop bien ?
Je connais vos arguments. Nous parlons de l’Anticipation, d’événements prédits, de promesses formulées par nos prophètes d’antan. Évidemment que le Héros des Siècles correspondra aux prophéties. Et même parfaitement. C’est justement l’idée.
Et pourtant… il y avait dans tout ceci quelque chose qui semblait si pratique. Un peu comme si nous avions construit un héros qui correspondait à nos prophéties, plutôt que d’en laisser un s’imposer naturellement. C’était là ce qui m’inquiétait, et qui aurait dû me faire réfléchir lorsque mes frères vinrent me trouver, enfin disposés à me croire.
Ensuite, je commençai à percevoir d’autres problèmes.
Certains d’entre vous connaissent ma mémoire légendaire. C’est exact ; je n’ai pas besoin d’un cerveau métallique de ferrochimiste pour mémoriser en un clin d’œil une page remplie de mots.
Les autres me prennent pour un fou. Comme je l’ai déjà dit, c’est tout à fait possible.
Cependant, même un fou ne doit-il pas se fier à son propre esprit, à sa propre expérience, plutôt qu’à ceux des autres ?
Je sais ce que j’ai mémorisé. Je sais ce qui est désormais répété par les autres Avènementistes.
Les deux versions ne sont pas identiques.
Alendi partage leur avis.
C’est quelqu’un de bien – malgré tout, quelqu’un de bien. Un homme de sacrifices. En réalité, toutes ses actions – toutes les morts, destructions et douleurs qu’il a causées – l’ont blessé en profondeur. Toutes ces choses représentaient pour lui une forme de sacrifice.
Il est habitué à renoncer à sa propre volonté pour le bien de tous, ou ce qu’il perçoit comme tel.
Je ne doute pas un instant qu’Alendi, s’il atteint le Puits de l’Ascension, s’empare du pouvoir, puis – au nom de ce qu’il croit être le bien de tous – qu’il y renonce.
Ainsi donc, j’ai décidé de courir un risque ultime.
Mes prières, mes enseignements, mes objections, même mes trahisons sont restés sans effet. Alendi a d’autres conseillers désormais, qui lui disent ce qu’il veut entendre.
J’ai un jeune neveu, un certain Rashek. Il déteste tout ce qui se rapporte à Khlennium avec toute la passion de la jeunesse envieuse. Il déteste Alendi encore plus viscéralement – bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés – car il se sent trahi par l’idée qu’un de nos oppresseurs ait été désigné comme le Héros des Siècles.
Alendi aura besoin de guides pour traverser les montagnes terrisiennes. J’ai chargé Rashek de s’assurer que ses fidèles amis et lui-même soient désignés comme tels.
Rashek doit tenter de mener Alendi dans la mauvaise direction, de le décourager, ou de contrarier sa quête de quelque manière que ce soit. Alendi ignore qu’il a été trompé, que nous l’avons tous été, et refuse désormais de m’écouter.
Si Rashek échoue à égarer Alendi, j’ai donné l’ordre au garçon de le tuer.
C’est un infime espoir. Alendi a survécu à des assassins, à des guerres, à des catastrophes. Et pourtant, j’espère que dans les montagnes gelées de Terris, il se retrouvera enfin à découvert. J’espère un miracle.
Alendi ne doit pas atteindre le Puits de l’Ascension…
… car il ne faut pas qu’il libère l’entité qui s’y trouve emprisonnée.
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